Le culte a lieu au temple tous les dimanches à 10h30

Le temple :
9B av. de la Gare
78280 Montigny le Bretonneux

Pasteur : M. Guilhem RIFFAUT
01 30 69 09 02
pasteur@epusqy.org

Présidente du conseil presbytéral :
Mme Hanta RAJAONA
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TEXTE LU : 1 Cor 10, v.14-22

14 C’est pourquoi, mes bien-aimés, fuyez l’idolâtrie.
15 Je parle comme à des hommes intelligents ; jugez vous-mêmes de ce que je dis.
16 La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang de Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps de Christ ?
17 Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps ; car nous participons tous à un même pain.
18 Voyez les Israélites selon la chair : ceux qui mangent les victimes ne sont-ils pas en communion avec l’autel ?
19 Que dis-je donc ? Que la viande sacrifiée aux idoles est quelque chose, ou qu’une idole est quelque chose ? Nullement.
20 Je dis que ce qu’on sacrifie, on le sacrifie à des démons, et non à Dieu ; or, je ne veux pas que vous soyez en communion avec les démons.
21 Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur, et la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur, et à la table des démons.

22 Voulons-nous provoquer la jalousie du Seigneur ? Sommes-nous plus forts que lui ?

PREDICATION

Ce matin, rendons visite une fois encore à Paul. Le voici à Éphèse, d’où il rédige en 54 cette lettre à ses frères de Corinthe. Le thème qu’il a choisi claque au premier verset : « Aussi, mes bien-aimés, fuyez l’idolâtrie ». A l’oreille des Protestants, plus particulièrement à celles des Réformés d’origine calviniste, voilà une admonestation de forte résonance qui a traversé les siècles jusqu’à nos jours.

Un passage fort de l’Évangile

Il ne vous aura pas échappé que l’exorde de ce texte – du latin exordium, terme se traduisant par archive – s’ouvre par l’adverbe « aussi » comme si d’autres recommandations la précédaient. C’est d’ailleurs vrai puisque les chapitres antérieurs traitent, entre autres, des divisions dans l’Église, du sens du service de Dieu, de l’endurance des apôtres, du mariage et du veuvage, des viandes sacrificielles ou encore de la discipline des athlètes…En sorte que la fuite de l’idolâtrie paraît bien comme apothéotique. Ensuite, prenant le soin de rappeler aux Corinthiens qu’ils sont « gens avisés » (v.15), Paul évoque la Cène parce que pain et vin rappellent la communion au corps et au sang du Christ. Le terme « communion » n’est pas innocent : passivement, il signifie partage entre croyants, et, plus activement, participation au sacrifice de la Croix. C’est dire que nous sommes associés à sa mort comme nous serons associés à sa résurrection. L’analogie avec l’ancien temps est patente : de même qu’à Pessa’h, la Pâque juive, Israël se remémore qu’il a été sauvé par la manne au désert grâce à l’offrande du sang de l’agneau et à la fête des azymes (Ex 16, v.11-15), de même les Chrétiens célèbrent Pâques en partageant la Cène, dernier repas avant le sacrifice de la Croix salvateur pour tous les humains.

Permettez, précisément à l’orée de Pâques, une incise importante. Si, chez Catholiques et Orthodoxes, il existe une transsubstantiation faisant que pain et vin deviennent corps et sang du Christ, il n’en va pas de même chez nous, les Protestants. Ainsi, pour Luther, opère une consubstantiation, donc une coexistence du corps et du sang du Christ avec le pain et le vin qui, eux, restent ce qu’ils sont, i.e. des matières. Chez Calvin, la présence spirituelle du Christ se manifeste au moment du repas, cependant que pain et vin demeurent pain et vin. Enfin, chez Zwingli, l’acte eucharistique ne s’effectue qu’« in memoriam ».

Revenons donc au texte. Aux versets 19 et 20, Paul souligne l’interdit que forme une communion avec une idole, et précise dès le verset suivant que « vous ne pouvez pas boire à la coupe du Seigneur et à la coupe des démons ; vous ne pouvez pas partager la table du Seigneur et la table des démons ». Revient à l’esprit cet enseignement de Matthieu qui est de la même veine : « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Mt 6, v.24). De sorte qu’ici le verset 22 s’affiche en point d’orgue en enjoignant les fidèles de ne pas éveiller la « jalousie du Seigneur » dans la mesure où les croyants viendraient à affliger ce dernier, Lui qui les a créés.

L’idolâtrie a été de tout temps, hier comme aujourd’hui. Triste vérité !

