Le culte a lieu au temple tous les dimanches à 10h30

Le temple :
9B av. de la Gare
78280 Montigny le Bretonneux

Pasteur : M. Guilhem RIFFAUT
01 30 69 09 02
pasteur@epusqy.org

Présidente du conseil presbytéral :
Mme Hanta RAJAONA
conseil.epusqy@gmail.com

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Exceptionnellement, pas de réunion de prière ce premier mercredi du mois, mais le partage de ces textes, l’un de Francine Carillo, l’autre de Jorge Bergoglio :

Christ serait-il mille fois né à Bethléem, et non en toi, tu restes perdu à tout jamais. Angelus Silesius 

Et la question arriva d’en haut 

Comme une aile d’ange fracturant la nuit 

Personne ne sut d’où elle tombait 

Mais elle était désormais posée 

A même la terre, à même chaque visage 

Une question de vie ou de mort 

Nue, insolente 

De celles qui empêchent toute somnolence 

Et rendent à jamais pèlerins 

La question que seul un dieu pouvait poser 

Qu’est-ce qui en toi n’est pas encore né ?

(Francine Carrillo, « Le plus-que-vivant  »)

Prions :

Nous te louons, Père, avec toutes tes créatures, qui sont sorties de ta main puissante. 

Elles sont tiennes, et sont remplies de ta présence comme de ta tendresse. Loué sois-tu. 

Fils de Dieu, Jésus, toutes choses ont été créées par toi. Tu t’es formé dans le sein maternel de Marie, tu as fait partie de cette terre, et tu as regardé ce monde avec des yeux humains. 

Aujourd’hui tu es vivant en chaque créature avec ta gloire de ressuscité. Loué sois-tu. 

Esprit Saint, qui par ta lumière orientes ce monde vers l’amour du Père et accompagnes le gémissement de la création, tu vis aussi dans nos cœurs pour nous inciter au bien. Loué sois-tu. 

Ô Dieu, apprends-nous à te contempler dans la beauté de l’univers, où tout nous parle de toi. 

Éveille notre louange et notre gratitude pour chaque être que tu as créé. Donne-nous la grâce de nous sentir intimement unis à tout ce qui existe. 

Dieu d’amour, montre-nous notre place dans ce monde comme instruments de ton affection pour tous les êtres de cette terre, parce qu’aucun n’est oublié de toi. 

Illumine les détenteurs du pouvoir et de l’argent pour qu’ils se gardent de l’indifférence, qu’ils aiment le bien commun, promeuvent les faibles, et prennent soin de ce monde que nous habitons. Les pauvres et la terre implorent : 

Seigneur, saisis-nous par ta puissance et ta lumière pour protéger toute vie, pour préparer un avenir meilleur, pour que vienne ton Règne de justice, de paix, d’amour et de beauté. Loué sois-tu. Amen.

(François)

Pour le conseil presbytéral,

Guilhem Riffaut, pasteur

Culte du 29 novembre 2020

« Nous venons à toi dans la prière »

Nous venons à toi dans la prière, Seigneur, Et c’est une manière de faire place en nous à un Autre que nous-mêmes.

Nous venons à toi et c’est une manière de libérer notre regard de ce qui l’encombre, Une manière de nous délier du manque de confiance, de la lâcheté ou de la colère qui nous retiennent attachés.

Là où nous sommes tentés de nous replier sur notre amertume, ouvre-nous à la tendresse qui est en toi ! Là où nous nous crispons sur l’attente d’être aimés, emmène-nous vers la générosité qui porte la joie !

Là où nous avons peur de manquer, donne-nous de regarder ce manque comme une source de fécondité !

Notre prière, Seigneur, c’est aussi une manière d’accompagner les situations douloureuses et de rendre grâce pour les situations heureuses. Nous nommons aujourd’hui devant toi ceux et celles qui vivent un temps d’éclatement et de remise en question, un temps de deuil ou de maladie…

Nous nous réjouissons avec celles et ceux qui reprennent pied et qui ont des envies pour demain… Garde-nous accueillant envers ceux et celles qui cherchent leur voie et vivent leur foi autrement que nous ! Préserve-nous de toute suffisance et donne-nous plutôt de témoigner de la largesse du regard que tu poses sur chaque être humain.

La méditation porte sur le psaume 23, ainsi que les textes du jour :

Ezéchiel 34, 11-12.15-17 ; 1 Corinthiens 15, 20-26.28 ; Matthieu 25, 31-46

Bien chère soeurs, bien chers frères,

Je ne sais pas comment vous vous portez en ce moment, bien j’espère et dans tous les cas le mieux possible. Mais ce n’est pas actuellement le cas de tout le monde je le crains. Les nouvelles relayées dans les médias peuvent inciter à ne pas faire preuve d’un optimisme débordant. Le vécu individuel peut être lourd à porter. Voici sans doute pourquoi les journaux éprouvent actuellement le besoin de multiplier les articles sur l’état psychologique et de la population et de la société et, pour lutter contre la sinistrose ambiante, de donner des conseils pour nous permettre de faire face tout à la fois au spleen automnal et aux inquiétudes liées à un certain virus dont on parle sans cesse, entre autres problèmes. Le grand quotidien du soir qu’est Le Monde propose ainsi de s’abonner à un fil info, comme on dit, relayant les bonnes nouvelles de la journée. Une sorte de feel good.

Personnellement, je me contenterai de vous proposer une méditation sur le psaume 23, un des textes les plus connus de la Bible. Cela s’explique probablement car il est aisément mobilisable dans les bons comme dans les mauvais jours. Il peut ainsi nourrir notre foi dans toutes les circonstances. Il nous permet en effet de nous ouvrir à la prière dans les jours de détresse, ces jours où nous n’arrivons même plus à prier tant la peine ou la révolte nous submerge. Il nous permet également, dans les jours heureux, de saisir encore plus profondément la beauté de la vie. Par là même, il illustre tout le bénéfice que nous apporte la prière dans notre vie. Mais comme souvent dans la Bible, ce texte dit bien plus que ce que nous pouvons percevoir à sa première lecture. Je vous invite donc aujourd’hui à en reprendre la lecture.

« L’Éternel est mon berger ». Derrière le poncif de l’églogue et de l’image poétique du berger et de ses moutons se cachent rien de moins qu’une théologie, une philosophie et une éthique.

Cette théologie renvoie à une conception de Dieu dont la nature même est de tout faire quotidiennement pour donner la vie à chacun d’entre nous, individuellement, personnellement. Dieu est «mon» berger, dit le Psaume. Dans la dimension très intime et très personnelle de cette formulation, il y a l’assurance que nous pouvons compter absolument sur Dieu. Il est certes le berger de l’humanité toute entière. Mais, dans ma relation individuelle à lui, il est mon berger à moi, le mien à moi comme disent les enfants. Il entretient avec moi un lien puissant, personnel, intime, un lien de personne à personne. Je ne suis rien d’autre que sa priorité. Mais en même temps, dans cette image du berger, il y a l’idée que Dieu est un être à part. Le berger n’est pas une brebis qui serait un peu plus avancée que les autres. Il est d’une autre nature. Cette image du berger insiste donc sur la transcendance de Dieu bien plus que ne le fait l’image du père que nous trouvons ailleurs dans la Bible. Peut-être qu’après avoir trop longtemps considéré Dieu comme étant seulement un peu plus grand et un peu plus parfait que nous, peut-être faut-il donc nous rappeler que Dieu est unique et, bien plus encore, qu’il est également unique en son genre.

Désigner Dieu comme mon berger renvoie également à une éthique qui permet de répondre à cette question que vous connaissez tous et qui est à la base de notre foi. Cette question c’est celle qu’un scribe pose à Jésus : « Qui est mon prochain ? ». Qui m’est confié en particulier pour que je l’aide ? Envers qui dois-je exercer les sept œuvres de miséricorde corporelles définies dans la l’extrait de l’Evangile du jour et dans l’Epître aux Hébreux qui reprennent le Livre d’Ézekiel qui est également proposé à notre méditation aujourd’hui ? Je les rappelle rapidement pour mémoire : nourrir l’affamé, abreuver l’assoiffé, accueillir l’étranger, vêtir les malheureux, soigner les malades, visiter les prisonniers et ensevelir les morts (cette dernière œuvre n’apparaît qu’au Moyen-Age). Envers qui dois-je exercer les sept oeuvres de miséricordes spirituelles que sont le conseil à celui qui doute, l’enseignement à celui qui est dans l’ignorance, l’avertissement à celui qui est dans le péché, la consolation à celui qui est affligé, le pardon des offenses, la patience envers les ennuyeux et la prière pour les vivants et les défunts ? Vous me répondrez que cette liste a été établie par les Pères du désert et que l’Eglise catholique en réserve l’accomplissement aux clercs. Mais comme nous, protestants, sommes tous clercs, je pense qu’elles nous concernent également. Vous me permettrez de compléter la liste par l’ajout qui a été fait en 2016 par le pape François, ajout qui me semble loin d’être anecdotique, puisqu’il s’agit de la sauvegarde de la Création.

Le Psaume 23 nous donne un élément essentiel de réponse à cette question. Mon prochain, ce n’est pas celui qui m’est proche, comme le mot français pourrait le laisser penser. Ce n’est pas non plus celui qui s’approche de moi ni celui dont, en retour, je m’approche. Non. Mon prochain, en hébreu, c’est celui qui a le même berger que moi. En effet, le verbe her (raa) « être berger » donne le mot « prochain » (réa). Considérer que Dieu est mon berger change tout pour répondre à la question de savoir qui est mon prochain. Tout humain est mon prochain. En effet, puisqu’il y a un seul Dieu pour l’humanité entière, il est nécessairement le Dieu, le berger de chacun en particulier. Par conséquent, toute femme, tout homme, tout enfant, tout adulte, tout vieillard, en un mot l’humanité toute entière constitue par définition mon prochain. Cela doit nous conduire à briser en mille éclats nos étroitesses d’esprit. Mon prochain ce n’est pas seulement mon voisin d’immeuble, mon collègue de travail, mon concitoyen, mon coreligionnaire.

