Le culte a lieu au temple tous les dimanches à 10h30

Le temple :
9B av. de la Gare
78280 Montigny le Bretonneux

Pasteur : M. Guilhem RIFFAUT
01 30 69 09 02
pasteur@epusqy.org

Présidente du conseil presbytéral :
Mme Hanta RAJAONA
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Hugues Fouchier

Rendez-vous du 25 avril au 1er mai 2022 prochains à Taizé – une expérience surréaliste de foi, de prière et de vie communautaire, qui m’a toujours fait du bien – nos jeunes y reviennent chaque année (flyer ci-joint) – pour vous tous, qui avez entre 15 et 25 ans.

Pour tous nos jeunes de la Région Parisienne, rendez-vous aussi les 16 et 17 octobre 2021 pour le week-end jeunesse « Connexions »  (flyer ci-joint), dans le sud de notre région parisienne, près de Dourdan.
Plus d’info :  we-connexions.fr

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TEXTES LUS

(Galates 5, v. 1 & 13-18)

C’est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude.

(…)

Frères et sœurs, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, ne faites pas de cette liberté un prétexte pour suivre les désirs de votre nature propre. Au contraire, soyez par amour serviteurs les uns des autres.
En effet, toute la loi est accomplie dans cette seule parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, attention : vous finirez par vous détruire les uns les autres.
Voici donc ce que je dis : marchez par l’Esprit et vous n’accomplirez pas les désirs de votre nature propre.
En effet, la nature humaine a des désirs contraires à ceux de l’Esprit, et l’Esprit a des désirs contraires à ceux de la nature humaine. Ils sont opposés entre eux, de sorte que vous ne pouvez pas faire ce que vous voudriez.
Cependant, si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes pas sous la loi.

PRÉDICATION DU 11 juillet 2021

            Où était située la Galatie ? Elle était une province romaine qui s’étirait au cœur de la Turquie actuelle. En son sud, Paul y fonda des communautés à l’instar de Lystre[1], Iconium ou Antioche de Pisidie, à distinguer d’Antioche-sur-l’Oronte sise, elle, en Syrie. Composées de tribus, ses habitants d’origine gauloise avaient franchi l’Hellespont – i.e. Les Dardanelles – pour s’y implanter trois siècles avant la naissance du Christ. Après leur défaite face aux Romains, l’influence occidentale y devint plus marquée, de sorte que Paul y apparut comme un apôtre fustigeant la croyance de ceux qui professaient le recours à la circoncision pour combattre les maux qui rongeaient la société. Vers 49 de notre ère, il y commit les lignes dont une partie a été lue ce jour. Dans quel but ? Avec quelle signification ? Pour quel écho ?

Le message adressé aux Galates

            Solidement charpentée, cette épître est une lettre de combat destinée à rappeler que la repentance et la foi sont les seuls piliers de la réconciliation avec le Créateur. En sorte que l’obéissance à la loi du Christ, qui se résume en l’amour, affranchit les Chrétiens en les libérant de toute servitude. Voilà qui touche un principe que nous, Protestants, chérissons par dessus tout, savoir celui de liberté. Témoin cette magnifique entame : « C’est pour la liberté que Christ nous a libérés » (v.1) ! L’Evangile n’est pas là pour fixer des règles de vie, mais au contraire pour annoncer une libération, étant entendu que cette libération n’est pas conquise, mais donnée par le Christ qui vit en nous. Elle ne doit en aucun cas nous conduire à chercher des limites à notre comportement, ce que Paul s’efforce de préciser en écrivant : « (…) ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage » (v.1).

            Les versets 13 à 18 invitent à vivre non selon la chair, mais selon l’Esprit. En fait, ils visent à nous faire comprendre que vivre selon nos inclinations ne vaut guère mieux que de suivre la Loi, car, dans un cas comme dans l’autre, il y a esclavage : ici par rapport aux règles sociales – c’était le cas des Juifs assujettis à la Torah -, là vis-à-vis d’idoles ou de soi-même – c’était alors le cas des païens. Car, une fois libérés des exigences collectives et des impératifs personnels, il est possible de se consacrer pleinement à autrui ; en d’autres termes, la vraie liberté consiste à nous préoccuper des autres, ainsi que le certifient les versets 13 « faites-vous plutôt esclaves les uns des autres » ou encore 14 : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». En vérité, faisons aux autres ce que nous aimerions faire à nous-mêmes : veiller à manger, à se vêtir, à se loger, à se soigner voire – pourquoi pas ? – à se faire plaisir. A défaut, le règne de la jungle prévaut, et les uns sont détruits par les autres (v.15). En effet, quand l’intérêt personnel est le seul but qui vaille, comment empêcher des conflits entre les hommes ?

           Au verset 16, chair et Esprit se trouvent mis en opposition. Soyons concis. Il ne s’agit pas d’une mise en clair-obscur entre les biens et la pensée, mais entre la quête de satisfactions personnelles et l’attention donnée aux autres. Une marche dans la chair va à l’opposé d’une marche selon l’Esprit, « car la chair a des désirs contraires à l’Esprit, et l’Esprit a des désirs  contraires à la chair ». Adopter la première attitude empêche d’épouser la seconde : les deux sont antagoniques. C’est donc à nous qu’il revient de choisir entre elles. Enfin, au verset 18, il est consigné : « Mais si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes pas sous la loi ». Il n’est pas non plus question d’opérer un face-à-face entre la Loi et l’Esprit, mais bien entre la chair et la Loi d’un côté, et l’Esprit de l’autre. Car si la Loi est d’ordre social et la chair d’ordre individuel, l’Esprit lui, est d’essence spirituelle. Ainsi permet-il de surmonter et la Loi et la chair afin de faire de l’amour d’autrui la boussole de notre conduite. 

La signification biblique du message

            Le concept de liberté n’a pas la même signification dans les deux testaments, même si, bien entendu, il y est affirmé que l’homme est capable de choisir. Loin d’être niée, la mise en tension entre la souveraineté de Dieu et la liberté de l’homme existe, mais ce qu’il faut en retenir c’est que Dieu instille dans notre cœur les ingrédients de nature à nous conduire à Lui dans la plus parfaite liberté. Car Dieu ne contraint jamais, Il suggère.

           Dans la perspective vétérotestamentaire, la liberté signifiait arrachement à l’esclavage, donc affranchissement. La connotation y était plus juridique que morale. Relatée au cours de plusieurs chapitres de l’Exode, la sortie d’Égypte en constitue un vivant exemple. Avec un brin de malice, j’ajouterai même que Pharaon, quoiqu’en apparence enclin à résister aux dix plaies qui s’abattaient sur son peuple – donc tout à fait libre de le faire – le fit, en fait, sur ordre de Dieu car il est écrit : « Et moi, je ferai en sorte que le pharaon s’obstine et je multiplierai mes signes et mes prodiges en Égypte » (Ex 7, v.3). La libération des Juifs en captivité à Babylone forme un second exemple d’affranchissement dans lequel Dieu apparaît comme le « Gôêl » d’Israël, i.e. comme celui qui, au sein d’une famille, est en charge de la défendre autant physiquement que matériellement. On aura noté, au passage, que la sortie d’Égypte et la fin de l’exil à Babylone se sont toutes deux réalisées gratuitement.

            Dans l’optique néotestamentaire, les choses changent : de racontée, la liberté devient vécue, voire théorisée, notamment par Paul. Plus que de sauvetage, il s’agit désormais de rachat. La liberté tient en ce que nous sommes tous enfants de Dieu. Elle a été acquise par le Christ – « …la liberté que nous avons en Jésus-Christ… » (Ga 2, v.4) -, transmise par le Christ – « Or le Seigneur, c’est l’Esprit ; et là où est la liberté du Seigneur, là est la liberté » (2 Cor 3, v.17) -et concédée par le Christ à titre individuel – « Pourquoi, en effet, ma liberté serait-elle jugée par celle d’un autre ? » (1 Cor 10, v. 29). Bref, aux libérations d’Israël qu’avait occasionnées la Parole de Dieu répond en écho la rédemption offerte par le sacrifice du Christ. L’apôtre Jean le confirme quand il affirme « Si donc le Fils vous rend libres, vous serez réellement libres » (Jn 8, v.36). Donc, implantée dans nos cœurs, la Parole de Dieu nous transforme en hommes libres. Il y a là indéniablement un appel à la conversion, certains que nous devons être qu’elle ne nous rend pas esclaves de Jésus, mais nous en fait ses loyaux serviteurs, ce qui est très différent. Du reste, dès les premiers temps, cette liberté découlant du sacrifice de la Croix s’adressait à tous, hommes libres comme esclaves. En conséquence, l’homme libre se trouve triplement désentravé : du péché car Christ nous en a assuré la rémission (1 Col 1, v.14), de la mort car Christ nous en a ôté la crainte (Hb 2, v.15), et de la Loi car Christ lui a substitué la grâce (Rm 6, v.15). Ainsi libérés, nous pouvons faire prospérer la Parole en nous mettant au service des autres.