L’idolâtrie, hier

Les références abondent dans l’Ancien Testament. A commencer par le tout premier commandement : « Je suis le Seigneur ton Dieu…Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi. Tu ne te feras pas de statue, aucune forme de ce qui est dans le ciel, en haut, de ce qui est sur la terre, en bas, ou de ce qui est dans les eaux au-dessous de la terre » (Dt 5, v.6-8). Plus tard, tandis que Moïse recevait les tables de la Loi, les Hébreux érigèrent ce « taurillon d’or » de sorte que Moïse en redescendant du mont Sinaï brisa les tables de rage. Ce fait est également rappelé dans les douze malédictions énoncées lors du passage du Jourdain en pénétrant la terre promise : « Maudit soit l’homme qui fait une statue ou une idole de métal fondu » (Dt 27, v.15) ; il sera repris au VIIIème siècle avant Jésus Christ par Esaïe quand il s’écriait : « Ils reculeront, ils auront honte, ceux qui mettent leur confiance dans les statues, ceux qui disent à des idoles de métal fondu : vous êtes nos dieux » (Es 42, v.17). Inutile de préciser que d’autres prophètes ne furent pas en reste. Contemporain d’Esaïe mais classé parmi les prophètes mineurs, Osée, époux d’une prostituée du nom de Gomer, n’aura de cesse d’avertir Israël que courtiser Baal était adultérin ; un siècle après, Jérémie asséna à son tour que « …tout orfèvre est honteux de sa statue, car ses idoles ne sont que mensonge, il n’y a pas de souffle en elles » (Jr 10, v.14) ; plus tardivement enfin, Ezéchiel, le prophète de la déportation, ne fut pas moins édifiant en s’exclamant « ne vous rendez pas impurs avec les idoles de l’Égypte » (Ez 20, v.7).

Dans le Nouveau Testament, l’idolâtrie fait aussi l’objet de plus d’une semonce. Dans cette même lettre adressée aux Corinthiens lue ce jour mais dans un chapitre antérieur (1 Co 6, v.9) ainsi que dans les épîtres rédigées à destination des Galates (Ga 5, v.20), des Éphésiens (Ep 5, v.5) ou des Colossiens (Col 3, v.5-8), Paul la fustige avec une extrême virulence, la comparant indifféremment à l’inconduite sexuelle, à l’impureté, à l’avidité, à l’adultère, à la sorcellerie, aux passions jalouses, aux ambitions personnelles, à l’envie, aux beuveries et autres orgies… Son fils spirituel, Timothée, reprendra et allongera cette liste paulinienne (1 Tm 1, v.9) ; l’apôtre Jean, au terme de sa première lettre (1 Jn 5, v.21), clamera « Mes enfants, gardez-vous des idoles », thème que développeront à l’envi Saint Augustin et Calvin. Dans son Apocalypse, à propos des gens qui avaient échappé « au feu, à la fumée et au souffre » sortant de la bouche de chevaux à tête de lions, Jean consignait qu’ « ils ne cessèrent de se prosterner devant les démons et les idoles d’or, d’argent, de bronze, de pierre et de bois qui ne peuvent ni voir, ni entendre, ni marcher » (Apo 9, v.20) ; il se fait plus véhément encore quand, en clôture de son Apocalypse, il s’écrit : « Dehors, les chiens, les sorciers, les prostitués, les meurtriers, les idolâtres et quiconque aime et fait mensonge ! » (Apo 22, v.16). Ce petit florilège suffit, s’il en était besoin, à prouver que l’idolâtrie était très vivement décriée dans le Second Testament.

Et puis, au jour des Rameaux, les Juifs ne montrèrent-ils pas quelque idolâtrie envers le Christ, voyant en lui celui qui briserait le joug romain comme un chef de guerre avisé aurait pu le faire ? C’est probable…

Et l’idolâtrie d’avoir perduré jusqu’aux temps présents au point de devenir banale.