Si Dieu est le berger de chacun alors chacun est mon prochain. Cela peut sembler déraisonnable. Cela l’est certainement, car certes nous ne pouvons pas prendre sur nos épaules toute la misère du monde ni même ressentir de la compassion pour toutes ces misères, au risque sinon de sombrer dans une profonde mélancolie, comme on le disait pudiquement au XVIIe siècle, mélancolie liée à notre sentiment d’impuissance. Mais à cela aussi, le Psaume 23 apporte une réponse. Cette réponse c’est celle de la vocation personnelle. Dieu est mon berger pour s’occuper de moi. Il est aussi celui qui « oint d’huile ma tête ». Cette onction d’huile est tout à la fois signe de la bénédiction de Dieu et signe d’une vocation personnelle que Dieu me donne. Une vocation que Dieu donne à chacun d’entre nous, individuellement. C’est par conséquent chacun d’entre nous que Dieu bénit et envoie en mission. C’est à chacun d’entre nous que Dieu donne un cœur de chair pour qu’il se sente responsable de son prochain, ou plutôt d’un ou de plusieurs de ses prochains, selon ses moyens, selon sa sensibilité, selon l’occasion. Bien évidemment, je ne peux pas m’occuper de tous mes prochains. Bien évidemment, je ne peux pas m’occuper de tous les membres de l’humanité. Mais Dieu veut la bénédiction de chacune de ces personnes. Et, par conséquent, il ne faut pas qu’une seule de ces personnes soit oubliée.

Quelle part puis-je alors prendre dans ce dessein de Dieu ?

Le Psaume nous dit que Dieu a déjà oint d’huile notre tête. Nous, chrétiens, sommes donc, au sens littéral du terme christ, même si ce n’est qu’avec une minuscule. Un christ et non le Christ avec une majuscule. Nous sommes christ car nous avons reçu l’onction nous dit le Psaume 23. Il nous appelle ainsi à prendre conscience de tout ce que nous avons reçu comme bénédictions, à prendre conscience de tout notre potentiel de foi, d’espérance et d’amour, à prendre conscience de la richesse de notre cœur, de notre âme, à prendre conscience de notre force et de notre intelligence. Il nous invite enfin à prendre conscience de notre vocation personnelle pour le service des autres. Le Psaume s’ouvre ainsi sur une théologie qui se poursuit sur une éthique du quotidien qui ne relève de rien d’autre que de cette même théologie.

Il nous donne à voir une figure de Dieu par nature attentionné envers chaque personne. C’est sa nature, et c’est la nôtre d’être à son image, attentionné. L’attention envers autrui relève donc de notre vocation de chrétien et non pas d’un sens du devoir mal placé. Nous ne faisons pas attention non plus à notre prochain pour remercier Dieu de ses dons. Nous le faisons simplement parce que vivre c’est cela. Et en prime il y a là le bonheur et la grâce, nous dit le Psaume. Il y a le bonheur d’être aimé par Dieu, le bonheur de recevoir de lui une vie vivante et belle, le bonheur de vivre ainsi de la grâce et d’être source nous-même d’un peu de bonheur et de grâce, personnellement, même un tout petit peu seulement, comme nous le pouvons. Etant à l’image de Dieu, Dieu nous appelle à être, à son image, berger de quelques-uns, même si ce n’est que pour un court instant, à travers un simple un geste qui peut être source de bonheur et de grâce pour un seul de nos plus de sept milliards de prochains.

Dans cette vocation, qui est appel de Dieu, ce dernier fait appel à notre créativité. En effet, comme Dieu est créateur, être à son image, c’est donc être berger à notre façon. C’est porter notre propre fruit à notre propre saison et selon notre propre rythme, comme on peut le lire au Psaume 1er où il est écrit « Heureux est l’homme qui (…) se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau qui donne du fruit en son temps et jamais son feuillage ne meurt ; tout ce qu’il entreprend réussira ». Il ne faut donc pas attendre de Dieu qu’il nous désigne autoritairement telle mission. Bien au contraire, c’est à nous de lever les yeux et de nous sentir concernés par tel lieu d’engagement, telle personne, selon nos moyens, et savoir aussi faire le deuil de ne pas pouvoir aider tout le monde.

Arrivé à ce stade de notre réflexion, je tiens à attirer maintenant votre attention sur un point. Avez-vous remarqué que le verset « Tu as oint d’huile ma tête » est conjugué au passé, pas au futur ? Contrairement à ce que l’on peut penser parfois aujourd’hui, ce psaume ne parle pas de la vie future, dans l’au-delà, mais bel et bien de la vie présente, de notre vie d’aujourd’hui, de notre quotidien de tous les jours si vous me pardonnez le pléonasme. Quand on regarde bien, en effet, ce psaume termine sa description en disant qu’il durera ainsi « jusqu’à la fin de mes jours ». L’usage du futur est donc trompeur, il vaudrait mieux traduire au présent les verbes des versets suivants : « l’Éternel est mon berger, je ne manque de rien, dès maintenant ». C’est maintenant que « le bonheur et la grâce m’accompagnent », que « le bonheur et la grâce me courent après ». C’est maintenant que « je demeure dans la maison de l’Éternel ». La formule au passé « Tu as oint d’huile ma tête », évoque une action déjà accomplie par Dieu pour nous. Nous sommes d’ores et déjà incroyablement bénis, éclairés par la foi, nourris, fortifiés. Nous disposons d’ores et déjà d’une force, d’une sagesse, d’une capacité à aimer, d’une envie de servir, d’arriver à faire de belles choses, l’envie d’être fidèle et bons. Nous en disposons tellement que notre coupe déborde. Nous avons tellement reçu que cette bénédiction déborde sur notre prochain.

Voilà pourquoi le psalmiste peut écrire « Oui , le bonheur et la grâce m’accompagnent Tous les jours de ma vie, Et j’habite (je reviens) dans la maison de l’Éternel pour la durée de mes jours ». Cela ne relève pas d’une promesse abstraite. Nous avons là un témoignage, une expérience de David. Et c’est ce qui fait la force de ce texte. Cette description n’est pas celle d’une vie idéalisée, à plus forte raison inventée, mais la description de la vie d’un homme normal dans son quotidien ; la description de la vie d’un homme qui a réellement vécu, avec ses forces et ses faiblesses, avec ses pages lumineuses et ses pages sombres, une vie à l’image de notre vie. La preuve c’est que dans tout le Psaume, deux idées sont toujours associées, celle d’être en communion avec Dieu et celle de revenir vers Dieu, de se convertir, de progresser. Nous en sommes tous là. Et si le Psaume 23 nous dit que le bonheur et la grâce nous accompagnent chaque jour, il parle aussi de la vallée de l’ombre de la mort. Nous sommes ainsi en partie à l’image de Dieu, et en partie à l’image de l’obscurité et de la mort. Comme David, nous sommes source de vie mais aussi d’obscurité et de mort.

Pourtant le psaume 23 nous l’affirme clairement. Il ne nous manque rien, dès maintenant, pour commencer à vivre et à vivre heureux. Il ne nous manque rien pour commencer à jouir de ce que Dieu nous a déjà donné, pour aimer avec ce cœur que nous avons déjà, pour aider ce prochain qui a déjà besoin de nous mais également pour nous laisser aider par notre prochain. Le début du Psaume 23 évoque explicitement le paradis avec son herbe verte. Et le paradis, c’est pour maintenant. En effet, le repos, l’abondance, la plénitude qu’apportent les soins du berger évoquent la communion avec Dieu.

Et pourtant il est encore question de conversion : « l’Éternel restaure mon âme » dit la traduction. Le texte littéral est plus abrupt : « Il convertit mon être ». Oui, nous sommes déjà dans le bonheur. Oui, nous sommes déjà à l’image de Dieu, capables d’être berger. Toutefois, nous avons encore vraiment besoin de nous convertir, de changer. Et les temps d’abondance sont les meilleurs moments pour cela, nous dit le Psaume 23. Pour nous, quand tout va bien, quand nous sommes bénis (et nous le sommes en tous temps), c’est une bonne idée de compter sur Dieu, de prendre du temps avec lui pour nous convertir, de prendre le temps d’aller trouver cette source d’eau vive et de cheminer un petit peu dans ce qui est de l’ordre de la justice. Et dans les heures terribles du doute et d’obscurité, dans les temps de détresse et de péché, Dieu est là pour sauver l’essentiel nous dit ensuite le Psaume. Dieu nous défend contre ce qui peut nous tuer. C’est le rôle du bâton avec lequel le berger ne frappe pas ses brebis, même perdues, mais avec lequel il chasse les loups dévorants. Dieu nourrit aussi notre être pour le renforcer face à ces loups. Et Dieu nous guide pour nous aider

à nous en sortir tout comme un berger guide sa brebis avec sa houlette.

Dans les bons comme dans les mauvais moments, Dieu nous donne donc à la fois une stabilité et une mobilité. Une stabilité pour prendre conscience et garder le meilleur de nous, puis pour faire fructifier ce meilleur. Mais également une mobilité pour avancer, pour cheminer, progresser. Dieu nous fait reposer et il nous fait avancer. Il nous garde et il nous conduit. Dans un superbe jeu de mot que seul l’hébreu permet, le psaume arrive à mettre dans le même verbe ces deux dimensions de l’aide de Dieu, ces deux dimensions de la vie humaine. En effet, le mot hébreu ytbv shaveti veut dire deux choses en même temps. Il signifie à la fois « je demeurerai » et « je reviendrai » dans la maison de l’Éternel. Oui, les deux en même temps, et c’est la réalité. Car Dieu est cheminement. Sa nature même est de transformer le mal en un bien comme en témoigne l’expression « de tout mal peut naître un bien ». Sa nature même est de transformer le bien matériel en amour, en bonheur et en grâce. Sa nature même est de transformer le temps qui passe en opportunité de faire avancer les choses pour le meilleur. La stabilité de la communion avec Dieu relève donc bel et bien d’une mobilité qui est une dynamique de conversion. Tellement que notre « coupe de bénédiction déborde ».

Amen.

« Mon Dieu, que j’aime les moments… »

Mon Dieu, que j’aime les moments où tu me donnes d’être éveillée à ta présence.

J’aspire à ces moments ; c’est toi qui les donnes et moi qui veille à les cueillir. Mon corps, mon cœur, ma tête, ma vie et tout mon être les attendent, les cherchent…

Privilège que cette faim, privilège que ce pain !

Près de toi, c’est la vie, la vie à foison.

Quelle joie pour ceux qui vivent avec toi et te parlent sans cesse !

Quelle joie pour ceux dont la force est en toi : des chemins s’ouvrent dans leur cœur pour monter vers toi !

Quand ils traversent les aridités de la vie, ils en font des retours aux sources et ta grâce, comme une pluie féconde, les inonde de bénédictions.

Ils gagnent des forces en avançant à la rencontre de leur Dieu, là où il les attend.

Seigneur, tu regardes et tu vois, tu écoutes et tu entends, ensemble, l’homme pécheur

et ton Fils bien-aimé.