           Bien évidemment, le concept de liberté, déjà âprement disputé dans l’Antiquité, le fut encore davantage dans les siècles qui suivirent. Les controverses à son propos ne manquent pas ! Dans le droit fil des écrits vétérotestamentaires et néotestamentaires liés à la libération de l’homme, ici du joug des étrangers, là de la prégnance de la Loi, les Réformateurs s’en emparèrent pour contrer l’autoritarisme papal. Martin Luther avait raison, lui qui voyait dans cette liberté le signe de la grâce divine, donc une liberté offerte, au rebours d’un Érasme qui défendait la plénitude de la volonté humaine (libre arbitre), donc une liberté conquise. Par la suite, le concept de prédestination de Jean Calvin n’a en rien émoussé cette hiérarchie entre volonté divine et volonté humaine puisque, assuré d’être sauvé, le croyant conserve le choix d’emprunter ou non la route que Dieu lui a tracée. Aussi écrira-t-il : « La liberté chrétienne n’est pas la liberté au sens métaphysique, la liberté de choisir et de poser un commentaire nouveau. C’est plus exactement la libération des autorités extérieures qui veulent asservir l’âme, l’affranchissement des tyrannies spirituelles et des contraintes religieuses »[2]. Simplement, Calvin se pencha davantage sur les implications sociopolitiques de la liberté pour en adopter finalement une approche très restrictive dans la cité genevoise au point que le dramaturge autrichien moderne Stefan Zweig[3] (1881-1942) n’hésita pas à voir en lui un fieffé dictateur ! Bien sûr, on aura raison de critiquer Luther dans ses propos contre les Juifs qui sont si éloignés de la liberté chrétienne, mais qui correspondent à tant de croyances du bas Moyen-âge. Bien sûr, aussi, pourra-t-on accuser Calvin de son inflexibilité face à un Michel Servet qui, somme toute, ne faisait que défendre une opinion. Mais que penser, en regard, de l’infaillibilité de la parole papale proclamée lors du concile œcuménique de Vatican I en 1870 ? L’intransigeance semble ignorer le temps…Fermons le ban en tentant une conciliation en citant le littérateur Nicolas Boileau qui, pourtant voué à la cléricature par son père au siècle du roi Soleil, écrira : « Tout protestant est pape, une bible à la main » !

            Aux XIXème et XXème siècles, d’autres penseurs protestants débattirent de la notion centrale de liberté. Citons entre autres Emmanuel Kant (1724-1804), Alois Bidermann (1819-1885), Ernst Troeltsch (1865-1923), Rudolf Bultmann (1884-1976), Paul Tillich (1886-1965) ou encore Karl Barth (1886-1968)…Heureusement, il s’agit ici d’une prédication et non d’une dissertation, car j’avoue que mes connaissances m’empêcheraient vite de creuser plus avant ! Sitôt dit, sitôt fait : quittons ce docte propos qui exhale une fragrance un brin suranné, vu qu’à partir du moment où liberté il y a, restreinte ou non, la responsabilité individuelle se trouve impliquée. La métaphore du jardin d’Éden l’illustrait déjà.    

La portée moderne du message

            En quoi la liberté qui nous est donnée peut-elle infléchir notre comportement, voire notre idéal de vie ?

            Pour ma part, je reste persuadé que Dieu nous a créés pour être libres de penser par nous-mêmes et libres d’agir à notre gré[4]. D’où l’utilité des confrontations d’approches et de compréhensions, tels les cercles bibliques, qui font jaillir des divergences d’interprétations et déblaient des perspectives diverses et variées. Mais bien que la tradition ou le calcul aient eu beau s’acharner à vouloir limiter cette liberté dans l’intérêt bien compris d’une poignée d’initiés, cela n’a jamais ébranlé ma certitude : on ne détourne pas la volonté de Dieu quand on applique les libertés de penser et d’agir que, dans Son infinie bonté, Il nous a octroyées. La vérité, au fond, tient en ceci : Évangile et liberté ne sont que l’avers et le revers d’une même médaille. Car qui dit liberté de conscience dit d’abord liberté, thème qui a été plus que controversé au sein même du protestantisme dont il constitue un authentique ADN.

            De nos jours, cette nette propension à vouloir présider à ses propres choix explique la montée des introspections au détriment de l’emprise des structures collectives. « Être protestant, c’est attester la prééminence de la responsabilité individuelle », reconnaissait avec sagacité le pasteur Antoine Nouis[5]. Or, actuellement, face à des discours lénifiants, des médias omnipotents, des réseaux sociaux influents quand ils ne sont pas pervers, il ne faut aucunement capituler. Là perce une des principales raisons d’être du protestantisme : rester debout, refuser tout diktat, engager sa responsabilité, respecter la conscience individuelle. Affirmons que chacun doit penser et agir librement en philosophie, en théologie, en droit, mais selon la Parole et en pleine conscience. N’y voyez pas un rejet de l’Église qui a souvent raison de focaliser son attention sur tel ou tel drame ou telle ou telle question de société, mais décelez ici un appel à vivre sa vie en tranchant des questions personnelles et des phénomènes sociétaux en toute liberté. Car si cette dernière est un tout, la liberté religieuse n’en est qu’un fragment. Dans cette optique, et selon les termes forgés par le philosophe d’origine lettonne Isaiah Berlin (1909-1997), je revendique ma liberté religieuse non pas comme une liberté négative autorisée à tout entreprendre, mais bien comme une liberté positive désireuse de faire avancer les choses à l’écoute de la Parole.

            Ce n’est pas tout.

            Christ était un homme libre. A sa suite, un Chrétien est un homme libre. Il a vocation à la liberté, et la seule servitude à laquelle il doit s’astreindre, qui forme une immense joie, c’est celle de se mettre au service de son prochain. En 1942, le poète Paul Eluard avait commis un poème dont le nom résonne dans nos têtes : « Liberté, j’écris ton nom ». Eh bien, nous, Protestants, nous pouvons clamer : « Liberté, je crie ton nom » ! Car la liberté n’est autre qu’un élan vers Dieu, un élan vers le Christ, un élan vers son prochain ! La liberté réconforte notre vie, et ne connaît que l’amour pour seule frontière.

            Frères et Sœurs, vous êtes appelés à la liberté : construisez-la, chantez-la, répandez-la, vivez-la, défendez-la, oui mais toujours selon l’Esprit ! Et si vous êtes convaincus que cette liberté offerte par la grâce est le plus beau joyau de la vie, alors ne perdez pas de temps : épousez-la et chérissez-la toujours.

            Ainsi soit-il.

                                                                                                                                                         Alain REDSLOB


[1] Ville natale de Timothée, disciple préféré de Paul.

[2] CALVIN J. : Institution de la religion chrétienne, éd. Kerygma-Excelsis, 2009, p.767, n.1.

[3] SWEIG S. : Conscience contre violence, éd. Atrium Press, traduit dans la Collection Livre de Poche en 1976.

[4] Dans le respect des lois bien sûr, pour peu qu’elles ne soient pas infondées ou léonines !

[5] NOUIS A. : Un catéchisme protestant, éd. Réveil Publication, 1998, p.20.

Textes lus : 1 Pierre 1 v.13-25 & 1 Pierre 2 v.1-3.

C’est pourquoi, tenez votre intelligence en éveil, soyez sobres et mettez toute votre espérance dans la grâce qui vous sera apportée lorsque Jésus-Christ apparaîtra.
En enfants obéissants, ne vous conformez pas aux désirs que vous aviez autrefois, quand vous étiez dans l’ignorance.
Au contraire, puisque celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite.
En effet, il est écrit : Vous serez saints car moi, je suis saint.
Et si c’est comme à un Père que vous faites appel à celui qui juge chacun conformément à sa manière d’agir sans faire de favoritisme, conduisez-vous avec une crainte respectueuse pendant le temps de votre séjour sur la terre.
Vous le savez en effet, ce n’est pas par des choses corruptibles comme l’argent ou l’or que vous avez été rachetés de la manière de vivre dépourvue de sens que vous avaient transmise vos ancêtres, mais par le sang précieux de Christ, qui s’est sacrifié comme un agneau sans défaut et sans tache.
Prédestiné avant la création du monde, il a été révélé dans les derniers temps à cause de vous.
Par lui, vous croyez en Dieu qui l’a ressuscité et lui a donné la gloire, de sorte que votre foi et votre espérance reposent sur Dieu.
Vous avez purifié votre âme en obéissant [par l’Esprit] à la vérité pour avoir un amour fraternel sincère ; aimez-vous donc ardemment les uns les autres d’un cœur pur.
En effet, vous êtes nés de nouveau, non pas d’une semence corruptible, mais d’une semence incorruptible, grâce à la parole vivante et permanente de Dieu, car toute créature est comme l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur des champs. L’herbe sèche et la fleur tombe, mais la parole du Seigneur subsiste éternellement. Cette parole est justement celle qui vous a été annoncée par l’Évangile.

