Le culte a lieu au temple tous les dimanches à 10h30

Le temple :
9B av. de la Gare
78280 Montigny le Bretonneux

Pasteur : M. Guilhem RIFFAUT
01 30 69 09 02
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Présidente du conseil presbytéral :
Mme Hanta RAJAONA
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TEXTES LUS

(Galates 5, v. 1 & 13-18)

C’est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude.

(…)

Frères et sœurs, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, ne faites pas de cette liberté un prétexte pour suivre les désirs de votre nature propre. Au contraire, soyez par amour serviteurs les uns des autres.
En effet, toute la loi est accomplie dans cette seule parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, attention : vous finirez par vous détruire les uns les autres.
Voici donc ce que je dis : marchez par l’Esprit et vous n’accomplirez pas les désirs de votre nature propre.
En effet, la nature humaine a des désirs contraires à ceux de l’Esprit, et l’Esprit a des désirs contraires à ceux de la nature humaine. Ils sont opposés entre eux, de sorte que vous ne pouvez pas faire ce que vous voudriez.
Cependant, si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes pas sous la loi.

PRÉDICATION DU 11 juillet 2021

            Où était située la Galatie ? Elle était une province romaine qui s’étirait au cœur de la Turquie actuelle. En son sud, Paul y fonda des communautés à l’instar de Lystre[1], Iconium ou Antioche de Pisidie, à distinguer d’Antioche-sur-l’Oronte sise, elle, en Syrie. Composées de tribus, ses habitants d’origine gauloise avaient franchi l’Hellespont – i.e. Les Dardanelles – pour s’y implanter trois siècles avant la naissance du Christ. Après leur défaite face aux Romains, l’influence occidentale y devint plus marquée, de sorte que Paul y apparut comme un apôtre fustigeant la croyance de ceux qui professaient le recours à la circoncision pour combattre les maux qui rongeaient la société. Vers 49 de notre ère, il y commit les lignes dont une partie a été lue ce jour. Dans quel but ? Avec quelle signification ? Pour quel écho ?

Le message adressé aux Galates

            Solidement charpentée, cette épître est une lettre de combat destinée à rappeler que la repentance et la foi sont les seuls piliers de la réconciliation avec le Créateur. En sorte que l’obéissance à la loi du Christ, qui se résume en l’amour, affranchit les Chrétiens en les libérant de toute servitude. Voilà qui touche un principe que nous, Protestants, chérissons par dessus tout, savoir celui de liberté. Témoin cette magnifique entame : « C’est pour la liberté que Christ nous a libérés » (v.1) ! L’Evangile n’est pas là pour fixer des règles de vie, mais au contraire pour annoncer une libération, étant entendu que cette libération n’est pas conquise, mais donnée par le Christ qui vit en nous. Elle ne doit en aucun cas nous conduire à chercher des limites à notre comportement, ce que Paul s’efforce de préciser en écrivant : « (…) ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage » (v.1).

            Les versets 13 à 18 invitent à vivre non selon la chair, mais selon l’Esprit. En fait, ils visent à nous faire comprendre que vivre selon nos inclinations ne vaut guère mieux que de suivre la Loi, car, dans un cas comme dans l’autre, il y a esclavage : ici par rapport aux règles sociales – c’était le cas des Juifs assujettis à la Torah -, là vis-à-vis d’idoles ou de soi-même – c’était alors le cas des païens. Car, une fois libérés des exigences collectives et des impératifs personnels, il est possible de se consacrer pleinement à autrui ; en d’autres termes, la vraie liberté consiste à nous préoccuper des autres, ainsi que le certifient les versets 13 « faites-vous plutôt esclaves les uns des autres » ou encore 14 : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». En vérité, faisons aux autres ce que nous aimerions faire à nous-mêmes : veiller à manger, à se vêtir, à se loger, à se soigner voire – pourquoi pas ? – à se faire plaisir. A défaut, le règne de la jungle prévaut, et les uns sont détruits par les autres (v.15). En effet, quand l’intérêt personnel est le seul but qui vaille, comment empêcher des conflits entre les hommes ?