Oui, un moment de présence totale à ta présence en vaut plus que mille autres.

Et j’ai choisi : me tenir proche, me serrer contre mon Dieu, revenir sans cesse à lui.

Oui ! Le Seigneur Dieu est un soleil, un bouclier ; il donne grâce et joie pleine !

Jamais il ne refuse aucun bien à ceux qui le cherchent.

Seigneur Dieu, source de vie, allégresse pour celui qui s’appuie sur toi !

Amen

Mathieu Lepetit, prédicateur

Chères sœurs et chers frères,

Lecture (Matthieu 25, 14-30)

Le Royaume des cieux ressemble à ceci : Un homme part en voyage. Il appelle ses serviteurs et leur confie ses richesses.

Il donne à chacun selon ce qu’il peut faire. Il donne à l’un 500 pièces d’or, à un autre 200, à un troisième 100, et il part.

Le serviteur qui a reçu les 500 pièces d’or s’en va tout de suite faire du commerce avec cet argent et il gagne encore 500 pièces d’or.

Celui qui a reçu les 200 pièces d’or fait la même chose et il gagne encore 200 pièces d’or.

Mais celui qui a reçu les 100 pièces d’or s’en va faire un trou dans la terre et il cache l’argent de son maître.

Longtemps après, le maître de ces serviteurs revient. Il leur demande ce qu’ils ont fait avec son argent.

Le serviteur qui a reçu les 500 pièces d’or s’approche et il présente encore 500 pièces d’or en disant : “Maître, tu m’as confié 500 pièces d’or. Voici encore 500 pièces d’or que j’ai gagnées.”

Son maître lui dit : “C’est bien. Tu es un serviteur bon et fidèle. Tu as été fidèle pour une petite chose, je vais donc te confier beaucoup de choses. Viens et réjouis-toi avec moi.”

Le serviteur qui a reçu les 200 pièces d’or s’approche et il dit : “Maître, tu m’as confié 200 pièces d’or. Voici encore 200 pièces d’or que j’ai gagnées.”

Son maître lui dit : “C’est bien. Tu es un serviteur bon et fidèle. Tu as été fidèle pour une petite chose, je vais donc te confier beaucoup de choses. Viens et réjouis-toi avec moi.”

Enfin, celui qui a reçu les 100 pièces d’or s’approche et il dit : “Maître, je le savais : tu es un homme dur. Tu récoltes ce que tu n’as pas semé, tu ramasses ce que tu n’as pas planté.

J’ai eu peur et je suis allé cacher tes pièces d’or dans la terre. Les voici ! Tu as ton argent.”

Son maître lui répond : “Tu es un serviteur mauvais et paresseux ! Tu le savais : je récolte ce que je n’ai pas semé, je ramasse ce que je n’ai pas planté.

Donc tu devais mettre mon argent à la banque. De cette façon, à mon retour, je pouvais reprendre l’argent avec les intérêts !

Enlevez-lui donc les 100 pièces d’or. Donnez-les à celui qui a 1 000 pièces d’or.

Oui, celui qui a quelque chose, on lui donnera encore plus et il aura beaucoup plus. Mais celui qui n’a rien, on lui enlèvera même le peu de chose qu’il a !

Et ce serviteur inutile, jetez-le dehors dans la nuit. Là, il pleurera et il grincera des dents.”

L’histoire des trois serviteurs, tirée de la Vie de Jésus Mafa

Méditation

Jésus nous parle aujourd’hui encore du Royaume de Dieu. Il s’agit toujours de vivre en sa compagnie, dans sa société : cette histoire vient juste après celle des dix jeunes filles, dont nous avons parlé la semaine dernière. Ce matin, Jésus nous raconte l’histoire de trois serviteurs à qui leur maître, avant de partir en voyage, confie ses richesses – et nous allons voir que toute cette histoire n’est qu’une histoire de confiance. Il donne à chacun selon ce qu’il peut en faire, c’est-à-dire qu’il revient aux serviteurs de réaliser un profit grâce à la somme qui leur a été confiée.

Le texte mentionne des sommes importantes : le premier serviteur reçoit 500 pièces d’or, le deuxième 200, le troisième 100. Dans les manuscrits grecs, il ne s’agit pas de pièces d’or, mais de talents, une monnaie d’argent. Le maître donne cinq talents au premiers serviteurs, deux au suivant et un seul au dernier. En tout cas, il s’agit, à l’époque de Jésus, d’une petite fortune.

Lorsque le maître revient et demande des comptes à ses serviteurs, les deux premiers lui présentent le double de la somme qu’il leur a remise. Ils ont fait du commerce, ce qui sous-entend qu’ils ont pris des risques. Le texte ne donne pas davantage de détails, car l’important c’est que le maître est content : il les appelle des serviteurs « bons et fidèles », il promet de leur confier davantage de choses encore et les invite à se réjouir.

Et puis, vient le mauvais serviteur, celui qui s’est contenté d’enterrer sa pièce, son seul et unique talent. Il dit à son maître qu’il a peur de lui et qu’il a préféré cacher son talent dans la terre plutôt que de le perdre. Cette fois-ci, le maître se fâche : s’il n’avait pas à cœur de faire du commerce, de prendre des risques comme les deux autres serviteurs, il pouvait toujours déposer sa pièce à la banque : le maître aurait profité des intérêts. Le maître se fâche et appelle ce serviteur-là « mauvais et paresseux ». Celui-là, le maître le chasse en ne lui laissant pas même le talent qu’il lui avait donné.

Difficile de ne pas avoir de la compassion pour ce serviteur-là, qui nous ressemble beaucoup, nous autres êtres humains. L’humanité toute entière, à l’image du mauvais serviteur, était pourtant bien partie : Dieu lui ayant confié ses richesses, sa création selon ce qu’elle peut en faire. Et l’humanité peut faire de belles choses si elle suit le bon exemple, celui du maître, celui de Jésus. C’est Jésus qui nous apprend à habiter la création. Au lieu de cela, plutôt que de regarder vers Jésus qui est maintenant au ciel nous préférons regarder vers la terre. Nous préférons la violence, qui consiste à réduire son prochain en poussière, à traîner l’autre plus bas que terre.

Mais l’humanité sans la confiance en Dieu, est-ce bien l’humanité ? Bien sûr, nous sommes tous les enfants d’un même Dieu, que nous appelons Père ou qui, selon Ésaïe, est comme une mère pour nous. Mais c’est en Jésus que nous découvrons ce que cela veut vraiment dire, être humain. Être humain, c’est vivre en relation avec Dieu. Une relation d’amour, bien sûr, basée sur la confiance. Comme un mariage. Ou comme, dans cette histoire, ces serviteurs bons et fidèles auxquels le maître fait confiance et qui, en retour, font confiance à leur maître. D’ailleurs, le grec ne nous dit pas d’abord du maître qu’il est un homme, mais qu’il est un être humain. Afin de devenir pleinement humains, il nous faut donc apprendre à vivre dans la confiance.

Ne pas faire comme le mauvais serviteur, qui, plutôt que de se laisser faire par Dieu, lui résiste. Plutôt que de vivre dans l’esprit de son maître, ce bon esprit prélude à la joie, cultive le mauvais esprit, ce dont témoigne ses cachotteries et les calomnies dont il accable son maître.

Plutôt que de laisser le souffle de Dieu le porter, il résiste à l’Esprit saint et se complique la vie.

Or faire confiance à Dieu, c’est nous laisser faire par lui. C’est le laisser faire de nous ce qu’il veut – et ce qu’il veut est très bon. Il s’agit d’un Dieu qui donne à chacun selon ce qu’il peut faire. Par exemple, les serviteurs bons et fidèles de cette histoire font du business avec la fortune de leur maître, c’est risqué. Mais ce qui compte, c’est cette relation de confiance entre le maître qui sait ce qu’il peut demander à ses serviteurs et ces derniers, qui s’en remettent à leur maître prêt à tout perdre. Et Dieu nous aime tellement, il a tellement envie que nous devenions des hommes et des femmes dignes de ce nom, qu’en Jésus il est prêt même à perdre la vie.

Pour devenir vraiment humains, nous devons être prêts à perdre notre vie. C’est Jésus qui le dit. Perdre sa vie pour mieux la trouver car, en faisant confiance à Dieu, c’est une vie nouvelle et pleine qui s’offre à nous, comme pour ses bons et fidèles serviteurs qui reçoivent chacun le double de ce qu’ils avaient investi. En laissant Dieu faire de nous ce qu’il veut, de sa volonté bonne, nous recevons comme le double de vie, une vie enfin complète qui s’épanouit dans la profusion de tout ce que Dieu nous donne et que nous ne méritons pas. Dès lors, ne vivant plus comme si Dieu était parti en voyage mais en sa compagnie, nous entrons dans la joie comme on entre dans une salle des fêtes un jour de mariage.

Une fête un peu particulière, qui attend les bons et fidèles serviteurs. Jean de la Croix a évoqué dans son Cantique spirituel « la musique silencieuse » qu’on y joue, « la solitude sonore » de ce « souper qui restaure. »

Alors, n’ayons pas peur du vide, de la solitude et du silence de nos appartements. Laissons plutôt Dieu faire de nous ce qu’il veut, laissons-le nous faire vivre. C’est ainsi que la vie ne cessera pas de toute la durée de cette traversée obscure, de cette pandémie. C’est ainsi que nous pourrons apprendre à vivre et à prendre soin les uns des autres de la création, toutes choses dont le monde a besoin dès aujourd’hui et dont il aura plus que jamais besoin demain. Ce n’est pas seulement une liberté de mouvement qu’il nous faut retrouver, c’est aussi une liberté spirituelle.

En présence du vide, de la solitude et du silence nous pouvons vaincre la peur de la mort, de l’isolement et de l’oubli, car c’est souvent dans le vide que nous réalisons que Dieu est présent. C’est dans la solitude que nous réalisons qu’il nous accompagne et c’est dans le silence qu’il nous parle parfois le mieux.

Dans l’Éloquence du silence, Ivan Illich a parlé également du « silence de l’amour, celui des êtres qui s’aiment et dont les mains se joignent ». Ce silence devenu « prière dans laquelle l’imprécision avant les mots a cédé la place au vide pur après eux. » Ce silence qui est alors « la forme de communication qui ouvre les profondeurs simples de l’âme [et qui]

présente, peut-être, écrit-il, le seul moyen de communication qui échappe à la malédiction de Babel ».