L’idolâtrie, aujourd’hui

En effet, l’idolâtrie n’a pas disparu, bien au contraire. Tantôt, elle prend argent pour nom ; à tous les échelons de la société, certes avec un degré de cupidité variable, on s’évertue à en posséder et à en désirer toujours plus afin de veiller jalousement à sa conservation, à son accumulation, à sa transmission, voire à sa seule thésaurisation. Tantôt, elle revêt la forme de la puissance, de cette jouissance éprouvée à dominer les autres ici par la loi, là par le glaive, là encore par le verbe : au culte du héros antique s’est substitué celui de l’homme politique qui, dans trop de régimes, assoit son autorité par l’enfermement ou par le sang, sombrant ainsi dans l’extravagant et le cruel. Tantôt encore, l’idolâtrie consiste à aduler des statues, à contempler des reliquaires, à embrasser des icônes, à s’extasier devant des restes, à révérer un saint, à diviniser Marie, à adorer tant de créatures qui, toutes, ne sont que des images, rien que des images. Mais où est donc bien passé Dieu dans ce pullulement de prétendues dévotions ? La tradition, au reste respectable, n’en vient-elle pas à engloutir la foi ? Calvin enchérissait dans son Traité des reliques[1] en notant : « …par sacrilège exécrable, on a adoré les créatures mortes et insensibles, au lieu du seul Dieu vivant ». C’était rappeler à bon escient que l’homme préfère toujours le concret, le palpable. Tantôt enfin, l’idolâtrie peut tourner à l’autoglorification : la vénération du chef émerge, l’éloge de l’orgueil affleure, l’oppression s’installe. Chers Frères et Sœurs, ne trouvez-vous pas que toutes ces attitudes qui, au fond, sont souvent nôtres, conduisent à la seule sacralisation des choses ? Où est Dieu, je le répète, où est-il, quelle place lui réserve-t-on ? Pas la première, hélas. C’est de notre seule faute.

Dans son Institution de la religion chrétienne, Calvin relevait avec justesse ce travers de l’humanité : « La fierté et l’égoïsme s’ajoutant à l’ignorance et aux ténèbres, c’est à peine si un seul (homme) qui ne se soit pas forgé quelque idole ou fantôme à la place de Dieu »[2]. Dans notre for intérieur, ne tenons-nous pas viscéralement à tel ou tel objet – bijou, livre, jouet, grigri, décoration, lieu, souvenir…- au prétexte qu’il a figé un temps fort de notre vie ? Au XXème siècle, le théologien germano-américain Paul Tillich écrivait[3] : « Plus une foi est idolâtre, moins elle a la capacité de surmonter la scission entre le sujet et l’objet. Là réside ce qui différencie la vraie foi de la foi idolâtre ». En privilégiant le matériel au spirituel, non seulement nous effaçons la gloire de Dieu, mais nous éclipsons Dieu lui-même. Pis, nous profanons Sa réalité, car de Dieu il n’y a qu’un seul.

On a souvent pris coutume de valoriser notre époque, en la comparant avec dédain à celle de l’homme des premiers temps, mais n’invente-t-on pas sans cesse des divinités qui ne méritent pas cette appellation ? Depuis que le monde existe, les religions existent, parce qu’elles expliquent, rassurent et promettent. Mais, au risque de me répéter, quelle est la place de Dieu dans toutes ces constructions vides, ces visions farfelues, ces représentations humaines si éloignées de la Bible ? Pour paraphraser le réformateur genevois, quand la piété se nourrit de chose vaine, elle n’est plus religion, elle devient superstition. N’en sommes-nous pas arrivés là ? J’ai bien peur que oui.

Dieu est le maître de l’univers, le façonnier du vivant, le potier des choses. Croire en Lui, c’est Le servir, et Le servir c’est précisément entrer en religion. A l’inverse, croire en une idole, c’est abâtardir la vraie croyance. D’une certaine façon, notre Johnny national en avait eu la prescience quand il fredonna en 1962 « les gens m’appellent l’idole des jeunes » ! Il évoquait, sans arrière-pensée, cette puissance de l’image, celle-là même dont les médias usent et abusent aujourd’hui en valorisant l’argent, l’exploit et le non-dit aux dépens de la vie, du réel et de la vérité.

Concluons. Foin de toutes ces images taillées qui égarent notre esprit et notre cœur ! Fuyons cette adoration des saints qui n’a de signification que celle que les hommes ont bien voulu leur dédier ! Loin de nous cette « mariolâtrie » visant à substituer le nom de la Vierge à celui du Saint-Esprit dans l’évocation de la Trinité ! Et nous, Protestants, évitons de tomber dans la « bibliolâtrie », mais affirmons cette évidence : l’adoration doit être réservée à Dieu, car la foi ouvre le chemin du sacré. Aussi, respectons à la lettre le premier commandement : « Tu n’auras pas d’autre dieu devant ma face », et nous, Protestants, affirmons haut et clair : « A Dieu seul la gloire ! ». Là réside l’altérité entre Lui et nous ; le reste n’est que chimère.

Ainsi soit-il.

                                       Alain REDSLOB


[1] J. Calvin : Traité des reliques, éd. Paris Max Chaleil, 2008, p.21.

[2] J. Calvin : Institution de la religion chrétienne, éd. Kerygma-Excelsis, 2015, p.26.

[3] P. Tillich : Dynamique de la foi, éd. Labor et Fides, 2012, p.21.

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