Débarrassez-vous donc de toute méchanceté et toute ruse, de l’hypocrisie, l’envie et toute médisance, et comme des enfants nouveau-nés désirez le lait pur de la parole. Ainsi, grâce à lui vous grandirez [pour le salut], si du moins vous avez goûté que le Seigneur est bon.

Prédication

            Il n’est pas fréquent de commenter les écrits de Pierre, apôtre de Jésus-Christ comme il se prénomme lui-même, sauf que rien n’assure qu’il en fut l’auteur : le fait que cette lettre fut adressée à des foyers religieux essentiellement fondés par Paul et qu’elle fut rédigée en usant de tournures de langage que Pierre n’employait pas en apporte les preuves. C’est pourquoi sa rédaction est attribuée soit à un de ses disciples, Silvain, cité au chapitre cinquième, soit à l’école qu’il fonda, école dite pétrinienne. Toujours est-il que les références tant au Premier Testament – Exode, Psaumes, Ésaïe -, qu’aux enseignements du Christ soulignent une originalité certaine qui transperce dans la force des messages véhiculés, notamment celui de la vigueur de l’amour fraternel. A se demander s’il ne s’agit pas plus d’un sermon que d’une réflexion épistolaire, ce que votre serviteur est porté à croire vu que, comme dans toute prédication, se dégage toujours un maître-mot, en l’occurrence ici l’hypocrisie. Clé de voûte de pensée, elle est aussi poison de vie.

 L’hypocrisie est clé de voûte de pensée

             Les commentaires d’Antoine Nouis sont particulièrement éclairants. Du passage qui vient d’être lu jaillissent des verbes déclinés à l’impératif : mobilisez vos facultés mentales.., mettez toute votre espérance dans la grâce…, devenez saints…, ne vous conformez pas aux désirs que vous aviez auparavant…, conduisez-vous avec crainte… (v.13-17). Il y a là autant d’exhortations à rester ce que nous sommes ; on s’en convainc quand on les reprend une à une. Faisons-le. Mobilisez vos facultés mentales : il est impérieux de vivre dans la perspective de notre salut, hors de toute hypocrisie qu’attisent l’envie et la jalousie. Mettez toute votre espérance dans la grâce : c’est profondément vrai dans l’habitude qui doit être nôtre d’inviter le Seigneur à partager notre journée, et non pas uniquement quand on éprouve le besoin de s’en remettre à Lui. Devenez saints : Dieu, et Lui seul, est saint ; nous ne le devenons à notre tour que si, et seulement si, nous suivons Ses préceptes en permanence. Ne vous conformez pas aux désirs que vous aviez auparavant : c’est de tempérance que nous devons faire preuve, dans notre alimentation comme dans notre comportement, car l’idolâtrie, qu’elle soit matérielle ou spirituelle, tourmente sans jamais satisfaire. Conduisez-vous avec crainte : notre vie, que l’apôtre compare à un exil passager, doit être conduite dans le respect et l’adoration de Dieu.

            Au verset 18, il est affirmé que nous sommes rédimés, c’est-à-dire rachetés, de notre futilité. Ce n’est pas de la déportation dont nous nous trouvons libérés comme les Juifs dans le Premier Testament, mais de nous-mêmes parce que l’égoïsme est probablement l’un des pires esclavages. Aussi, afin de ne pas endosser ce travers, convient-il de nous rappeler que le Christ a expié nos péchés sur le Croix. Cette rédemption, concrétisée par Son sang versé, symbolise l’amour infini que Dieu nous concède : cité au verset 19, l’agneau, identifié au Christ, paraît telle une métaphore sacrificielle visant à nous faire comprendre que c’est Lui qui doit guider notre vie, non la futilité. Et, chose capitale, il est souligné que le salut offert par la crucifixion a été pensé par Dieu avant la création du monde et qu’il se manifestera à son terme (v.20), de sorte qu’on trouve ici la reproduction de l’allégorie de « l’alpha et l’oméga » consignée au dernier chapitre du livre de l’Apocalypse. N’y a-t-il pas là, pour nous autres Protestants, la preuve de la prédestination du salut ? Non celle imaginée par Calvin qui ressemblait à une sorte de tri entre bons et mauvais sujets, mais bien celle d’un salut offert à tout homme enclin à accueillir la grâce. À point nommé, deux vertus théologales – la foi et l’espérance – sont évoquées au verset 21 afin que nous saisissions qu’en les faisant nôtres nous serons relevés de la mort comme notre Seigneur l’a été avant nous.

            Ce n’est qu’au verset 22 qu’apparaît le thème central de ce passage : l’hypocrisie. Il y est d’ailleurs apposé en regard de la troisième vertu théologale que constitue l’amour de son prochain. En effet, sitôt que nous nous purifions en acceptant de faire vivre en nous les préceptes du Christ, nous « (naissons) de nouveau » (v.23), car éternelle est la Parole. Bref, si la foi se conjugue au présent et l’espérance au futur, l’amour ne connaît pas de temps : il se décline à l’infini, et doit être pur, lavé de la moindre tache.

            On comprend qu’au verset premier du chapitre suivant l’hypocrisie soit dénoncée et condamnée au même titre que la malfaisance, la ruse, l’envie et la médisance. Car, en parant l’amour envers autrui de faux habits, l’hypocrisie frelate la Parole au point de l’anéantir (v.3). Car, répétons-le, elle est aussi poison de vie.

L’hypocrisie est poison de vie

             L’hypocrisie revêt des aspects individuels et collectifs qui cadrent notre quotidienneté. Du reste, chacune et chacun d’entre nous, à partir du moment où il est humble, se reconnaîtra dans les exemples qui suivent, hélas ! Mais ne dit-on pas que « péché avoué… » !

            Sur le plan individuel tout d’abord. Qui d’entre nous déteste les compliments ? On est toujours prêt à en recevoir, mais en accorde-t-on assez en retour ? On loue son voisin, mais on s’offusque quand il manifeste le moindre désaccord avec nous. On réitère sans cesse des régimes alimentaires à l’approche de l’été ou après les fêtes, mais on s’empiffre de n’importe quoi n’importe quand. Mieux, si j’ose dire, on s’avachit devant son poste de télévision en se déclarant ardent défenseur du sport. On jalouse ceux qui réussissent, confortablement calé dans son fauteuil. On demande à nos enseignants d’éduquer nos enfants, alors que leur fonction consiste à les instruire, non à les éduquer. Pour clore cette litanie en vérité sans fin, on salit l’histoire de France sans se donner la peine de la connaître. Toutes ces hypocrisies confinent à l’absurde, ne trouvez-vous pas ?

            À la charnière de l’individuel et du collectif, laissez-moi vous conter une anecdote que je tiens d’un pasteur ami. Une de ses fidèles invita des paroissiens à rejoindre un cercle de prière ; l’intention était louable, les arrière-pensées moins. En effet, tout en s’y employant, elle jugea publiquement du comportement des uns et des autres avec cette habileté factice propre aux personnes sournoises. Singulière invitation à venir prier…ensemble ! Choqués, nombre d’invités ne donnèrent pas suite. S’y rendit pourtant un homme, totalement inconnu de la paroisse, qui lui demanda à l’oreille qui elle était pour juger ainsi ses coreligionnaires. Sitôt dit, il se retira en silence ; jamais on ne le revit. Alors, elle se mit à prier, mais l’histoire ne dit pas si, cette fois, elle fut sincère.