En ces temps confus, où, contemplant l’état de la terre, on croirait presque Dieu parti en voyage, essayons peut-être de ne pas ajouter l’agitation à l’agitation. Commerçons plutôt avec Dieu. Commercer, en français, ça n’est pas que faire du business, c’est aussi partager l’intimité de quelqu’un, comme Dieu nous invite à partager la sienne, comme cette joie dans laquelle il nous invite à entrer. Alors, présentons à Dieu nos talents de silence, faisons-lui confiance pour nous en donner le double, autrement dit, pour rendre le silence si éloquents qu’il en devient sa Parole.

C’est là sans doute que nous apprendrons à devenir vraiment humain, à vivre aujourd’hui sur terre comme nous vivrons demain au ciel, dans la société de Dieu. Dans son Royaume. Car dans ce silence riche d’humanité réside une promesse de justice pour le monde. Amen.

Guilhem Riffaut, pasteur

Chers frères et sœurs,

Lecture

Alors le Royaume des cieux ressemblera à ceci : Dix jeunes filles prennent leurs lampes et elles sortent pour aller à la rencontre du marié.

Cinq d’entre elles sont imprudentes et cinq d’entre elles sont sages.

Les jeunes filles imprudentes prennent leurs lampes, mais elles n’emportent pas de réserve d’huile. Les jeunes filles sages prennent leurs lampes et elles emportent de l’huile dans des récipients. Le marié ne vient pas tout de suite. Toutes les jeunes filles ont sommeil et elles s’endorment

Au milieu de la nuit, on entend un cri : « Voici le marié ! Sortez pour aller à sa rencontre ! » Alors toutes les jeunes filles se réveillent et elles préparent leurs lampes. Les imprudentes disent aux sages : « Nos lampes s’éteignent. Donnez-nous un peu de votre huile. » Mais les sages leur répondent : « Non ! Il n’y en a pas assez pour nous et pour vous. Allez plutôt chez les commerçants et achetez de l’huile pour vous. » Les imprudentes vont donc acheter de l’huile, mais pendant ce temps, le marié arrive. Les jeunes filles qui sont prêtes entrent avec lui dans la salle du mariage, et on ferme la porte. Plus tard, les autres jeunes filles arrivent et elles disent : « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous la porte ! » Mais le marié répond : « Je vous le dis, c’est la vérité : je ne vous connais pas. »

Et Jésus ajoute : « Restez donc éveillés, parce que vous ne connaissez ni le jour ni l’heure. »

Au 20ème siècle, un mariage sous la chuppah, par Chagall

Méditation

Jésus nous parle ce matin du Royaume de Dieu. C’est de vivre en sa compagnie qu’il s’agit, dans sa société. Pour ce faire, il nous raconte une histoire. Celle de dix jeunes filles qui prennent chacune une lampe, des petites lampes en terre cuite, des lampes à huile, et qui s’en vont à la rencontre du marié.

C’est une scène de mariage. Et au temps de Jésus, les jeunes filles en question sont celles qui attendent en compagnie de la mariée la venue de son époux, qui doit ensuite la conduire chez lui en procession. Les jeunes filles veillent sur la mariée, et dans cette histoire, certaines sont imprudentes et d’autres sont sages.

Sont imprudentes les jeunes filles qui n’ont pas de réserve d’huile pour leur lampes. Pourquoi ? Parce que le marié arrive avec du retard, au milieu de la nuit. Les jeunes filles qui s’étaient toutes endormies, sont réveillées par l’annonce de sa venue, mais les imprudentes dont les lampes s’éteignent, ne peuvent les accompagner jusqu’à la maison où la fête va avoir lieu.

Dans cette histoire, il faut que les jeunes filles imprudentes aillent au marché acheter l’huile qui leur manque mais lorsqu’elles reviennent, il est trop tard, la fête est déjà commencée, on ne les laisse plus entrer.

Quelle que soit la manière dont on interprète cette histoire, il est difficile de ne pas se mettre à la place des jeunes filles imprudentes, celles qui se voient fermer la porte au nez. Difficile de ne pas s’identifier, de ne pas s’imaginer rejeté par le marié. C’est bon signe, c’est précisément le but de Jésus que de nous réveiller. Et c’est bien le message de cette histoire : « Gardez vos lampes prêtes et allumées », car, nous dit Jésus : « vous ne connaissez ni le jour ni l’heure » auxquels des sociétés humaines méchantes laisseront la place à la société de Dieu.

Dans cette histoire, pour être pleinement de la fête, il faut donc garder sa lampe prête et allumée. Les jeunes filles sages, nous dit Jésus, préparent leurs lampes. Comment faut-il nous-y prendre pour préparer nos lampes ? Encore une fois, il s’agit de petites lampes en terre cuite. Les préparer, cela veut dire avant tout les remplir d’huile. Avoir une réserve d’huile. Une réserve suffisante pour la traversée de la nuit, en compagnie des mariés, jusqu’à leur nouvelle demeure, où se déroule la fête à laquelle nous sommes invités.

Mais qu’est-elle, alors, cette huile dont nous avons besoin pour alimenter la flamme de nos lampes ? Eh bien, Jésus ne nous dit rien à son sujet. Le texte sous-entend simplement qu’il s’agit d’huile d’olive, c’est tout. C’est à la fois tout et rien, car il n’y a rien que nous puissions faire pour alimenter notre foi.

Si ce n’est, accepter que nous n’en avons pas le pouvoir et nous en remettre à Dieu. Si ce n’est faire confiance à Dieu pour remplir nos lampes et les faire briller.

Être chrétien, ce n’est pas faire ceci ou cela, c’est se laisser faire par Dieu. C’est laisser Dieu faire. Faire de nous ce qu’il veut, afin que nous vivions en relation avec lui, dans le souci les uns des autres et de tout ce qu’il a créé. « Mettez tous vos soucis dans la main de Dieu, parce qu’il prend soin de vous » (1 Pi 5,7).

Dès lors, l’huile d’olive nécessaire à nos lampe, c’est l’Esprit saint. C’est la grâce, la joie d’être aimé par lui alors qu’on a rien fait pour le mériter. C’est son amour, sa vie. C’est tout ce qu’on veut, et à la fin, ce n’est rien de tout cela, bref, c’est Dieu.

Étrangement, Jésus nous dit que cela s’achète. Les sages indiquent aux imprudentes qu’elles peuvent aller en acheter, littéralement, en allant au marché. Dietrich Bonhoeffer, qui était pasteur dans l’Allemagne des années 30, époque obscure s’il en est, a écrit justement à ce sujet. Il nous dit que la grâce de Dieu peut effectivement s’acheter, mais qu’elle a un prix plutôt élevé. Celui de notre vie. Se laisser faire, laisser Dieu alimenter notre flamme, c’est donner à Dieu nos vies. Cette huile, ce sont nos vies. Nos vies confiées à Dieu. Renouvelées par lui. Transformées par lui. Du coup, ce ne sont plus tellement nos vies, mais la vie même de Dieu, qui est en nous. C’est Dieu qui vit en nous.

Pour être sages, Jésus nous conseil donc de veiller jusqu’au bout ou, comme dans son histoire, de préparer de l’huile pour nos lampes. Préparer, en grec kosmeó , qui vient d’un mot passé en français : kosmos, l’univers. Préparer c’est alors mettre en ordre, embellir. Et c’est tout notre monde, tout notre univers qu’il nous faut mettre dans nos lampes pour que Dieu y allume une flamme. Peut-être les imprudentes n’ont-elles pas trouvées ce qu’elle avait déjà sur elle, sans le savoir ?

Lorsque Jésus résume la volonté de Dieu à ces deux paroles : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de ton ton cœur, de tout ton être et de toute ta force » (Dt 6) et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19), c’est bien sûr un appel à faire retour à Dieu de toute notre vie. Et Jésus nous appel ce matin à poursuivre notre effort, à continuer de lui faire confiance, à nous laisser porter par le souffle de Dieu, ce souffle qui nous mène à lui, à la vraie vie.

Dans cette histoire, Jésus reprend l’image du mariage entre deux personnes pour illustrer la relation qui unit Dieu à Israël. Israël, c’est ici la mariée, tandis que le marié, c’est Jésus, en qui Dieu vient chercher son peuple. Certains sont prêts, d’autres non. Mais nous pouvons nous attacher à cette image : Dieu est un Dieu qui vient nous chercher, que ce soit le jour de son mariage avec Israël (c’est-à-dire du vivant de Jésus en Palestine) ou par son retour à la vie, grâce auquel il continue de nous lancer chaque jour son invitation, à nous qui sommes perdus au-dehors. Invitation à son repas de fête.

Et en ces temps obscures où se retrouver pour faire la fête en Église n’est plus permis, nous pouvons méditer sur quelques vers de Jean de la Croix, qui a ses fans parmi vous et par lesquels il décrit, dans son Cantique spirituel, la musique silencieuse qui sera jouée à ce repas de fête :

La nuit calme et heureuse

toute proche du lever de l’aurore,

musique silencieuse,

solitude sonore,

repos, amour, le souper qui restaure.

Alors, n’ayons pas peur du vide, de la solitude et du silence de nos appartements. Répondons plutôt à cet appel de Dieu à le laisser faire, à le laisser nous faire vivre. C’est ainsi que la vie ne cessera pas de toute la durée de cette traversée obscure, de cette pandémie. C’est ainsi que nous pourrons vivre et prendre soin les uns des autres et de la création, toutes choses dont le monde a besoin dès aujourd’hui et dont il aura encore besoin demain.

C’est ainsi qu’en présence du vide, de la solitude et du silence nous pouvons vaincre la peur de la mort, de l’isolement et de l’oubli, car c’est souvent ainsi (dans le vide, la solitude et le silence), que Dieu est présent dans nos vies, qu’il nous accompagne et qu’il nous parle.

Veillons, dit Jésus. Prions car prier, c’est précisément cela : laisser Dieu faire, le laisser nous rassembler en sa compagnie, dans sa société. Amen.

Guilhem Riffaut, pasteur

Chers frères et sœurs,

Voici la lecture et le message de ce matin.

Lecture

Jésus voit les foules qui sont venues. Il monte sur la montagne, il s’assoit et ses disciples viennent auprès de lui.

Jésus prend la parole et il les enseigne en disant :

« Ils sont heureux, ceux qui ont un cœur de pauvre, parce que le Royaume des cieux est à eux !

 Ils sont heureux, ceux qui pleurent, parce que Dieu les consolera !

Ils sont heureux, ceux qui sont doux, parce qu’ils recevront la terre comme un don de Dieu !

 Ils sont heureux, ceux qui ont faim et soif d’obéir à Dieu, parce qu’ils seront satisfaits !

