Le culte a lieu au temple tous les dimanches à 10h30

Le temple :
9B av. de la Gare
78280 Montigny le Bretonneux

Pasteur : M. Guilhem RIFFAUT
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(Jacques 5, v.7-11)

Soyez donc patients, frères jusqu’à l’avènement du Seigneur. Voici, le laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard, jusqu’à ce qu’il ait reçu les pluies de la première et de l’arrière-saison. Vous aussi, soyez patients, affermissez vos coeurs, car l’avènement du Seigneur est proche. Ne vous plaignez pas les uns des autres, frères, afin que vous ne soyez pas jugés: voici, le juge est à la porte. Prenez, mes frères, pour modèles de souffrance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Voici, nous disons bienheureux ceux qui ont souffert patiemment. Vous avez entendu parler de la patience de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur lui accorda, car le Seigneur est plein de miséricorde et de compassion.

            Qui était Jacques et à qui s’adressait-il ? Deux questions auxquelles il est fort délicat de répondre.

            A la première, quatre possibilités se présentent à nous : l’apôtre Jacques le Majeur, fils de Zébédée et frère de Jean, l’apôtre Jacques le Mineur, fils d’Alphée, Jacques, frère de Jésus, ou encore Jacques, père de l’apôtre Jude. Si la première et la troisième conjecture semblent recevables, cette dernière, donc la thèse du frère de Jésus, paraît la plus vraisemblable et ce, pour plusieurs raisons : 1/ il y est question d’un personnage important ; or, ce frère de Jésus a présidé l’Eglise de Jérusalem où son autorité ne faisait aucun doute (cf. Ac 12, v.17, Ac 15, v.13ss et Ac. 21, v.18) ; 2/ les enseignements de Jacques et de Jésus se recoupent à plusieurs égards tant il est vrai que, comme les écrits des évangélistes synoptiques le rapportent, beaucoup d’images se référant à la nature prennent place dans cette épître ; 3/ des tournures stylistiques y proviennent du judaïsme hellénistique : références multiples aux préceptes du Premier Testament, usage fréquent de la forme répétitive, reprise en début de verset de mots consignés à la fin du précédent…

            La réponse à la seconde question est tout aussi malaisée. Datée tantôt de l’an 60, tantôt de vingt ans plus tôt, cette épître est une des sept appelées « générales » car ne s’adressant pas à une communauté donnée. Plus que d’une missive, elle forme un sermon dédié aux Chrétiens juifs où, un peu sur le mode des Proverbes, il est consigné que l’appartenance à la religion implique le respect de valeurs essentielles : la foi, la mise en conformité des actes avec elle, l’humilité, la sagesse, le respect de la langue maternelle…

            Si c’est le thème de la patience qui a été retenu ce jour, c’est, d’une part, parce que lui ou son antonyme, i.e. l’impatience, nous hante tous les jours, et, de l’autre, parce qu’il dévoile une perspective tout à fait inouïe.

            Plongeons-nous donc dans le texte avant que d’en esquisser une extrapolation.

Une narration interprétée à la lumière du passé

            Cette péricope, on le concédera, est aussi courte que riche.

            Elle s’ouvre par une exhortation, celle de prendre patience jusqu’à l’avènement du Seigneur (v.7), à l’image du cultivateur qui attend les produits précoces et tardifs de son travail. Que ce soit la pluie dans l’immédiateté ou la récolte à horizon plus lointain car les deux traductions sont envisageables, à la limite peu importe. Ce qui compte, c’est l’aptitude à attendre, puisqu’il est affirmé que le moment de la parousie s’est rapproché (v.8). Il ne s’agit pas d’une attente passive, mais active. Permettez à l’économiste que je suis d’effectuer une incise. Dès 1758 se constitua en France une école dite physiocratique ou encore, de manière plus éloquente, agrarienne, sous l’égide de son chef de file, le docteur François Quesnay. Elle prétendait que la terre était l’unique source de la richesse au motif que son rapport était de loin supérieur à son ensemencement, et ajoutait que – et cela n’étonnera guère dans la France de Louis XV ! – le surplus ainsi dégagé entre la moisson et les semis était l’œuvre de la divine providence. De l’utilité pour ces nourriciers des peuples et ces gardiens des paysages que sont les agriculteurs d’attendre que la transformation de la graine opère ! Dans notre texte, la parénèse, ou si vous préférez l’exhortation, est en tout point identique : elle vise l’attitude de l’agriculteur qui, non sans sagesse, s’arme de patience afin que la nature lui octroie le fruit de son labeur. Bref, il lui faut savoir endurer ; en réalité, dispose-t-il d’un choix autre ? Traduisez cette métaphore de l’agriculteur en attente comme un encouragement délivré aux Chrétiens à tenir bon dans la perspective de l’avènement de notre Seigneur, ni plus ni moins. Nous nous situons aux confins des oracles proférés par Amos, Malachie ou encore Esaïe et des visions néotestamentaires tirées des Evangiles, des lettres de Paul, ou des épîtres de Pierre et de Jean : de même que, dans le Premier Testament, Dieu veillait à pourvoir aux besoins de son peuple, de même, dans le Second, le Christ enseigne que la persévérance dans la foi aura l’élection pour récompense.