            J’en viens aux hypocrisies collectives qui pullulent elles aussi. D’innombrables pays tonnent en faveur de la pureté des eaux tout en y larguant des quantités invraisemblables de plastiques au mépris de la faune et de la flore. N’est-ce pas hypocrite ? Des politiques se gargarisent de sauvegarder l’environnement en érigeant à grands renforts de deniers publics de gigantesques moulins à vent aussi hideux que bruyants. N’est-ce pas hypocrite ? Des élus de la nation se font les chantres des égalités sociales en roulant carrosse…et par là-même le fisc ! N’est-ce pas hypocrite ? Nombreux sont ceux qui se proclament défenseurs de la propreté en jetant leur mégot par terre ou leur canette sur la plage – de préférence près d’une boîte à ordures – ou en déposant nocturnement leurs encombrants en forêt et leurs immondices sur des aires sauvages. N’est-ce pas hypocrite ? De grandes compagnies de renom dénoncent la pollution marine en dégazant les hydrocarbures de leurs porte-conteneurs en haute mer. N’est-ce pas hypocrite ? Ici, au fil de discours savamment léchés, des politiques se posent en défenseurs de l’autorité de l’État et de la sécurité des citoyens, cependant qu’en catimini ils temporisent à tout-va avec des groupuscules dans l’espoir d’obtenir une hypothétique paix sociale. N’est-ce pas hypocrite ? Là, des élus de gauche comme de droite se disent les avocats implacables de la valeur travail en défendant mordicus la retraite à soixante ans ou la semaine de quatre jours. N’est-ce pas hypocrite ? Là encore, nombre de postulants s’entredéchirent pour obtenir une investiture en jurant la main sur le cœur être des démocrates apaisés. N’est-ce pas hypocrite ? Plus loin, d’autres responsables bombent le torse en plaidant pour l’ordre, restant incapables de le faire régner dans leurs propres rangs. N’est-ce pas hypocrite ? Et que penser des écarts abyssaux entre les promesses électorales et les réalisations postérieures ? N’est-ce pas hypocrite ? Pourtant, il existe des besoins affirmés : une femme qui travaille souhaite disposer d’une crèche près de chez elle, un homme éloigné de son bureau réclame la création d’une route l’en rapprochant, des citoyens apeurés sollicitent l’installation d’un commissariat de police, des personnes âgées désirent l’implantation d’un hôpital de proximité, bref autant de demandes légitimes de nos concitoyens ; toutefois, quand il s’agit de les financer, ce sont ces mêmes personnes qui refusent la hausse fiscale qui en dérive ; mais comment financer les utilités publiques sinon par les impôts d’aujourd’hui ou de demain (endettement) ? N’est-ce pas hypocrite ? Les pays riches et les dictatures d’Asie ou d’ailleurs plaident pour l’aide publique au développement tout en se lançant dans une course effrénée aux armements et en prenant bien le soin de déclencher les conflits dans les pays pauvres ou émergents. N’est-ce pas hypocrite ? On décide de venir au culte à Noël ou à Pâques, histoire de s’y faire voir, ou on s’y rend quand il ne fait pas trop froid, quand il ne pleut pas, quand on dispose d’un peu de temps libre. N’est-ce pas hypocrite ? Enfin, et c’est là le plus important à mes yeux, on se souvient que Dieu existe dans le malheur ou dans l’urgence en se précipitant pour L’invoquer ; en revanche, quand tout va bien ou qu’Il nous exauce, on Le remise dans un coin de notre mémoire en n’omettant de Lui rendre grâce. N’est-ce pas hypocrite ?

            Résumons. Qu’elles soient individuelles ou collectives, ces asymétries choquantes, ces faussetés inavouées, ces contradictions criantes, ces vilénies tordues ne sont-elles pas toutes  le reflet de notre propre hypocrisie ? Mais bien sûr que oui ! Alors, me direz-vous, que faire ?

            Frères et Sœurs, souffrez que je me permette à mon tour – sans la moindre prétention, cela va sans dire – d’user de l’impératif. Adoptez une foi sans hypocrisie comme nous y invitent les lettres dites pastorales adressées par Paul à Timothée (1 Tm 1, v.5 & 2 Tm 1 v.5). Aimez sans hypocrisie, ainsi que nous le suggère Paul lorsqu’il écrivait aux Romains : « Que l’amour soit sans hypocrisie. Ayez le mal en horreur ; attachez-vous au bien. Quant à l’affection fraternelle, soyez pleins de tendresse les uns pour les autres » (Rm 12, v .9-10). Affranchissez-vous des traditions trop pesantes qui empêchent l’épanouissement de votre vie en vous remémorant la réplique cinglante du Christ quand il fut critiqué d’enfreindre le sabbat parce qu’il guérissait une femme infirme : « Hypocrites, chacun de vous, pendant le sabbat, ne détache-t-il pas son bœuf ou son âne de la mangeoire pour le mener boire ? » (Lc 13, v.15). Jetez aux orties cette hypocrisie, authentique souillure de l’âme, qui dévore votre être en vous rappelant comment notre Seigneur rembarra scribes et pharisiens : « (…) au dehors, vous paraissez justes aux gens, mais au-dedans vous êtes remplis d’hypocrisie et de mal » (Mt 23, v.28). Enfin, ne jugez pas, en méditant cette Parole du Christ : « Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » (Mt 7, v.1-3). Le jugement, chers Frères et Sœurs, appartient à Dieu et à Lui seul. Le nôtre est prétentieux et dérisoire, en vérité futile.

            Si la santé constitue le socle de toute vie, seule la sainteté lui donne un sens. Cette sainteté doit se loger à la fois en notre for intérieur et en dehors de nous. Elle s’acquiert par la crainte et le service de Dieu, fondements de notre foi, celle-là même qui nous fait vivre et espérer.

            Ainsi soit-il.

                                                                                           Alain REDSLOB

Par Philippe Clément

Marc 14 12 à 26 L’institution de la Cène

“Le premier jour des pains sans levain, où l’on immolait la Pâque, les disciples de Jésus lui dirent : Où veux-tu que nous allions te préparer la Pâque ? Et il envoya deux de ses disciples, et leur dit : Allez à la ville ; vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau, suivez-le. Quelque part qu’il entre, dites au maître de la maison : Le maître dit : Où est le lieu où je mangerai la Pâque avec mes disciples ? Et il vous montrera une grande chambre haute, meublée et toute prête : c’est là que vous nous préparerez la Pâque. Les disciples partirent, arrivèrent à la ville, et trouvèrent les choses comme il le leur avait dit ; et ils préparèrent la Pâque. Le soir étant venu, il arriva avec les douze. Pendant qu’ils étaient à table et qu’ils mangeaient, Jésus dit : Je vous le dis en vérité, l’un de vous, qui mange avec moi, me livrera. Ils commencèrent à s’attrister, et à lui dire, l’un après l’autre : Est-ce moi ? Il leur répondit : C’est l’un des douze, qui met avec moi la main dans le plat. Le Fils de l’homme s’en va selon ce qui est écrit de lui. Mais malheur à l’homme par qui le Fils de l’homme est livré ! Mieux vaudrait pour cet homme qu’il ne fût pas né. Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain ; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna, en disant : Prenez, ceci est mon corps. Il prit ensuite une coupe ; et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour plusieurs. Je vous le dis en vérité, je ne boirai plus jamais du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai nouveau dans le royaume de Dieu. Après avoir chanté les cantiques, ils se rendirent à la montagne des oliviers.”

Prédication

Manger la chair du Christ, boire le sang du Christ, cette dernière instruction de Jésus à ses disciples, la veille de sa mort a été de tous temps un sujet de discorde et de scandale dans une partie de la communauté chrétienne et avec une belle unanimité dans les sociétés qui rejetaient le Christ.

L’importance de cette instruction ne peut pas faire de doute, d’abord par le moment où elle a été donnée par le Christ, ensuite par sa citation dans les trois évangiles synoptiques et la place que lui consacre Jean dans son évangile, qui, même s’il ne décrit pas ce dernier repas, consacre la quasi-totalité de son chapitre six à cette instruction , chapitre dans laquelle il indique qu’une très large majorité des gens qui avaient été convaincus par l’enseignement de Jésus, l’ont finalement quitté choqués par cette idée.

Jésus en instituant ce repas en commun voulait créer un lien indestructible entre tous ses disciples pour tous les temps et nous en avons fait un sujet de discorde. Même les grands réformateurs ont pris le risque de compromettre le succès politique de la réforme en étant divisés sur sa compréhension.

Alain Redslob nous rappelait dans sa récente prédication sur l’idolâtrie, avec sa concision et sa clarté habituelle, les principales différences d’interprétation dans les différents courants du christianisme, je n’y reviendrai que brièvement, préférant pour débuter cette prédication détailler les raisons et les arguments mis en avant par ces différents courants.

Mais d’abord un rappel historique de l’évolution de la Cène ; historique pour lequel j’ai fait largement appel à Wikipédia qui a fort bien traité ce sujet.