Ils sont heureux, ceux qui sont bons pour les autres, parce que Dieu sera bon pour eux !

Ils sont heureux, ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu !

Ils sont heureux, ceux qui font la paix autour d’eux, parce que Dieu les appellera ses fils.

Ils sont heureux, ceux qu’on fait souffrir parce qu’ils obéissent à Dieu. Oui, le Royaume des cieux est à eux !

Vous êtes heureux quand on vous insulte, quand on vous fait souffrir, quand on dit contre vous toutes sortes de mauvaises paroles et de mensonges à cause de moi.

Soyez dans la joie, soyez heureux, parce que Dieu vous prépare une grande récompense !

En effet, c’est ainsi qu’on a fait souffrir les prophètes qui ont vécu avant vous. » (Matt 5, 1-12)

Scène tirée de L’Évangile selon Matthieu de Pier Paolo Pasolini, avec Enrique Irazoqui dans le rôle de Jésus.

Prédication

Ce matin Jésus grimpe sur la montagne avec ses disciples. C’est qu’il a des choses importantes à dire. La montagne est souvent dans la Bible le lieu de la rencontre avec Dieu. Moïse rencontre Dieu sur le mont Sinaï. Élie également, qui caché dans l’une de ses grottes, entend Dieu dans le bruit d’un souffle léger. Le temple de Jérusalem est situé sur le mont Sion. Et c’est encore sur une montagne que Pierre, Jacques et Jean voient Jésus changer d’aspect, « le visage brillant comme le soleil et les vêtements blancs comme la lumière ».

Au sommet de la montagne, on est plus proche du ciel, lequel reste pourtant hors de portée et symbolise donc l’endroit où Dieu habite. Sur la montagne, on est loin la mer en contrebas, qui, par ses dangers, symbolisait la mort pour les juifs des temps anciens.

Cela dit, dans ce récit, en guise de montagne, il ne s’agissait sans doute que de l’une des collines qui entourent le lac de Tibériade. Mais sur cette colline, Jésus grimpe donc, entouré de la foule de ses disciples.

Car à l’époque, Jésus a une foule de disciples. Ce ne sont pas des curieux qui l’accompagnent, lit-on, mais ceux qui désirent vivre selon son enseignement. Lorsqu’on pense aux disciples de Jésus, on l’imagine souvent avec les Douze. N’oublions pas non plus les femmes qui l’accompagnaient. Luc mentionne même, pour sa part, un mystérieux groupe de soixante-dix disciples. Mais ce matin, Matthieu nous parle d’une foule de fidèles.

Vous vous souvenez sans doute qu’au moment de la mort de Jésus, au pied de la croix, les foules ont disparues. Les Douze se cachent. Tous les hommes ont disparus, sauf les soldats romains qui l’ont cloué là (et qui pourtant disent : « vraiment, cet homme était Fils de Dieu »).

Au pied de la croix les hommes ont disparus, mais beaucoup de femmes sont là, nous dit Matthieu. Elles ont suivi Jésus depuis la Galilée, précise-t-il. Sans doute étaient-elles sur la montagne avec lui.

De la foule qui est venu écouter Jésus, tous les hommes et peut-être la plupart des femmes présents l’auront quitté au moment de sa mort. Pourquoi cela ? Matthieu ne nous le dit pas vraiment. On peut imaginer que beaucoup aient préféré s’éviter des ennuis, étant donné que Jésus était aussi assez fort pour se faire des ennemis. Mais il y a probablement une autre raison : c’est que l’enseignement de Jésus était trouvé trop difficile. Matthieu laisse entendre que tel a pu être le cas. Par exemple, lorsqu’un disciple, dit à Jésus : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » Jésus lui répond : « Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts ! » Si l’on se met à la place du disciple, c’est tout de même dur à entendre.

En ce qui concerne le discours de Jésus qui nous occupe ce matin, la difficulté réside plutôt dans cet « Heureux ! » que proclame Jésus en évoquant ceux qui souffrent pour Dieu. Ceux qui ont un cœur de pauvre, qui pleurent, les doux, ceux qui ont faim et soif d’obéir à Dieu, qui sont bons pour les autres, qui ont un cœur pur, qui font la paix autour d’eux, ceux qu’on fait souffrir et qu’on insulte, tous ceux-là sont heureux. Quel est donc ce bonheur promis par Jésus, lorsqu’il dit : « Soyez dans la joie, soyez heureux, parce que Dieu vous prépare une grande récompense ! »

Ce mot, « heureux », a bien sûr fait couler beaucoup d’encre. Comment peut-on pleurer et être heureux ? Dans le texte grec, on trouve « makarioi ». Dans la grande majorité des Bibles en langue française, ont traduit par heureux, mais André Chouraqui donne « En marche ! ». « En marche les endeuillés ! Oui, ils seront réconfortés ! En marche les humbles ! Oui, ils hériteront de la terre ! » Pour Chouraqui, il s’agit de « la rectitude de l’homme en marche sur une route qui va droit à Adonaï ». C’est la joie du but atteint, ajoute-t-il.

Comme lorsque la reine de Saba dit à Salomon : « Heureux tes hommes et tes femmes qui toujours se tiennent [debout] auprès de toi et peuvent entendre tes paroles pleines de sagesse. »

Mais avant de se retrouver en présence de Dieu comme ces serviteurs qui autrefois entourés Salomon, c’est tout un chemin de vie, souvent difficile, qui reste à parcourir. Mais au long duquel Dieu nous accompagne.

Une autre belle traduction de makarioi, c’est le « Magnifique ! » choisi par Grosjean, Léturmy et Gros (Gallimard) : « Magnifiques les miséricordieux car on leur fera miséricorde. Magnifiques les cœurs purs car ils verront Dieu. Magnifiques les pacifiques car on les appellera Fils de Dieu. »

Les traducteurs justifient leur choix ainsi : « Le mot grec évoque la félicité des Dieu, des rois, des riches (plutôt que la bonne fortune d’un homme heureux). »

Dans ce cas, ce qu’annonce Jésus, la nuance qui apparaît, c’est que les pauvres en esprit, les endeuillés, les doux, les affamés et assoiffés de justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les pacifiques, les persécutés et les injuriés sont pour Dieu les vrais rois, les vrais riches. Les vrais Dieu, sans doute, car en Jésus, Dieu lui-même n’est-il pas tout cela ?

Makarios, c’est donc : heureux, bienheureux. En marche ! Magnifique ! On pourrait dire aussi : Béni. Privilégié. Avantagé. Bien loti. Favorisé. Ce n’est pas mal, « favorisé ». Le dictionnaire indique : « Avec une idée de préférence, qui est traité avec une bienveillance particulière. »

C’est de ce bonheur-là dont parle Jésus : « réjouissez-vous, car vous pouvez vivre en sachant que vous avez la faveur de Dieu, sa préférence. Dieu vous traitera avec la bienveillance que vos frères et sœurs en humanité vous ont refusée. »

Quel est le rôle de l’Église, sur cette terre, si ce n’est d’être un lieu où nos paroles et nos gestes manifestent la bienveillance de Dieu envers toutes celles et ceux qui en sont privés à l’extérieur ? Et pour ce faire, il suffit de se laisser faire par Dieu.

S’engager sur ce chemin c’est devenir soi-même quelqu’un qui a un cœur de pauvre, quelqu’un qui pleure sur l’état d’un monde sourd à la Parole de Dieu etaveugle à ses merveilles. C’est devenir soi-même doux, bon pour les autres. C’est faire la paix autour de soi. C’est souffrir, bien sûr, avec ceux qui souffrent. Et savoir que ça en vaut la peine : ce que Jésus promet ici, c’est le Royaume de Dieu.

Le royaume de Dieu. On pourrait dire, aujourd’hui, la société de Dieu. La vie, collective, avec Dieu, en sa présence, en sa compagnie. C’est cela qui est promis à ceux qui ont un cœur de pauvre ou à ceux qu’ont fait souffrir parce qu’ils obéissent à Dieu. Ceux qui pleurent seront également en compagnie de Dieu : il les consolera lui-même. Les doux recevront la terre comme un don de Dieu. Et qu’est-ce que la terre reçue comme un don de Dieu, si ce n’est le Royaume lui-même ?

Ceux qui ont faim et soif d’obéir à Dieu, de justice, seront satisfaits : ils seront dans la justesse vis-à-vis de Dieu et de leur prochain. Dans la relation juste. Tout comme ceux qui sont bons pour les autres et pour qui Dieu sera bon. Tout comme les cœurs purs qui le verront et les artisans de paix qu’il appellera ses enfants. À chacun, Jésus révèle sa place dans la société de Dieu.

Tout cela, Jésus l’annonce sur la montagne afin que ceux qui l’écoutent aient un avant-goût du ciel. Ils s’y trouvent, déjà en quelque sorte, les hommes et les femmes venus l’écouter. Sur la colline, plus près du ciel, auprès de Jésus, comme autrefois les hommes et les femmes qui entouraient le Salomon. Lequel Jésus est assis au milieu d’eux comme il est aujourd’hui assis, nous dit la Bible, à la droite de Dieu. Jésus a amené là ses disciples pour leurs donner un avant-goût de la société de Dieu et nous inviter à y entrer à notre tour.

Car foi, c’est comme répondre à une invitation, quand bien même on ne saurait trop à quoi s’attendre. C’est se laisser inviter. Jésus lui-même, quelques pages plus loin, compare la société de Dieu, le fait d’être en sa compagnie, à un grand repas de fête. Une fête de mariage. C’est à cette fête que nous sommes invités. À cette table que Dieu nous attend. Et nous y seront en bonne compagnie : celle et ceux qui, dans un monde méchants, ont souffert d’espérer, contre toutes les apparences, contre tous les discours décourageants, que Dieu vaut la peine qu’on s’attache à lui et qu’on s’engage dans le monde en son nom.

C’est semble-t-il une montagne plus grande que cette colline où Jésus a amené ses disciples que nous avons à gravir ces temps-ci.

Ou alors, serait-ce que lorsqu’on se laisse inviter par Dieu, entraîné par lui, porté par son souffle, les plus hautes montagnes apparaissent en réalité comme des collines au sommet desquels, nous nous trouvons déjà en bonne compagnie, avec Dieu et ceux qui l’aiment, dans sa société ?

Auprès de Dieu, ne trouvons-nous pas une espérance qui nous permet de témoigner avec joie de son amour pour le monde ? Amen.