            Au verset suivant (v.9), les Chrétiens sont appelés à ne pas se plaindre les uns des autres, et ce d’autant que « le juge se tient aux portes ». En d’autres termes, ne vous épuisez pas en vaines querelles et ne gémissez point : si se chamailler est stérile, gémir ne sert à rien.  Bien au contraire, dépensez votre énergie à consolider la cohérence de la communauté et à surmonter les épreuves qui vous affligent personnellement. Jacques invoque avec pertinence les exemples de Job et de Jésus (v.10). D’ailleurs et curieusement, les écrits de Job n’ont pas d’origine précise eux aussi ; appartenant aux livres de « Poésie et de sagesse », ils relatent une histoire ancestrale du temps des patriarches. De sorte que suite aux monologues de Job et aux dialogues avec ses trois amis Eliphaz, Bildad et Tsophar puis à l’intervention accusatrice du jeune Elihou, tout le livre enseigne que, comme Job, il convient de rester ferme dans sa foi, quelles que soient les contrariétés que la vie occasionne, et reconnaissons à cet égard que Job a eu son comptant (assassinat des siens, perte de ses troupeaux, ulcère généralisé de son corps à l’instigation de Satan). Quant au Christ, également signalé par Jacques, on en connaît la destinée terrestre effroyablement douloureuse.

            De la façon la plus claire, le passage de ce jour s’achève sur le fait que se trouvent « bienheureux ceux qui ont enduré » (v.11-a) : la fermeté et la persévérance apparaissent une nouvelle fois comme vertus. Puis, « l’endurance de Job » (v.11-b) est remise à l’honneur dans le sens qu’on voudra bien lui donner : soit le rétablissement de Job dans ses biens (Jb 42, v.10-15), soit le fait que Dieu, sans lui répliquer directement, lui donne raison face à ses contradicteurs, puisqu’Il affirme que sa souveraineté est une réalité que l’homme ne peut discuter (Jb 38 & 39). La présence de Dieu s’impose à toute chose, car elle seule peut atténuer nos souffrances. C’est clair : l’affliction ne doit en aucun cas faire obstacle à la persévérance. Un éclair subit et fantastique, celui du Christ, zèbre notre récit parce qu’au travers de la théophanie de Job la souffrance endurée par notre Seigneur au Golgotha s’illustre. Bien que Fils de Dieu, il y a été torturé pour endosser les errements de l’humanité toute entière, mais, au terme de tous ses horribles tourments, n’a-t-il pas accédé à la droite de son Père ?

Une projection suggérée de l’avenir

            L’impatience comprime le temps, interdisant ainsi de le goûter. Elle est humaine, très humaine, trop humaine, parce qu’il est difficile d’être patient devant tant de fléaux sociétaux : la guerre, le terrorisme, l’injustice, la misère, l’insécurité, la maltraitance, autant de sujets qui révulsent ! La patience, à l’inverse, détend le temps en autorisant d’autres perceptions, en déployant la palette de nos choix, en instillant la saveur de l’instant et le charme de la durée. Cultiver la patience implique une double maîtrise, celle de l’attente et celle de l’endurance.