           Au verset 16, chair et Esprit se trouvent mis en opposition. Soyons concis. Il ne s’agit pas d’une mise en clair-obscur entre les biens et la pensée, mais entre la quête de satisfactions personnelles et l’attention donnée aux autres. Une marche dans la chair va à l’opposé d’une marche selon l’Esprit, « car la chair a des désirs contraires à l’Esprit, et l’Esprit a des désirs  contraires à la chair ». Adopter la première attitude empêche d’épouser la seconde : les deux sont antagoniques. C’est donc à nous qu’il revient de choisir entre elles. Enfin, au verset 18, il est consigné : « Mais si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes pas sous la loi ». Il n’est pas non plus question d’opérer un face-à-face entre la Loi et l’Esprit, mais bien entre la chair et la Loi d’un côté, et l’Esprit de l’autre. Car si la Loi est d’ordre social et la chair d’ordre individuel, l’Esprit lui, est d’essence spirituelle. Ainsi permet-il de surmonter et la Loi et la chair afin de faire de l’amour d’autrui la boussole de notre conduite. 

La signification biblique du message

            Le concept de liberté n’a pas la même signification dans les deux testaments, même si, bien entendu, il y est affirmé que l’homme est capable de choisir. Loin d’être niée, la mise en tension entre la souveraineté de Dieu et la liberté de l’homme existe, mais ce qu’il faut en retenir c’est que Dieu instille dans notre cœur les ingrédients de nature à nous conduire à Lui dans la plus parfaite liberté. Car Dieu ne contraint jamais, Il suggère.

           Dans la perspective vétérotestamentaire, la liberté signifiait arrachement à l’esclavage, donc affranchissement. La connotation y était plus juridique que morale. Relatée au cours de plusieurs chapitres de l’Exode, la sortie d’Égypte en constitue un vivant exemple. Avec un brin de malice, j’ajouterai même que Pharaon, quoiqu’en apparence enclin à résister aux dix plaies qui s’abattaient sur son peuple – donc tout à fait libre de le faire – le fit, en fait, sur ordre de Dieu car il est écrit : « Et moi, je ferai en sorte que le pharaon s’obstine et je multiplierai mes signes et mes prodiges en Égypte » (Ex 7, v.3). La libération des Juifs en captivité à Babylone forme un second exemple d’affranchissement dans lequel Dieu apparaît comme le « Gôêl » d’Israël, i.e. comme celui qui, au sein d’une famille, est en charge de la défendre autant physiquement que matériellement. On aura noté, au passage, que la sortie d’Égypte et la fin de l’exil à Babylone se sont toutes deux réalisées gratuitement.

            Dans l’optique néotestamentaire, les choses changent : de racontée, la liberté devient vécue, voire théorisée, notamment par Paul. Plus que de sauvetage, il s’agit désormais de rachat. La liberté tient en ce que nous sommes tous enfants de Dieu. Elle a été acquise par le Christ – « …la liberté que nous avons en Jésus-Christ… » (Ga 2, v.4) -, transmise par le Christ – « Or le Seigneur, c’est l’Esprit ; et là où est la liberté du Seigneur, là est la liberté » (2 Cor 3, v.17) -et concédée par le Christ à titre individuel – « Pourquoi, en effet, ma liberté serait-elle jugée par celle d’un autre ? » (1 Cor 10, v. 29). Bref, aux libérations d’Israël qu’avait occasionnées la Parole de Dieu répond en écho la rédemption offerte par le sacrifice du Christ. L’apôtre Jean le confirme quand il affirme « Si donc le Fils vous rend libres, vous serez réellement libres » (Jn 8, v.36). Donc, implantée dans nos cœurs, la Parole de Dieu nous transforme en hommes libres. Il y a là indéniablement un appel à la conversion, certains que nous devons être qu’elle ne nous rend pas esclaves de Jésus, mais nous en fait ses loyaux serviteurs, ce qui est très différent. Du reste, dès les premiers temps, cette liberté découlant du sacrifice de la Croix s’adressait à tous, hommes libres comme esclaves. En conséquence, l’homme libre se trouve triplement désentravé : du péché car Christ nous en a assuré la rémission (1 Col 1, v.14), de la mort car Christ nous en a ôté la crainte (Hb 2, v.15), et de la Loi car Christ lui a substitué la grâce (Rm 6, v.15). Ainsi libérés, nous pouvons faire prospérer la Parole en nous mettant au service des autres.