Guilhem Riffaut, pasteur

Bonjour à toutes et à tous,

Voici quelques lignes sur l’évangile de dimanche dernier. En attendant de vous retrouver, dimanche prochain à 10h30. Pensez à vous inscrire par retour de mail ou au 06 46 33 65 29 😉

Lecture

Alors les Pharisiens se réunissent. Ils cherchent comment prendre Jésus au piège en le faisant parler.

Ils envoient vers Jésus quelques-uns de leurs disciples avec des gens du parti d’Hérode. Ces gens-là disent à Jésus : « Maître, nous le savons, tu dis la vérité. Tu enseignes en toute vérité ce que Dieu nous demande de faire. Tu n’as peur de personne, parce que tu ne regardes pas l’importance des gens.

Dis-nous donc ce que tu penses : est-il permis ou non de payer l’impôt à l’empereur romain ? »

Mais Jésus connaît leur méchanceté et il leur dit : « Hommes faux ! Pourquoi est-ce que vous me tendez un piège ?

Montrez-moi l’argent qui sert à payer l’impôt ! » Ils lui apportent une pièce d’argent.

Jésus leur dit : « Sur cette pièce, il y a l’image et le nom de quelqu’un. De qui donc ? »

Ils lui répondent : « De l’empereur. » Alors Jésus leur dit : « Eh bien, rendez à l’empereur ce qui est à l’empereur. Et rendez à Dieu ce qui est à Dieu. »

Quand ils entendent cela, ils sont très étonnés. Ils laissent Jésus et s’en vont. (Matthieu 22,15-22)

Le recensement de Bethléem, préalable au paiement de l’impôt en question, le cens, par Brueghel l’Ancien.

Méditation

Les pharisiens veulent tendre un piège à Jésus. Les pharisiens sont les membres d’un mouvement de renouveau de la piété juive par l’observation de 613 commandements tirés de la Bible, qui est aussi un mouvement de résistance à l’occupation romaine et aux influences grecques dans la société.

Dans la littérature chrétienne, les pharisiens sont présentés comme des adversaires de Jésus. C’est le cas dans l’Évangile selon Mathieu, où ils représentent ceux qui s’attachent à la lettre de la loi religieuse plutôt qu’à son esprit. Les pharisiens sont ceux qui privilégient la forme sur le fond. Ceux qui ne voient que des commandements particuliers, et pas la règle d’or de l’amour qui préside à tous.

D’adversaires, il arrive qu’ils deviennent amis de Jésus. Dans l’Évangile selon Jean, on trouve un pharisien, Nicodème, parmi les premiers disciples de Jésus. Un autre pharisien célèbre, devenu chrétien, c’est Paul.

La littérature chrétienne n’est pas tendre avec les pharisiens, mais de tous les courants du judaïsme de l’époque, c’est bien du pharisaïsme que Jésus est le plus proche. C’est bien avec eux qu’il échange le plus. La question est de savoir comment interpréter la loi religieuse, la loi de Moïse. Les pharisiens proposent  donc d’établir une liste de 613 commandements à partir de la Bible, tandis que pour Jésus, un seul d’entre eux résume tous les autres : « Tu dois aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ton intelligence. » Un commandement qui pour Jésus est synonyme de « Tu dois aimer ton prochain comme toi-même. »

Au passage, on considère de nos jours les pharisiens comme les ancêtres du judaïsme rabbinique actuel. Bien sûr, les confrontations, les persécutions du passé entre juifs et chrétiens ont laissées place au dialogue et à la rencontre, à un chemin de réconciliation, sur lequel il reste évidemment beaucoup à parcourir. Les protestants français peuvent s’inspirer de l’exemple de Calvin, qui avait un grand respect pour judaïsme, une grande compassion pour les juifs, à une époque où la haine des juifs était courante de la part des chrétiens.

Ici, quoiqu’il en soit, les pharisiens ont le rôle des méchants. Pour piéger Jésus, ils vont à sa rencontre accompagnés de représentants d’un autre groupe, les partisans d’Hérode  – le même roi Hérode II Antipas qui a assassiné Jean-Baptiste quelques chapitres plus tôt. Surtout Hérode ne doit son pouvoir qu’au bon vouloir des Romains.

Nous voyons donc les pharisiens, qui espèrent voir les romains partir, s’allier aux partisans d’Hérode, qui espèrent, eux, voir les romains  rester. Ensemble, font équipe pour essayer de disqualifier Jésus.

Pour ce faire, ils  demandent à Jésus s’il faut payer l’impôt à l’empereur de Rome. Si Jésus répond oui, comme les partisans d’Hérode, il passera pour un traître aux yeux du peuple qui souhaite être débarrassé des romains et qui subit l’impôt. Mais si Jésus répond non, comme les pharisiens, il passera pour un agitateur qui pousse le peuple à la révolte. Dans les deux cas, Jésus risque sa vie.

La réponse de Jésus, bien sûr, n’est ni oui ni non, mais : « Rendez à l’empereur ce qui est à l’empereur et rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». Cela veut surtout dire : payez l’impôt comme les partisans d’Hérode, mais priez Dieu qu’il chasse les romains (c’est-à-dire, que le sauveur, le Messie, le Christ arrive et vous en libère).

Qu’on pense, au 20ème siècle, à tous les mouvements de résistance qui ont requis de leurs membres qu’ils se glissent dans la foule. Qu’on pense à la résistance à l’occupation allemande en France, ou aux luttes pour la fin de la colonisation française en Afrique et en Asie…

Lorsque Jésus dit « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu », il annonce aussi sa mort et son retour à la vie. Seulement, s’il s’agit bien d’espérer la venue prochaine du Messie, celui-ci ne sera pas tout à fait comme les pharisiens l’espéraient. Car c’est bien lui, Jésus, le libérateur tant attendu. Contrairement à l’attente des pharisiens, il ne s’en prendra pas directement aux Romains (qui vont pourtant l’assassiner).

Mais par sa victoire sur la mort, Dieu dénonce à travers lui ce qu’il y a de pourri dans l’empire romain et dans tous les pouvoirs fondés sur la violence. Le pouvoir de l’empereur repose sur du sable, tandis que la puissance de Dieu, autrement dit l’amour, quand bien même il a pour nous toutes les apparences de la faiblesse, est source de vie pour l’humanité.

« Rendez à l’empereur ce qui est à l’empereur, rendez à Dieu ce qui est à Dieu », c’est ainsi : laissez la violence à l’état (ou au marché), et cultivez plutôt l’amour entre vous. Car dans l’amour, on peut bâtir des relations justes entre les êtres humains (c’est ce qu’on appelle la communion).

Le peuple de Dieu, c’est ainsi le peuple des hommes et des femmes libérés des Romains, des Égyptiens, de la peur, de la violence et de la mort. C’est le peuple des hommes et des femmes qui, confiants leurs vies à Dieu, choisissent de vivre aujourd’hui sur terre comme demain au ciel.

Dieu nous invite tous à faire partie de son peuple. Certains des disciples de Jésus, nous l’avons dit, étaient pharisiens. D’autres étaient romains. D’autres d’ailleurs encore. Que l’on soit juif où non-juif n’a pas d’importance : Jésus accueille tout le monde.

Bien sûr, quand Jésus nous invite à rendre à l’empereur ce qui est à l’empereur, il ne nous appelle pas bêtement à collaborer avec l’injustice – car l’impôt en question était un impôt injuste, pesant plus lourdement sur les pauvres (kēnson dans le texte, en français le cens, une taxe qui est la même pour tous). Souvenons-nous plutôt des paroles de Jésus sur la montagne : « Si quelqu’un vous fait du mal, ne vous vengez pas. Au contraire, si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre joue. Si quelqu’un veut te conduire au tribunal pour prendre ta chemise, laisse-lui aussi ton vêtement. Si quelqu’un te force à faire un kilomètre à pied, fais-en deux avec lui.  » C’est un appel à vaincre la méchanceté par l’amour. C’est  une manière de dire : « J’ai confiance en  Dieu  pour me libérer, je vais faire ce que toi, mon ennemi, tu m’as demandé. Mais toi, as-tu as ce point confiance en celui que tu sers ? Sinon, pourquoi ne pas devenir plutôt mon ami, en Christ ? ».

Cette confiance en Dieu, nous ne pouvons rien faire pour l’obtenir. Si ce n’est, nous laisser faire par Dieu. Laisser son Esprit nous conduire, dirait Paul. Laisser Dieu entrer dans nos vies et nous transformer. C’est lorsque nous résistons à son amour que nous devenons méchant. Or, ce n’est pas à son amour qu’il faut résister, nous dit Jésus, mais à l’empereur. Et le meilleur moyen de résister à l’empereur, c’est de nous laisser faire par Dieu, c’est de l’aimer, lui qui nous donne tout l’amour dont nous avons besoin chaque jour. Or justement, le meilleur moyen d’aimer Dieu, c’est souvent d’aimer son prochain, fusse-t-il notre ennemi.

Dieu nous appelle à l’amour entre nous. Et pour ce faire un seul moyen : nous laisser faire. Laisser son Esprit saint nous transformer, ne plus lui résister. Accepter enfin de rendre à Dieu ce qui est à Dieu. C’est-à-dire, nos vies.

Amen.

Guilhem Riffaut, pasteur

Le groupe « Veillez et priez » nous invite à une réunion de prière au temple le mercredi 7 octobre à 19h15 (avec respect des règles sanitaires)

(Jacques 5, v.7-11)

Soyez donc patients, frères jusqu’à l’avènement du Seigneur. Voici, le laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard, jusqu’à ce qu’il ait reçu les pluies de la première et de l’arrière-saison. Vous aussi, soyez patients, affermissez vos coeurs, car l’avènement du Seigneur est proche. Ne vous plaignez pas les uns des autres, frères, afin que vous ne soyez pas jugés: voici, le juge est à la porte. Prenez, mes frères, pour modèles de souffrance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Voici, nous disons bienheureux ceux qui ont souffert patiemment. Vous avez entendu parler de la patience de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur lui accorda, car le Seigneur est plein de miséricorde et de compassion.

            Qui était Jacques et à qui s’adressait-il ? Deux questions auxquelles il est fort délicat de répondre.