            Attendre n’est pas évident, voire pénible. Qui d’entre nous n’a pas été impatient ? Le nourrisson bougon réclamant la tétée, l’enfant fébrile déballant son cadeau, le jeune fiévreux parcourant la liste des résultats à ses examens, l’adulte fatigué au volant de sa voiture coincée dans les encombrements, l’homme âgé soucieux de gérer ses douleurs, l’agonisant désireux de franchir la rive vers l’Après…ou encore le paroissien qui pense que le prédicateur tarde, oui, à tous les stades de la vie, heureux ou malheureux, et en tout lieu qu’elle précipite, singulier ou non, tout un chacun est amené à manifester son impatience. Est-ce pour autant répréhensible ? Pas forcément, car l’impatience est motrice ; en revanche, dans l’accablement, l’effroi, le doute, l’incertitude, elle est mauvaise conseillère, parce que c’est la seconde appréhension de la patience, i.e. celle d’endurance, qui doit alors dominer.

            Endurer n’est guère plus simple qu’attendre. La vie de nos ancêtres n’a pas été aisée : conditions de travail, rémunérations, qualité des logements, hygiène, distractions…ont brillé ici par leurs carences là par leurs insuffisances. Tandis que, de nos jours, tout doit être impérativement résolu, pratique, confortable ou plaisant, comme si la possession commandait  désormais notre vie. De sorte que la sensation de l’avoir a anéanti notre capacité à endurer. Récemment, un homme dans la force de l’âge m’a avoué combien la situation suscitée par la COVID-19 lui était désagréable, non seulement par les privations qu’elle induit, mais aussi par l’interrogation authentique qu’elle suscite face à un monde où la liberté est subitement encadrée. J’ai acquiescé, mais, faute de temps, aurais désiré lui rappeler que ses grands-parents étaient de petits enfants pendant la Grande guerre, qu’ils avaient connu dans leurs familles les ravages de la dépression des années 30 avant que d’être contraints de subir cinq ans durant le second conflit mondial en montant au front, en y étant faits prisonniers dans les camps, et en étant plus préoccupés par la faim que par la privation de libertés, pourtant à cette époque broyées. En vérité, quels que soient les désagréments que l’état sanitaire provoque, il convient de ne pas confondre restrictions de libertés sociales et absence de libertés tout court. Quoi qu’il en soit, où est Dieu dans tout cela ?

            Car, et là est mon dernier propos – rassurez-vous ! -, il ne faut jamais oublier que, quelle que soit sa longueur, le temps appartient à Dieu. Lui seul est maître du temps, puisqu’Il l’a créé. Laissez l’économiste que je suis ajouter une fois de plus son grain de sel. Cette maîtrise du temps n’avait échappé ni à Saint Thomas d’Aquin au XIIIème siècle pour prohiber le taux d’intérêt, et ce en droite ligne de la pensée d’Aristote dix-huit siècles avant lui, ni à Jean Calvin au XVIème pour, lui, le justifier ! Comme quoi l’appréciation du temps est bien subjective. Aujourd’hui, on peste – moi le tout premier –  parce que le port du masque est obligatoire, mais se souvient-on qu’hier on risquait sa vie à tout carrefour et à chaque instant ? C’est ce que d’aucuns appellent un changement d’époque ; pour moi, c’est d’une altération profonde de société qu’il s’agit, car le temps a de toute évidence perdu de son épaisseur : à la domination de la durée dans le temps jadis répond la dictature de l’instant dans le temps présent. Oui, c’est indubitable, le temps a changé de…tempo !

            En ce dernier dimanche célébrant la Saison de la Création, attendons dans la joie, avec patience et fermeté, la rencontre avec Celui qui nous a modelés à son image. Sans se lamenter sur l’ancien monde où les paysans laissaient filer le temps avec un zeste de fatalisme, et sans non plus obtempérer aux prêchi-prêcha de prétendus défenseurs de la nature aussi farfelus que dogmatiques, concédons-nous le temps de préserver la merveilleuse création que Dieu nous a confiée dès la Genèse. Bref, sachons mieux communier avec la nature, parce que c’est elle qui rythme ce temps qui scande nos existences.

            Frères et sœurs, il me faut à mon tour vous exhorter : soyez les paysans de l’espérance, les forgerons du temps long, les endurants de l’épreuve, les façonniers du courage, les artisans du cœur, les messagers de la chrétienté et les servants du Dieu tout puissant.

            Nul ne peut précipiter l’aube, mais elle advient toujours.  

            Ainsi soit-il.

                                                                                        Alain REDSLOB

Merci à Alain Redslob pour cette prédication et pour la présidence du culte en présentiel ce matin.

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    novembre 17 @ 20 h 15 min - 23 h 00 min
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    décembre 1 @ 20 h 15 min - 23 h 00 min