Les premières communautés chrétiennes pratiquaient le repas en commun sans distinction entre pauvres et riches, entre hommes libres et esclaves pour bien marquer le nouvel état d’esprit qu’avait apporté le Christ. Mais déjà à cette époque il y a eu des dérives dans la pratique de ce repas, dérives qui ont valu de sévères remontrances de Paul aux Corinthiens. (1 Cor 11 , 33)

La question de la « présence réelle » du corps et du sang du Christ est soulevée tout au long du Moyen Âge. Les « réalistes », qui défendent cette idée se voient opposer les résistances des « symbolistes ».

Le débat se durcit au XIe siècle. Bérenger de Tours affirme, en se référant à Augustin, qu’une présence « intellectuelle » s’ajoute au pain et au vin sans se substituer à eux. Par contre certains théologiens développent et défendent l’idée d’un changement de substance : la « transsubstantiation » telle qu’on l’appelle à partir du XIIe siècle.

Au  concile de Latran (1215), la présence réelle est pour la première fois proclamée lors d’un concile, sous la forme du dogme de la transsubstantiation,

. Au XIIIe siècle, Thomas d’Aquin précise le dogme de la transsubstantiation dans sa Somme théologique et ébauche les règles de la célébration.

C’est au concile de Trente convoqué par le Pape Paul III en 1545 pour définir la réponse catholique aux affirmations de Luther et de Calvin, que sera officialisé le dogme de la transsubstantiation, associé à l’aspect sacrificiel de l’eucharistie. Le pain et le vin se transforment et cette transformation concerne la totalité de la substance : rien ne subsiste que les apparences du pain et du vin. La présence du Christ est réelle et substantielle dans l’hostie, qui devient véritablement son corps lors de la consécration. La messe répète, actualise le sacrifice du Christ et l’offre à Dieu.

Luther et Melanchthon vont réfuter cette conception du sacrifice inhérent à l’eucharistie ’catholique’ » : ils « opposent le sacrement, œuvre de Dieu offerte à l’être humain, et le sacrifice, œuvre humaine offerte à Dieu ». L’eucharistie est pour eux une action de grâce envers Dieu, un témoignage de reconnaissance, autrement dit un acte de louange et non pas un sacrifice destiné à obtenir la faveur de Dieu.

Les Luthériens ont gardé l’essentiel de la liturgie catholique mais ont redéfini le dogme. Ils parlent de consubstantiation : simultanément à la substance du pain et du vin consacrés, coexiste la substance du corps du Christ et de son sang, en une sorte de double substance. D’autre part, les espèces ne deviennent le corps et le sang du Christ que sous l’action de la Parole de Dieu, qui est indispensable au sacrement : après la messe, les espèces consacrées redeviennent du pain et du vin ordinaires

Les réformés estiment avec Calvin que la notion de présence corporelle constitue « une grande erreur de l’Église catholique […], une confusion grave entre le signe et la chose signifiée », qui « trahit un manque de foi » : […] On s’est arrêté à l’élément corruptible : on en a fait une idole.

Calvin affirme, comme les catholiques et les luthériens, l’union réelle et substantielle du croyant avec le Christ lors de la Cène, mais en termes de « présence pneumatique » : le Christ est véritablement présent, mais de manière spirituelle et non pas matérielle. Le pain et le vin sont de simples représentations du corps et du sang du Christ : elles sont uniquement « des signes que Dieu utilise pour atteindre le croyant, pour lui faire percevoir, sentir la présence du Christ ». Le pain et le vin ne subissent ni transformation, ni consubstantiation, ni transsubstantiation.

Cette présence à la fois immatérielle et réelle est due à l’Esprit, et à lui seul, car « c’est lui qui nous met en communion avec le Seigneur et Sauveur et qui nous fait participer à sa grâce ». Pendant que l’officiant donne le pain et le vin, Dieu donne au croyant ce qu’ils représentent : « Le pain et le vin ne deviennent pas corps et sang du Christ, mais en recevant le pain, nous recevons le Christ. »


De manière plus radicale,  Zwingli, et aujourd’hui une large partie des églises évangéliques, considèrent que le sacrifice du Christ a eu lieu une fois pour toutes et que l’eucharistie n’en est que le mémorial. La Cène est donc une action de grâce d’où est absente toute notion de sacrifice. La présence du Christ n’est pas corporelle, mais uniquement spirituelle. Le pain et le vin, qui ne font que la symboliser. Par conséquent, la phrase « Ceci est mon corps » doit être entendue comme « Ceci signifie mon corps »

Luther, Melanchthon, Zwingli et Calvin n’arriveront pas à trouver un accord malgré les efforts de médiation de Bucer, le réformateur de Strasbourg ,car pour Luther et Melanchthon le plus grand des péchés est de substituer sa propre pensée aux enseignements de Jésus qui avaient clairement dit « Ceci est mon corps, ceci est mon sang » tandis que la conception de Zwingli et Calvin reposait sur le principe fondamental de la séparation incontournable du visible et de l’invisible, l’invisible étant l’action de l’Esprit Saint et le visible étant le pain et le vin.

Mais revenons à notre texte du jour.

Qui est avec Jésus autour de cette table ? finalement des convives pas très recommandables qui sont pourtant les représentants de l’humanité.

Il y a Pierre qui va bientôt renier le Christ comme du reste Jésus le lui dit dans le passage qui suit immédiatement notre texte, Il y a les disciples qui seront incapables quelque heures plus tard d’accompagner Jésus dans sa prière au Mont des Oliviers, et qui fuiront, abandonnant Jésus lors de son arrestation, il y a Judas qui a déjà décidé de trahir Jésus et dont le péché sera moins d’avoir livré Jésus aux grands prêtres, on ne saura du reste jamais quelle a été sa motivation, que de n’avoir pas compris que malgré la gravité de son acte, il était lui aussi éligible au pardon et que sa fuite dans la mort n’était pas la solution. Et invisibles il y a nous qui, tout comme les disciples, nous demandons si nous aussi nous ne sommes pas capables de trahir Jésus en étant de mauvais témoins ou même en le reniant si à la suite d’un bouleversement politique tel que l’ont connu l’Afghanistan, la Syrie ou la Turquie, il devenait trop dangereux de s’afficher comme chrétien.

Oui frères et sœurs, c’est la première bonne nouvelle de notre texte : nous participons à la Cène étant pécheurs, conscients de nos manquements et de notre incapacité à nous redresser par nous-mêmes, mais admis à participer.

Le partage du pain et du vin, c’est aussi le moment où se crée la communauté des chrétiens, famille unie par les liens de la chair et du sang, communauté solidaire, tolérante et fraternelle, à l’image de celle rêvée par Luc à la fin du chapitre 2 des actes des Apôtres, communauté, enfin qu’il est si difficile à réaliser sans la présence du Christ tant nous en sommes empêchés par nos egos, nos convictions et notre aveuglement qui nous empêche de voir ce que peut voir l’autre.

Dans la Cène, il y a ce repas qui forme notre communauté, mais il y a aussi ce devoir de mémoire de l’enseignement du Christ, de la nouvelle alliance qu’Il a voulu conclure avec nous en se sacrifiant pour nous permettre d’accéder à la résurrection, pardonnés de tous nos manquements.

 Le Christ, en instituant cette Cène se prépare lui-même à la mort, mais malgré ce contexte de mort, la Cène est un repas de vie ; quand on parle de l’agneau de Pâques ou du sacrifice de l’agneau, on parle bien de mort

Le temps de ce repas ou le Christ se prépare à la mort et l’agneau de Pâques sont bien un rappel de ce terrible contexte de mort qui a frappé l’Egypte, et dans lequel c’est le sang de cet agneau qui a sauvé les premiers nés des Israéliens du glaive de l’ange exterminateur et c’est pour Jésus ce qu’il y a de plus important à faire, dans ce dernier repas avec ses disciples, est de se mettre à la place de l’agneau ce que Paul rappelle aux Corinthiens dans sa première lettre au chapitre 5 verset 7 « Car le Christ ,notre Pâques a été immolé »

Tous nous devons être conscients que ce sacrifice est nécessaire pour que nous vivions et que ce n’est pas n’importe quel agneau, c’est celui de Dieu Lui-même, représenté par celui dont l’Ancien Testament nous dit « qu’Il était sans péché. Sans cet agneau, nous sommes tous promis à la mort. En approchant de la table du Christ, nous sommes conscients que nous ne sommes pas dignes de ce sacrifice que Dieu a bien voulu faire pour notre salut sans que nous l’ayons mérité. C’est l’aveu de notre indignité qui nous permet de découvrir que cette indignité, cette impuissance sont enveloppées dans la promesse de la résurrection et de la vie éternelle.

La cène, n’est donc pas une simple étape d’une liturgie vécue avec plus ou moins de tiédeur ; c’est l’aboutissement de notre vie de Chrétien, l’expression ultime de notre foi.