           Bien évidemment, le concept de liberté, déjà âprement disputé dans l’Antiquité, le fut encore davantage dans les siècles qui suivirent. Les controverses à son propos ne manquent pas ! Dans le droit fil des écrits vétérotestamentaires et néotestamentaires liés à la libération de l’homme, ici du joug des étrangers, là de la prégnance de la Loi, les Réformateurs s’en emparèrent pour contrer l’autoritarisme papal. Martin Luther avait raison, lui qui voyait dans cette liberté le signe de la grâce divine, donc une liberté offerte, au rebours d’un Érasme qui défendait la plénitude de la volonté humaine (libre arbitre), donc une liberté conquise. Par la suite, le concept de prédestination de Jean Calvin n’a en rien émoussé cette hiérarchie entre volonté divine et volonté humaine puisque, assuré d’être sauvé, le croyant conserve le choix d’emprunter ou non la route que Dieu lui a tracée. Aussi écrira-t-il : « La liberté chrétienne n’est pas la liberté au sens métaphysique, la liberté de choisir et de poser un commentaire nouveau. C’est plus exactement la libération des autorités extérieures qui veulent asservir l’âme, l’affranchissement des tyrannies spirituelles et des contraintes religieuses »[2]. Simplement, Calvin se pencha davantage sur les implications sociopolitiques de la liberté pour en adopter finalement une approche très restrictive dans la cité genevoise au point que le dramaturge autrichien moderne Stefan Zweig[3] (1881-1942) n’hésita pas à voir en lui un fieffé dictateur ! Bien sûr, on aura raison de critiquer Luther dans ses propos contre les Juifs qui sont si éloignés de la liberté chrétienne, mais qui correspondent à tant de croyances du bas Moyen-âge. Bien sûr, aussi, pourra-t-on accuser Calvin de son inflexibilité face à un Michel Servet qui, somme toute, ne faisait que défendre une opinion. Mais que penser, en regard, de l’infaillibilité de la parole papale proclamée lors du concile œcuménique de Vatican I en 1870 ? L’intransigeance semble ignorer le temps…Fermons le ban en tentant une conciliation en citant le littérateur Nicolas Boileau qui, pourtant voué à la cléricature par son père au siècle du roi Soleil, écrira : « Tout protestant est pape, une bible à la main » !

            Aux XIXème et XXème siècles, d’autres penseurs protestants débattirent de la notion centrale de liberté. Citons entre autres Emmanuel Kant (1724-1804), Alois Bidermann (1819-1885), Ernst Troeltsch (1865-1923), Rudolf Bultmann (1884-1976), Paul Tillich (1886-1965) ou encore Karl Barth (1886-1968)…Heureusement, il s’agit ici d’une prédication et non d’une dissertation, car j’avoue que mes connaissances m’empêcheraient vite de creuser plus avant ! Sitôt dit, sitôt fait : quittons ce docte propos qui exhale une fragrance un brin suranné, vu qu’à partir du moment où liberté il y a, restreinte ou non, la responsabilité individuelle se trouve impliquée. La métaphore du jardin d’Éden l’illustrait déjà.    

La portée moderne du message

            En quoi la liberté qui nous est donnée peut-elle infléchir notre comportement, voire notre idéal de vie ?