            A la première, quatre possibilités se présentent à nous : l’apôtre Jacques le Majeur, fils de Zébédée et frère de Jean, l’apôtre Jacques le Mineur, fils d’Alphée, Jacques, frère de Jésus, ou encore Jacques, père de l’apôtre Jude. Si la première et la troisième conjecture semblent recevables, cette dernière, donc la thèse du frère de Jésus, paraît la plus vraisemblable et ce, pour plusieurs raisons : 1/ il y est question d’un personnage important ; or, ce frère de Jésus a présidé l’Eglise de Jérusalem où son autorité ne faisait aucun doute (cf. Ac 12, v.17, Ac 15, v.13ss et Ac. 21, v.18) ; 2/ les enseignements de Jacques et de Jésus se recoupent à plusieurs égards tant il est vrai que, comme les écrits des évangélistes synoptiques le rapportent, beaucoup d’images se référant à la nature prennent place dans cette épître ; 3/ des tournures stylistiques y proviennent du judaïsme hellénistique : références multiples aux préceptes du Premier Testament, usage fréquent de la forme répétitive, reprise en début de verset de mots consignés à la fin du précédent…

            La réponse à la seconde question est tout aussi malaisée. Datée tantôt de l’an 60, tantôt de vingt ans plus tôt, cette épître est une des sept appelées « générales » car ne s’adressant pas à une communauté donnée. Plus que d’une missive, elle forme un sermon dédié aux Chrétiens juifs où, un peu sur le mode des Proverbes, il est consigné que l’appartenance à la religion implique le respect de valeurs essentielles : la foi, la mise en conformité des actes avec elle, l’humilité, la sagesse, le respect de la langue maternelle…

            Si c’est le thème de la patience qui a été retenu ce jour, c’est, d’une part, parce que lui ou son antonyme, i.e. l’impatience, nous hante tous les jours, et, de l’autre, parce qu’il dévoile une perspective tout à fait inouïe.

            Plongeons-nous donc dans le texte avant que d’en esquisser une extrapolation.

Une narration interprétée à la lumière du passé

            Cette péricope, on le concédera, est aussi courte que riche.

            Elle s’ouvre par une exhortation, celle de prendre patience jusqu’à l’avènement du Seigneur (v.7), à l’image du cultivateur qui attend les produits précoces et tardifs de son travail. Que ce soit la pluie dans l’immédiateté ou la récolte à horizon plus lointain car les deux traductions sont envisageables, à la limite peu importe. Ce qui compte, c’est l’aptitude à attendre, puisqu’il est affirmé que le moment de la parousie s’est rapproché (v.8). Il ne s’agit pas d’une attente passive, mais active. Permettez à l’économiste que je suis d’effectuer une incise. Dès 1758 se constitua en France une école dite physiocratique ou encore, de manière plus éloquente, agrarienne, sous l’égide de son chef de file, le docteur François Quesnay. Elle prétendait que la terre était l’unique source de la richesse au motif que son rapport était de loin supérieur à son ensemencement, et ajoutait que – et cela n’étonnera guère dans la France de Louis XV ! – le surplus ainsi dégagé entre la moisson et les semis était l’œuvre de la divine providence. De l’utilité pour ces nourriciers des peuples et ces gardiens des paysages que sont les agriculteurs d’attendre que la transformation de la graine opère ! Dans notre texte, la parénèse, ou si vous préférez l’exhortation, est en tout point identique : elle vise l’attitude de l’agriculteur qui, non sans sagesse, s’arme de patience afin que la nature lui octroie le fruit de son labeur. Bref, il lui faut savoir endurer ; en réalité, dispose-t-il d’un choix autre ? Traduisez cette métaphore de l’agriculteur en attente comme un encouragement délivré aux Chrétiens à tenir bon dans la perspective de l’avènement de notre Seigneur, ni plus ni moins. Nous nous situons aux confins des oracles proférés par Amos, Malachie ou encore Esaïe et des visions néotestamentaires tirées des Evangiles, des lettres de Paul, ou des épîtres de Pierre et de Jean : de même que, dans le Premier Testament, Dieu veillait à pourvoir aux besoins de son peuple, de même, dans le Second, le Christ enseigne que la persévérance dans la foi aura l’élection pour récompense.

            Au verset suivant (v.9), les Chrétiens sont appelés à ne pas se plaindre les uns des autres, et ce d’autant que « le juge se tient aux portes ». En d’autres termes, ne vous épuisez pas en vaines querelles et ne gémissez point : si se chamailler est stérile, gémir ne sert à rien.  Bien au contraire, dépensez votre énergie à consolider la cohérence de la communauté et à surmonter les épreuves qui vous affligent personnellement. Jacques invoque avec pertinence les exemples de Job et de Jésus (v.10). D’ailleurs et curieusement, les écrits de Job n’ont pas d’origine précise eux aussi ; appartenant aux livres de « Poésie et de sagesse », ils relatent une histoire ancestrale du temps des patriarches. De sorte que suite aux monologues de Job et aux dialogues avec ses trois amis Eliphaz, Bildad et Tsophar puis à l’intervention accusatrice du jeune Elihou, tout le livre enseigne que, comme Job, il convient de rester ferme dans sa foi, quelles que soient les contrariétés que la vie occasionne, et reconnaissons à cet égard que Job a eu son comptant (assassinat des siens, perte de ses troupeaux, ulcère généralisé de son corps à l’instigation de Satan). Quant au Christ, également signalé par Jacques, on en connaît la destinée terrestre effroyablement douloureuse.

            De la façon la plus claire, le passage de ce jour s’achève sur le fait que se trouvent « bienheureux ceux qui ont enduré » (v.11-a) : la fermeté et la persévérance apparaissent une nouvelle fois comme vertus. Puis, « l’endurance de Job » (v.11-b) est remise à l’honneur dans le sens qu’on voudra bien lui donner : soit le rétablissement de Job dans ses biens (Jb 42, v.10-15), soit le fait que Dieu, sans lui répliquer directement, lui donne raison face à ses contradicteurs, puisqu’Il affirme que sa souveraineté est une réalité que l’homme ne peut discuter (Jb 38 & 39). La présence de Dieu s’impose à toute chose, car elle seule peut atténuer nos souffrances. C’est clair : l’affliction ne doit en aucun cas faire obstacle à la persévérance. Un éclair subit et fantastique, celui du Christ, zèbre notre récit parce qu’au travers de la théophanie de Job la souffrance endurée par notre Seigneur au Golgotha s’illustre. Bien que Fils de Dieu, il y a été torturé pour endosser les errements de l’humanité toute entière, mais, au terme de tous ses horribles tourments, n’a-t-il pas accédé à la droite de son Père ?

Une projection suggérée de l’avenir

            L’impatience comprime le temps, interdisant ainsi de le goûter. Elle est humaine, très humaine, trop humaine, parce qu’il est difficile d’être patient devant tant de fléaux sociétaux : la guerre, le terrorisme, l’injustice, la misère, l’insécurité, la maltraitance, autant de sujets qui révulsent ! La patience, à l’inverse, détend le temps en autorisant d’autres perceptions, en déployant la palette de nos choix, en instillant la saveur de l’instant et le charme de la durée. Cultiver la patience implique une double maîtrise, celle de l’attente et celle de l’endurance.

            Attendre n’est pas évident, voire pénible. Qui d’entre nous n’a pas été impatient ? Le nourrisson bougon réclamant la tétée, l’enfant fébrile déballant son cadeau, le jeune fiévreux parcourant la liste des résultats à ses examens, l’adulte fatigué au volant de sa voiture coincée dans les encombrements, l’homme âgé soucieux de gérer ses douleurs, l’agonisant désireux de franchir la rive vers l’Après…ou encore le paroissien qui pense que le prédicateur tarde, oui, à tous les stades de la vie, heureux ou malheureux, et en tout lieu qu’elle précipite, singulier ou non, tout un chacun est amené à manifester son impatience. Est-ce pour autant répréhensible ? Pas forcément, car l’impatience est motrice ; en revanche, dans l’accablement, l’effroi, le doute, l’incertitude, elle est mauvaise conseillère, parce que c’est la seconde appréhension de la patience, i.e. celle d’endurance, qui doit alors dominer.

            Endurer n’est guère plus simple qu’attendre. La vie de nos ancêtres n’a pas été aisée : conditions de travail, rémunérations, qualité des logements, hygiène, distractions…ont brillé ici par leurs carences là par leurs insuffisances. Tandis que, de nos jours, tout doit être impérativement résolu, pratique, confortable ou plaisant, comme si la possession commandait  désormais notre vie. De sorte que la sensation de l’avoir a anéanti notre capacité à endurer. Récemment, un homme dans la force de l’âge m’a avoué combien la situation suscitée par la COVID-19 lui était désagréable, non seulement par les privations qu’elle induit, mais aussi par l’interrogation authentique qu’elle suscite face à un monde où la liberté est subitement encadrée. J’ai acquiescé, mais, faute de temps, aurais désiré lui rappeler que ses grands-parents étaient de petits enfants pendant la Grande guerre, qu’ils avaient connu dans leurs familles les ravages de la dépression des années 30 avant que d’être contraints de subir cinq ans durant le second conflit mondial en montant au front, en y étant faits prisonniers dans les camps, et en étant plus préoccupés par la faim que par la privation de libertés, pourtant à cette époque broyées. En vérité, quels que soient les désagréments que l’état sanitaire provoque, il convient de ne pas confondre restrictions de libertés sociales et absence de libertés tout court. Quoi qu’il en soit, où est Dieu dans tout cela ?

            Car, et là est mon dernier propos – rassurez-vous ! -, il ne faut jamais oublier que, quelle que soit sa longueur, le temps appartient à Dieu. Lui seul est maître du temps, puisqu’Il l’a créé. Laissez l’économiste que je suis ajouter une fois de plus son grain de sel. Cette maîtrise du temps n’avait échappé ni à Saint Thomas d’Aquin au XIIIème siècle pour prohiber le taux d’intérêt, et ce en droite ligne de la pensée d’Aristote dix-huit siècles avant lui, ni à Jean Calvin au XVIème pour, lui, le justifier ! Comme quoi l’appréciation du temps est bien subjective. Aujourd’hui, on peste – moi le tout premier –  parce que le port du masque est obligatoire, mais se souvient-on qu’hier on risquait sa vie à tout carrefour et à chaque instant ? C’est ce que d’aucuns appellent un changement d’époque ; pour moi, c’est d’une altération profonde de société qu’il s’agit, car le temps a de toute évidence perdu de son épaisseur : à la domination de la durée dans le temps jadis répond la dictature de l’instant dans le temps présent. Oui, c’est indubitable, le temps a changé de…tempo !

            En ce dernier dimanche célébrant la Saison de la Création, attendons dans la joie, avec patience et fermeté, la rencontre avec Celui qui nous a modelés à son image. Sans se lamenter sur l’ancien monde où les paysans laissaient filer le temps avec un zeste de fatalisme, et sans non plus obtempérer aux prêchi-prêcha de prétendus défenseurs de la nature aussi farfelus que dogmatiques, concédons-nous le temps de préserver la merveilleuse création que Dieu nous a confiée dès la Genèse. Bref, sachons mieux communier avec la nature, parce que c’est elle qui rythme ce temps qui scande nos existences.