Un des grands mérites de nos réformateurs a été de comprendre que presque tous les textes de la bible sont là pour nous faire comprendre et accepter la signification de cette Cène et que c’est la raison pour laquelle ils ont placé la prédication au centre de nos cultes où par une réflexion de fond, et non pas par une simple leçon de morale chrétienne, nous ouvrions les yeux sur le sens de la Cène.

Je voudrais pour terminer attirer votre attention sur le dernier verset de notre texte qui trop souvent passe inaperçu.

« Après avoir chanté des hymnes, ils se dirigèrent vers le mont des oliviers »

Les disciples, malgré la tristesse de la séparation, la conscience de leur fragilité et de leur impuissance, chantent la louange de Dieu pour l’ineffable cadeau de la nouvelle alliance qu’ils viennent de recevoir, n’oublions pas d’en faire de même.

Amen

Chers amis,

nous sommes dans malheureusement dans l’obligation d’annuler notre grande journée promo Grand KIFF 2021 qui était prévue pour le 05 juin.
Nous nous réjouissions avec vous de passer cette journée ensemble. Nous sommes d’autant plus désolés de devoir annuler cette rencontre.

Rendez-vous au Grand KIFF alors qui aura lieu du 29 juillet au 02 août 2021 à Albi !
https://legrandkiff.org/fr/cap-sur-2021

La région parisienne organise un autocar « Paris-Albi » (aller-retour). Il reste encore quelques places, ne tardez pas à réserver ainsi le trajet. (Réservation également via le site du GrandKIFF)

Si vous avez des questions, n’hésitez pas à vous rapprocher de moi.

Bien fraternellement, Shalom,
Ulrich Rusen-Weinhold »

« Aux jeunes de 15-20 ans de nos églises,

par ce message je vous invite à notre grande journée de jeux et énigme le 05 juin à partir de 10h (jusqu’à 16h30 environ).
Nous vous donnons rendez-vous au 58 rue Madame au Temple de Luxembourg.
La situation sanitaire nous y oblige : vous êtes priés d’apporter un pique-nique et un gobelet pour le déjeuner!

Inscription gratuite sur, http://tinyurl.com/RencontresJeunesse-IdF

Pour plus de renseignement: ulrich.weinhold@protestants.org ou 07.82.11.40.80

A très bientôt pour une journée très chouette,
Shalom, Ulrich »

Vous trouverez ci-dessous les lectures et la prédication de ce matin.
Pour vous inscrire au culte de dimanche prochain (10h30), il vous suffit de nous contacter par mail (Voir première page du site !).
Vous pouvez soutenir votre Église et sa mission par vos dons en cliquant ici.

Lecture

Matthieu 28 : 16-20

Les onze disciples partent pour la Galilée. Ils arrivent sur la montagne où Jésus leur a dit d’aller.
En voyant Jésus, ils l’adorent mais certains hésitent à croire.
Jésus s’approche et leur dit : « J’ai reçu tout pouvoir au ciel et sur la terre.
Allez chez tous les peuples pour que les gens deviennent mes disciples. Baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint.
Apprenez-leur à obéir à tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.  »

Prédication

ce dimanche, dans beaucoup d’Églises chrétiennes, c’est la fête de la trinité, du Dieu unique à la fois Père et Fils et Esprit saint.

Trinité, c’est un nom qu’on donne à Dieu. Dans la Bible, Dieu s’appelle Elohim, El Shaddaï, El Olam (« El… »). Il y a aussi ce nom imprononçable, les quatre lettre YHWH qu’on transcrit parfois Iahvé, qu’on traduit par « Je suis », qu’on lit généralement « Adonaï » (Seigneur, Éternel…) et qu’on interprète comme voulant dire de Dieu qu’il est un Dieu avec et pour son peuple, le peuple de ses ami·e·s.

Pour parler de Dieu, on utilise aussi des expressions comme « l’Ange du Seigneur » ou « le Royaume des Cieux » ou « le Souffle de Dieu ». La Bible multiplie les images : Dieu est comme un promeneur (dans un jardin ou sur la terre), une ours, un potier, une mère (Ps 131,2) qui met au monde son enfant (Dt 32,18), qui l’allaite (És 49,15) qui console (66,13) et l’aime avec tendresse (49,15)…  

Dans les livres chrétiens, on utilisera ensuite le même mot (kyrios, le Seigneur) pour parler à la fois de Dieu et de Jésus. Autrement dit, Jésus s’appelle Dieu. Lorsqu’il dit « Je suis ceci » ou « Je suis cela », par exemple : « Je suis le chemin » ou « Je suis la vie », il nous annonce une Bonne Nouvelle, celle d’un Dieu qui est là avec nous, celle d’un Dieu qui fait des merveilles pour nous. Jésus dira même : « J’ai voulu vous rassembler, comme une poule rassemble ses poussins ».

À la fin, Dieu nous dépasse complètement. On parle de lui au singulier, mais on le connaît – toujours imparfaitement – sous différents aspects. S’attacher à l’un de ses aspects en particulier, c’est risquer de perdre se perdre dans l’océan de notre imagination et de nos superstitions. C’est aussi risquer de perdre son temps…

Dans le même temps, parler « de Dieu », comme autrefois on parlait de Zeus (c’est le même mot), c’est courir le risque de l’enfermer, de le limiter, d’en faire un vieillard sur son nuage ou d’en parler comme on parlerait de la courge qu’on vient d’acheter au marché, d’une chaise ou d’un bouton de chemise (un objet).

Reconnaissant les limites de l’intelligence humaine, le judaïsme, au fil du temps, a pris l’habitude, aujourd’hui bien ancrée, de ne pas prononcer le nom de Dieu. Dieu est insaisissable, même par la parole – alors, autant rendre son nom imprononçable. Mais comme il est passionnant, ce Dieu, et qu’il faut bien parler de lui, on l’appellera alors Adonaï, « le Seigneur », en lui donnant les attributs d’un chef , ou tout simplement, « le Nom ».

Dans le christianisme, suite au bouleversement qu’a été la rencontre avec Jésus pour ses ami·e·s : sa vie, sa mort et son retour à la vie, son enseignement et les merveilles qu’il a faites, on s’est rendu compte que le meilleur moyen de parler de Dieu, c’était encore de parler de Jésus et que parler de Jésus, c’était parler de Dieu.

Et comme Jésus appelait Dieu son Père, se présentait comme son Fils et promettant de nous envoyer son Esprit après qu’il nous aura quitté (en montant au ciel), les premiers chrétiens ont fini par réaliser que toutes les images bibliques ou autres pouvaient se résumer à cette expression – le Père et le Fils et le Saint-Esprit, tout en étant elle-même un bon moyen, parce qu’imparfaite, de rappeler que Dieu nous dépasse complètement.

Dieu nous dépasse, mais il est proche de nous. Il est hors de notre portée, mais il nous tient dans sa main, avec beaucoup de tendresse – c’est ce mystère qu’on a fini par appeler, quelque part dans l’Afrique du Nord du troisième siècle, la Trinité, pour « triple unité ».

Dieu nous dépasse, mais il est proche de nous. Cette proximité c’est ce qu’on appelle l’amour. La Trinité, c’est une manière de dire que Dieu est amour. Le Père aime son Fils, qui le lui rend bien, dans un même Esprit d’amour partagé avec chacun·e d’entre nous – pour peu que nous le voulions bien, que nous nous laissions faire par lui plutôt que de lui résister.

Si Jésus demande à ses ami·e·s de baptiser celles et ceux qui le veulent bien au nom du Père et du Fils et de l’Esprit saint c’est que le baptême, c’est être plongé dans l’amour de Dieu.

L’amour de Dieu est là, offert à tout le monde, mais accepter cet amour, se laisser saisir par Dieu, entrer dans le mouvement de ses ami·e·s partout sur terre, c’est cela, être baptisé.

Le baptême, c’est un moment de partage dans le bon esprit, pour toute la vie. C’est découvrir, ou reconnaître pour son enfant, qu’il ou elle est un fils ou une fille de Dieu, tout comme, dans la Bible, le Père annonce que Jésus est son Fils au moment où l’Esprit, comme une colombe, descend sur lui.

Être baptisé, c’est laisser Jésus nous apprendre que la mort n’est pas la fin et que la vie est plus forte. C’est découvrir que nous pouvons dépasser la peur de la mort, la peur de l’autre (c’est la même chose) en demandant à Dieu, cette Trinité si pleine d’amour, l’amour qui nous manque au quotidien. Être baptisé, c’est alors vivre en compagnie de Jésus une vie qui n’en devient pas plus facile, mais qui en vaut la peine.