            Pour ma part, je reste persuadé que Dieu nous a créés pour être libres de penser par nous-mêmes et libres d’agir à notre gré[4]. D’où l’utilité des confrontations d’approches et de compréhensions, tels les cercles bibliques, qui font jaillir des divergences d’interprétations et déblaient des perspectives diverses et variées. Mais bien que la tradition ou le calcul aient eu beau s’acharner à vouloir limiter cette liberté dans l’intérêt bien compris d’une poignée d’initiés, cela n’a jamais ébranlé ma certitude : on ne détourne pas la volonté de Dieu quand on applique les libertés de penser et d’agir que, dans Son infinie bonté, Il nous a octroyées. La vérité, au fond, tient en ceci : Évangile et liberté ne sont que l’avers et le revers d’une même médaille. Car qui dit liberté de conscience dit d’abord liberté, thème qui a été plus que controversé au sein même du protestantisme dont il constitue un authentique ADN.

            De nos jours, cette nette propension à vouloir présider à ses propres choix explique la montée des introspections au détriment de l’emprise des structures collectives. « Être protestant, c’est attester la prééminence de la responsabilité individuelle », reconnaissait avec sagacité le pasteur Antoine Nouis[5]. Or, actuellement, face à des discours lénifiants, des médias omnipotents, des réseaux sociaux influents quand ils ne sont pas pervers, il ne faut aucunement capituler. Là perce une des principales raisons d’être du protestantisme : rester debout, refuser tout diktat, engager sa responsabilité, respecter la conscience individuelle. Affirmons que chacun doit penser et agir librement en philosophie, en théologie, en droit, mais selon la Parole et en pleine conscience. N’y voyez pas un rejet de l’Église qui a souvent raison de focaliser son attention sur tel ou tel drame ou telle ou telle question de société, mais décelez ici un appel à vivre sa vie en tranchant des questions personnelles et des phénomènes sociétaux en toute liberté. Car si cette dernière est un tout, la liberté religieuse n’en est qu’un fragment. Dans cette optique, et selon les termes forgés par le philosophe d’origine lettonne Isaiah Berlin (1909-1997), je revendique ma liberté religieuse non pas comme une liberté négative autorisée à tout entreprendre, mais bien comme une liberté positive désireuse de faire avancer les choses à l’écoute de la Parole.

            Ce n’est pas tout.

            Christ était un homme libre. A sa suite, un Chrétien est un homme libre. Il a vocation à la liberté, et la seule servitude à laquelle il doit s’astreindre, qui forme une immense joie, c’est celle de se mettre au service de son prochain. En 1942, le poète Paul Eluard avait commis un poème dont le nom résonne dans nos têtes : « Liberté, j’écris ton nom ». Eh bien, nous, Protestants, nous pouvons clamer : « Liberté, je crie ton nom » ! Car la liberté n’est autre qu’un élan vers Dieu, un élan vers le Christ, un élan vers son prochain ! La liberté réconforte notre vie, et ne connaît que l’amour pour seule frontière.

            Frères et Sœurs, vous êtes appelés à la liberté : construisez-la, chantez-la, répandez-la, vivez-la, défendez-la, oui mais toujours selon l’Esprit ! Et si vous êtes convaincus que cette liberté offerte par la grâce est le plus beau joyau de la vie, alors ne perdez pas de temps : épousez-la et chérissez-la toujours.

            Ainsi soit-il.

                                                                                                                                                         Alain REDSLOB


[1] Ville natale de Timothée, disciple préféré de Paul.

[2] CALVIN J. : Institution de la religion chrétienne, éd. Kerygma-Excelsis, 2009, p.767, n.1.

[3] SWEIG S. : Conscience contre violence, éd. Atrium Press, traduit dans la Collection Livre de Poche en 1976.

[4] Dans le respect des lois bien sûr, pour peu qu’elles ne soient pas infondées ou léonines !

[5] NOUIS A. : Un catéchisme protestant, éd. Réveil Publication, 1998, p.20.

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