            Frères et sœurs, il me faut à mon tour vous exhorter : soyez les paysans de l’espérance, les forgerons du temps long, les endurants de l’épreuve, les façonniers du courage, les artisans du cœur, les messagers de la chrétienté et les servants du Dieu tout puissant.

            Nul ne peut précipiter l’aube, mais elle advient toujours.  

            Ainsi soit-il.

                                                                                        Alain REDSLOB

Merci à Alain Redslob pour cette prédication et pour la présidence du culte en présentiel ce matin.

Ézéchiel 18.21-32


21Si le méchant revient de tous les péchés qu’il a commis, s’il observe toutes mes lois et pratique la droiture et la justice, il vivra, il ne mourra pas. 22Toutes les transgressions qu’il a commises seront oubliées; il vivra, à cause de la justice qu’il a pratiquée. 23Ce que je désire, est-ce que le méchant meure? dit le Seigneur, l’Éternel. N’est-ce pas qu’il change de conduite et qu’il vive?

24Si le juste se détourne de sa justice et commet l’iniquité, s’il imite toutes les abominations du méchant, vivra-t-il? Toute sa justice sera oubliée, parce qu’il s’est livré à l’iniquité et au péché; à cause de cela, il mourra. 25Vous dites: La voie du Seigneur n’est pas droite. Ecoutez donc, maison d’Israël! Est-ce ma voie qui n’est pas droite? Ne sont-ce pas plutôt vos voies qui ne sont pas droites? 26Si le juste se détourne de sa justice et commet l’iniquité, et meurt pour cela, il meurt à cause de l’iniquité qu’il a commise. 27Si le méchant revient de sa méchanceté et pratique la droiture et la justice, il fera vivre son âme. 28S’il ouvre les yeux et se détourne de toutes les transgressions qu’il a commises, il vivra, il ne mourra pas. 29La maison d’Israël dit: La voie du Seigneur n’est pas droite. Est-ce ma voie qui n’est pas droite, maison d’Israël? Ne sont-ce pas plutôt vos voies qui ne sont pas droites?

30C’est pourquoi je vous jugerai chacun selon ses voies, maison d’Israël, dit le Seigneur, l’Eternel. Revenez et détournez-vous de toutes vos transgressions, afin que l’iniquité ne cause pas votre ruine. 31Rejetez loin de vous toutes les transgressions par lesquelles vous avez péché; faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Pourquoi mourriez-vous, maison d’Israël? 32Car je ne désire pas la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur, l’Éternel. Convertissez-vous donc, et vivez.

Un être humain qui a commis les pires abominations à l’égard d’autrui, peut-il décemment être sauvé au même titre que nous ?

Voilà bien une question que nous nous posons parfois dans nos cœurs et dans nos vies de croyants. Surtout lorsque nous regardons le monde qui nous entoure. Et nous devons bien admettre que notre monde a parfois, et même souvent, un aspect plutôt désastreux, révoltant et criant d’injustice, et ce presque toujours à cause des êtres humains.

Alors bien sûr la question du salut de l’autre, de celui qui a tué, volé, spolié, soumis, oppressé, torturé, tourmenté, violenté, menti, détourné, pour ne citer que ces horreurs-là, se pose parfois à nous. Et ce d’autant plus que même pour nous, le salut reste finalement assez souvent un point d’interrogation. Savoir ce qu’il est, ce qu’il signifie et ce qu’il représente n’est pas d’emblée évident, au point d’ailleurs que certains théologiens ont, par le passé, proposé une doctrine du salut par les œuvres.

Mais si, en plus, un prophète, Ézéchiel, nous affirme que le méchant peut être sauvé et qu’un juste peut être condamné alors là, la question devient vraiment difficile. Révoltante même.

Imaginer qu’un individu ayant commis un des pires crimes contre l’humanité, ayant volontairement entraîné la mort de dizaines et de dizaines (pour ne pas dire de centaines ou de milliers) d’êtres humains dans des conditions atroces, puisse avoir sa part au salut alors qu’un autre ayant vécu toute sa vie au plus proche de la Parole, au plus proche de l’autre et s’étant égaré une seule fois puisse être condamné, cela nous est tout à fait insupportable et nous semble vraiment injuste. Pour un peu nous aurions presque du mal à croire que nous parlons bien du même Dieu. Car celui que nous confessons est un Dieu d’amour, un Dieu de très grande miséricorde, un Dieu qui accepte l’homme pécheur et donne un prix inestimable à sa vie, puisqu’Il nous a donné son Fils comme Sauveur.

Et pourtant, malgré l’aspect révoltant et inconcevable de cette parole, c’est bien ce que semble nous dire le prophète Ézéchiel : que chacun sera jugé selon ses voies, non pas au regard de ce qu’il a fait ou pu faire par le passé, mais au regard de ce qu’il est au moment où Dieu le saisit ; que le méchant pourra avoir sa part de salut et le juste être condamné s’il dérape. De tout ce que nous aurions pu faire par le passé que ce soit digne d’un « super chrétien » ou d’un mécréant, rien ne serait donc retenu au jour du jugement ? Alors oui, vraiment, cette parole est insupportable, elle nous dérange, et remet en cause certaines de nos certitudes. Et, autant mettre en cause le salut de celui qui a porté atteinte à l’humanité est une chose envisageable, autant mettre en cause notre salut, c’est difficile, voire inacceptable.

Nous pourrions donc tenter de l’occulter en nous disant qu’il faut remettre les choses dans leur contexte, que lorsque Ézéchiel annonce cette réalité, Israël vit une période difficile de son histoire. Israël, chassé de Jérusalem, est exilé en terre païenne, entouré d’idoles et d’idolâtres tous plus séduisant les uns que les autres et se laisse détourner de Dieu devant l’attrait de l’argent, de la richesse, du pouvoir ou de la reconnaissance. Nous pourrions nous dire qu’après tout cette parole ne s’adresse pas à nous, d’autant plus que nous, nous sommes chrétiens, certains depuis des générations et des générations, certains parce qu’ils ont reçu le baptême, d’autres parce qu’ils l’ont confirmé ! Nous pourrions nous rassurer d’une multitude de façons, mais alors c’est là que nous nous tromperions…

Car si Ézéchiel s’adresse bien au peuple d’Israël, ses propos ont sans aucun doute un écho puissant pour nous aujourd’hui. Rappelons-nous, Israël est le peuple avec lequel Dieu a conclu une alliance et ce bien avant la naissance d’Ézéchiel. Ce peuple a donc la certitude que quoiqu’il advienne Dieu sera là pour lui comme Il était là pour la sortie d’Égypte. Ce peuple était convaincu que par son statut, par ses offrandes et ses cultes réguliers, il était naturellement dans la grâce de Dieu. Or si les paroles du prophète s’adressent à ce peuple, s’il lui annonce que chacun sera jugé selon ses voies, s’il lui demande dans une prière de revenir à Dieu, c’est bien parce qu’appartenir à un peuple depuis des générations et des générations ne suffit pas. Être circoncis, être baptisé, avoir été confirmé tout cela ne suffit pas. Ce qu’il faut pour

Dieu c’est que l’homme se convertisse encore et toujours, c’est que l’homme reconnaisse que vivre sans Dieu c’est mourir. Car vivre devant Dieu, ce n’est pas se convertir une fois pour toute, et se laisser tranquillement porter par la vie, persuadé que tout le travail a déjà été fait, mais au contraire vivre devant Dieu c’est accepter l’exigence d’une conversion perpétuelle, c’est-à-dire la reconnaissance toujours à faire que le cœur de nos existences n’est pas en nous, mais que notre fondement est en Dieu.

Se convertir, c’est accepter de ne plus vouloir se justifier par ses propres moyens, mais savoir saisir un impératif éthique lorsqu’il se présente à nous, même si cela atteint notre image sociale. Or nous nous rendons bien compte qu’il est bien plus facile de se cacher derrière une généalogie ou un baptême. Il est très facile de se laisser bercer par le doux ronron de l’habitude et de ne plus se questionner, de ne plus se laisser bousculer par la parole, de ne plus se remettre en cause et de se laisser aller à la tentation de se justifier par ses propres moyens, et ce même en s’affirmant chrétien !

Il est très facile de tomber dans le travers que le prophète dénonce et de se détourner involontairement de Dieu. Très facile d’oublier ce qui nous fait vivre. Le tourbillon du temps, les agendas qui se remplissent malgré les circonstances difficiles de la rentrée en cette époque de pandémie, les activités à droite et à gauche, le sport, la musique, les réunions … qui auront peut-être lieu … ou pas … tout cela occupe tant d’espace que le « vivre avec Dieu », devient un réflexe plutôt qu’une réflexion. Alors il en faut peu pour glisser vers la tentation de s’assurer soi-même de nos vies, même si cette tentation n’est qu’éphémère. Il en faut peu pour que nous nous laissions porter par les habitudes et oublions ce qui doit être notre fondement. Il en faut peu pour déraper et se détacher de cette confiance que nous avons mise un jour en Dieu. Et nous risquons facilement de passer du statut de « juste » au statut de « juste qui se laisse séduire », qui s’éloigne de son Dieu. Alors, de « juste » nous passons au statut de méchant. Mais nous avons maintenant une certitude, c’est que pour peu que nous nous convertissions de nouveau, Dieu nous accueille tel que nous sommes et sans retenir quoique ce soit de nos dérapages. Il nous accueille dans sa grâce et n’attend que retour que notre foi.

Finalement il faut bien l’admettre, savoir que rien n’est retenu pour ou contre nous, savoir que le méchant qui se repend peut avoir sa part de salut et le juste qui dérape et reste dans cette nouvelle voie peut être condamné n’est plus aussi douloureux à entendre. Au contraire même cela devient une bonne nouvelle car Dieu juge certes, mais celui qui se convertit, celui qui met sa confiance en lui, Il l’accueille tel un père qui attendait le retour de son enfant. Il l’accueille dans la joie, l’amour et la réconciliation.

Amen

Merci à Martine Durin pour la prédication de ce dimanche.

La même prédication est lue au culte en présentiel de ce matin au temple, présidé par Mathieu Lepetit avec une liturgie préparée par lui.

Bon dimanche et bonne semaine

Bien fraternellement,

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  1. Conseil Presbytéral

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