Dieu nous dépasse. L’amour nous dépasse. Pardonner à ceux qui nous ont fait du mal, c’est hors de notre portée. La patience, la bonté, la maîtrise de soi et la confiance dans les autres ; l’amour, la joie, la paix, l’esprit de service et la douceur, voilà ce qui nous manque.

Mais Jésus nous apprend que toutes ces choses qui nous manquent, nous pouvons les demander à Dieu, qui nous les donnera. En tant que parents, parrains ou marraines, frères et sœurs en Christ, nous ne pouvons pas transmettre grand-chose à nos enfants, ceux de notre famille, de notre communauté… Mais nous pouvons demander à Dieu l’amour qui nous manque, la confiance en la vie qui nous manque, et encourager nos enfants à faire de même, à leur tour.

La foi, ça ne se transmet pas. Mais nous pouvons encourager, par notre exemple, une attitude de confiance envers Dieu : compter sur son secours, lui demander son aide. C’est ce qu’on appelle la prière. Cela se transmet. Faire confiance à Dieu pour aimer à notre tour, c’est notre mission à tou·te·s. C’est avec cette mission que Jésus nous envoie dans le monde. Amen

Guilhem Riffaut, pasteur

Texte lu : Actes 1, v.1-14.

1 Théophile, j’ai parlé, dans mon premier livre, de tout ce que Jésus a commencé de faire et d’enseigner dès le commencement
2 jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir donné ses ordres, par le Saint-Esprit, aux apôtres qu’il avait choisis.
3 Après qu’il eut souffert, il leur apparut vivant, et leur en donna plusieurs preuves, se montrant à eux pendant quarante jours, et parlant des choses qui concernent le royaume de Dieu.
4 Comme il se trouvait avec eux, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre ce que le Père avait promis, ce que je vous ai annoncé, leur dit-il ;
5 car Jean a baptisé d’eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit.
6 Alors les apôtres réunis lui demandèrent : Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d’Israël ?
7 Il leur répondit : Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité.
8 Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre.
9 Après avoir dit cela, il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux.
10 Et comme ils avaient les regards fixés vers le ciel pendant qu’il s’en allait, voici, deux hommes vêtus de blanc leur apparurent,
11 et dirent : Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu allant au ciel.
12 Alors ils retournèrent à Jérusalem, de la montagne appelée des Oliviers, qui est près de Jérusalem, à la distance d’un chemin de sabbat.
13 Quand ils furent arrivés, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient d’ordinaire ; c’étaient Pierre, Jean, Jacques, André, Philippe, Thomas, Barthélemy, Matthieu, Jacques, fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude, fils de Jacques.
14 Tous d’un commun accord persévéraient dans la prière, avec les femmes, et Marie, mère de Jésus, et avec les frères de Jésus.

Prédication

            Vous savez vraisemblablement que les Actes des Apôtres sont de la plume de Luc. A l’origine, son évangile et les Actes formaient un seul et même livre. On saisit mieux pourquoi son évangile s’achève par l’Ascension tandis que les Actes s’ouvrent sur elle, mais dans des termes différents ; elle n’en reste pas moins le point-charnière entre les deux écrits. Si on prend soin de les sommer, ces deux contributions qui forment le quart du Nouveau Testament sont adressées à Théophile (Lc 1, v.4 et Ac 1, v.1). Qui était donc cet homme ? Sans certitude aucune, soit un personnage important de la ville d’Antioche auquel Luc aurait été redevable, son éditeur par exemple, soit n’importe qui, vous ou moi, puisque l’étymologie de Théophile signifie « ami de Dieu ».

            Narrons, commentons, extrapolons.

La narration lucanienne

            De la façon la plus claire, Luc évoque « son premier livre » (v.1), donc son évangile, pour entamer notre récit. Il souligne qu’il y avait rapporté les faits, les gestes et les paroles de Jésus durant sa vie (v.2), étant entendu que, après son enlèvement au ciel, les apôtres qu’il avait choisis se trouveraient en charge d’en perpétuer le message avec l’aide de l’Esprit Saint. Non sans pertinence, le professeur Daniel MARGUERAT[1] note que le verbe choisi est « enlevé » au ciel, terme identique à celui employé dans l’Ancien Testament pour décrire la montée au ciel du prophète Elie. Dans ce souci de propager la Parole, il apparut à ses disciples pour leur parler « du règne de Dieu » et ce, pendant « quarante jours » (v.3). Comment ne pas établir de lien avec les quarante années d’Israël passées au désert (Nb 14, v.33), les quarante jours au terme desquels Moïse reçut la Loi (Ex 24, v.18) ou encore les quarante jours au cours desquels Jésus subit les tentations de Satan (Lc 4, v.2) ?           

            En enjoignant ses disciples de ne pas quitter Jérusalem (v.4), Jésus leur promet le vrai  baptême, celui qu’avait annoncé Jean le Baptiste (v.5), savoir l’onction de l’Esprit Saint qui, en l’espèce, interviendra à la Pentecôte. Ainsi sera inaugurée la nouvelle alliance non pas entre Dieu et son peuple, mais entre Dieu et le monde. Il y a transposition démographique et géographique.

            Les versets 6 à 11 relatent l’ascension de Jésus, cette « ascensio », mot latin issu du verbe « ascendere » qui traduit l’« action de monter ». Inquiets de sa prochaine disparition, les apôtres interrogent Jésus sur le moment du rétablissement du Royaume, ce à quoi il leur rétorque que nul ne connaît ni le jour ni l’heure. Seul Dieu est maître du temps. Toutefois, il leur promet qu’approche le moment – en vérité la Pentecôte – où l’Esprit saint les oindra pour faire d’eux les « témoins » de la bonne Nouvelle dans le monde entier. Puis il disparut en s’élevant dans une nuée. A noter l’importance de cette nuée : c’est dans une nuée que Jésus s’est trouvé transfiguré ; c’est dans une nuée qu’il s’élève au ciel – de la même manière que cela s’était produit lors d’une tempête pour le prophète Elie (2 Rois 2, v.11), ou, bien avant, quand Dieu décida de faire monter au ciel le patriarche Hénoch, l’arrière-grand-père de Noé (Gn 5, v.24) – ; c’est dans une nuée qu’il reviendra comme l’assurent les deux messagers de Dieu vêtus de blanc, peut-être ceux-là mêmes qui, quarante jours plus tôt, le matin de Pâques, avaient demandé aux femmes devant le tombeau pourquoi elles s’évertuaient à chercher le vivant parmi les morts (Lc 24, v.6) et qui, ici, font également valoir l’inutilité de tourner le regard vers le ciel. Toutefois, on observera que si les enlèvements d’Hénoch et d’Elie leur  avaient évité la mort, il en va autrement pour le Christ car il a été enlevé seulement après l’avoir traversée.

            Au verset 12, on quitte la scène de l’Ascension puisqu’il est écrit que les personnes qui étaient présentes s’en retournèrent à Jérusalem, « dans le rayon des déplacements permis par les autorités le jour du sabbat »[2]. Une fois arrivés, ils s’unirent tous dans la prière. Il y avait là les onze apôtres puisque Judas l’Iscariote n’était plus des leurs, Marie, mère du Christ et les frères de ce dernier, fait qui, à croire certains auteurs, corrobore la thèse protestante voulant que Jésus eut des frères.

Quelques commentaires

            Le récit lucanien de l’Ascension interpelle à plusieurs égards.

            D’un point de vue biblique, il est unique car il n’existe pas chez Matthieu, se situe dès le soir de la résurrection dans la version longue de Marc comme chez Jean, ou même dans l’évangile de Luc ! Un auteur, deux interprétations ? En fait, il faut prendre le temps dans un sens symbolique, celui d’épreuve par référence au nombre quarante évoquée plus haut.                                                                                                                                                                                                                                                             Dans le ton, ce récit surprend par sa simplicité. Comme la Résurrection, l’Ascension n’a rien de spectaculaire. Les deux scènes relèvent de la discrétion et de l’humilité : Jésus sort de la tombe dans la plus grande sobriété, et s’élève dans le ciel de manière similaire. En effet, une fois revenu à la vie, il aurait fort bien pu multiplier les apparitions à Jérusalem pour, en quelque sorte, décrédibiliser les personnes qui l’avaient condamné ; il n’en a rien été. De même, son envol au ciel aurait pu s’effectuer avec une majesté toute céleste (cf. les peintures de Giotto ou, trois cents ans plus tard, de Rembrandt), ou à grands renforts musicaux (cf. les œuvres de Jean-Sébastien Bach ou, au XXème siècle, d’Olivier Messiaen) ; il n’en rien été, puisque son retrait de notre monde s’est produit dans un simple ruban de nuée, sans tambour ni trompette.

            Un autre fait interroge. S’agit-il d’une montée ou d’une remontée au ciel ? La question est pertinente, car les évangélistes ne livrent pas la même version. Ainsi, par exemple, Jean est-il affirmatif en rapportant ce propos de Jésus : « Personne n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme » (Jn 3, v.13). A l’en croire, Jésus aurait déjà siégé aux côtés de Dieu avant que de descendre sur terre. Si tel est le cas, l’Ascension serait bien une remontée, et non une montée au ciel.

            Au plan théologique, l’Ascension ne doit pas être considérée uniquement comme telle. Elle prolonge la Résurrection et en dénote l’accomplissement : le Christ, relevé par le Père, retourne à Lui. Il s’extrait physiquement du monde pour désormais prendre place à Sa droite. Il n’est plus dans la tombe, encore moins sur la croix, car les deux sont vides. Il revient alors aux disciples, à tous les disciples, de prendre le relais pour annoncer la Bonne Nouvelle. Perce ici le thème du sacerdoce universel, cher aux Protestants…à bon escient !

            Un dernier point mérite d’être souligné : temps et espace sont totalement chamboulés dans ce texte. Au temps humain de l’Ascension, soit quarante jours après la mise en croix, s’oppose le temps divin, celui qui doit être consacré à l’évangélisation. Quant à l’espace, il explose : initialement borné à Jérusalem, il s’étend à la Judée, puis à la Samarie, pour s’étirer ensuite « jusqu’aux extrémités de la terre » (v.8).

            L’Ascension est à la fois terminaison et commencement : terminaison en ce qu’elle manifeste la fin de la présence physique du Christ et commencement en ce qu’elle dénote le début de la présence spirituelle de l’Église.

Libres propos

            Dans les mythologies, il y eut plusieurs montées aux cieux. Dans les faits également : Jules César ou, plus tard, Auguste connaîtront l’apothéose, c’est-à-dire leur élévation au rang des divinités au ciel. D’où des cultes à leur gloire. Et même aujourd’hui, on monte au ciel : hier dans la lune, aujourd’hui en orbite, demain sur Mars, et après ? Mais ne confondons pas le ciel comme une étendue visible enrobant la terre, mais comme une enveloppe invisible cernant l’univers façonné par son Créateur. Bref, avec toute l’admiration que nous lui portons, Thomas PESQUET ne s’est pas rapproché de Dieu. Reconnaissons que ce n’est du reste pas le but de sa mission !

            Ici, l’Ascension n’est que prélude à la parousie, car Christ reviendra. Ce n’est pas une affirmation, mais une certitude, étayée plus de trois cents fois dans le Nouveau Testament. Jésus lui-même fait mention de son retour. Comme vous le savez, la parousie est la seconde venue du Christ : en cela, elle est la figure inversée de l’Ascension. Décrite en majesté dans les peintures et les mosaïques catholiques ou par un trône vide signifiant l’attente dans les représentations orthodoxes, cette seconde descente du Christ marquera la fin des temps arrêtée  par son Père. Aussi peut-on, suivant Karl BARTH, ébaucher une interprétation protestante en trois temps : la résurrection – la descente de l’Esprit saint à la Pentecôte – la venue du dernier Jour, en veillant à ne pas les appréhender comme une séquence mais comme un continuum.

            Entre terminaison et commencement, il y a séparation. Ce thème paraît central. Quand l’enfant s’extrait du corps de sa mère, cesse l’allaitement, quitte ses bras pour accomplir ses premiers pas, ne sont-ce pas là autant de séparations d’avec sa génitrice ? Quand il se rend à l’école, apprend à faire du vélo ou à nager, connaît ses premiers émois, ne sont-ce pas là aussi des signes d’émancipation, marqueurs de ruptures ? Quand il achève ses études pour trouver un emploi, s’éprend d’une âme sœur, bâtit une maison, ne sont-ce pas là des manifestations d’autonomie individuelle, donc de brisure des liens de dépendance des années antérieures ? Quand, à son tour, il voit ses parents décliner et partir, regarde sa descendance grandir, enterre son conjoint, ne sont-ce pas là autant de séparations, sans faire état de celles qu’occasionnent la maladie, la folie, la guerre ou le divorce ? Mon propos n’est pas de vous dérouler le film d’une vie que chacun d’entre nous perçoit mieux avec les années, mais de vous signifier que la séparation lui est consubstantielle. La vie n’est qu’une suite de séparations qui, dès lors qu’elles sont bien négociées, engendre un surplus de libertés et de responsabilités. A nous de mettre ce temps à profit, non pour regarder au ciel, mais pour annoncer la Parole, parce que l’Ascension n’est autre que le point de départ de la mission de l’Église, mission qui est nôtre.

            Jésus a quitté ce monde, certes, mais grâce à l’Esprit saint, il reste au milieu de nous, mieux, il vit en nous et est notre avocat auprès de Dieu. Le moment venu, il reviendra pour nous chercher, car, ne l’oublions jamais, il est la porte qui nous mènera au Père. Rappelons-nous cette promesse de Jésus rapportée par Jean : « « Si donc je m’en vais vous préparer une place, je reviens vous prendre auprès de moi, pour que là où, moi, je suis, vous soyez, vous aussi. Et là où moi je vais, vous en savez le chemin. Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons pas où tu vas ; comment en saurions-nous le chemin ? Jésus lui dit : c’est moi qui suis le chemin, la vérité et la vie. Personne ne vient au Père sinon par moi » (Jn 14, v. 3-6).

            Ce qu’il faut saisir dans le texte de ce jour, c’est que cette glorification de l’Ascension du Christ sous sa forme humaine deviendra un jour nôtre. Comment ne pas saisir que de toute épreuve fait grandir ? Après son errance, le peuple d’Israël atteint le pays de Canaan ; après sa crucifixion, Jésus rejoint son Père ; après notre mort, le Christ viendra nous chercher.  L’Ascension est un temps fort car elle signale l’entrée du Fils dans la gloire du Père, et aussi un temps de réjouissance car elle préfigure notre propre ascension.

            Au fait, quand on parcourt le livre des Actes, on s’aperçoit qu’il n’a pas d’achèvement. Tout simplement parce qu’après les actes des apôtres, ce sont les nôtres qui doivent intervenir. Alors, qu’attendons-nous ? Debout, sortons et allons témoigner !

            Ainsi soit-il.

                                                                                                  Alain REDSLOB

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[1] D. MARGUERAT : Les Actes des apôtres, volume 1, éd. Labor & Fides, 2015, p.38.

[2] Après recherche, il s’agirait de deux mille coudées, soit 1 120 mètres.

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Lecture

Jean 15 : 9-17

Je vous ai aimés comme le Père m’a aimé. Restez dans mon amour.

J’ai obéi aux commandements de mon Père et je reste dans son amour. De la même façon, si vous obéissez à mes commandements, vous resterez dans mon amour.

Je vous ai dit cela pour que vous ayez ma joie et pour que votre joie soit complète.

Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés.

Si quelqu’un donne sa vie pour ses amis, c’est la plus grande preuve d’amour.

Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande.

Je ne vous appelle plus serviteurs. En effet, le serviteur ne sait pas ce que son maître fait. Je vous appelle mes amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai entendu chez mon Père.

Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis. Je vous ai envoyés produire des fruits, et des fruits qui durent. Ainsi, mon Père vous donnera tout ce que vous lui demanderez en mon nom.

Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.

Prédication

« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » S’il y a quelqu’un à qui on peut faire confiance lorsqu’il parle d’amour, c’est Jésus. Parce que Jésus parle d’amour alors qu’il a été beaucoup haï.

Aujourd’hui, bien sûr, tout le monde aime Jésus. Il est le Dieu des chrétiens, l’un des plus célèbres rabbins, le prophète Issa de l’Islam. Pour d’autres, il est un grand humaniste, ou un maître à penser. Il est un personnage exemplaire pour de nombreux bouddhistes, ou encore un avatar de l’Unique dans l’hindouisme. Enfin, pour beaucoup d’athées, d’agnostiques ou de personnes indifférentes, il reste une figure sympa de la pop culture.

Pourtant, dans la Bible, Jésus divise. Il provoque la haine. Chez Jean, Jésus est un homme plutôt jeune (il n’a « pas encore cinquante ans » (8,57)), qui dit qu’il vient du ciel et qui appelle Dieu « mon Père ». Lorsqu’il dit cela, ses ennemis lui répondent qu’ils connaissent son père Joseph et sa mère et qu’il ne vient pas du ciel.

Il promet la vie à celles et ceux qui mangent son corps et boivent son sang. Quand il dit cela, ses propres disciples trouvent que Jésus a des mots durs à entendre. À cause de cela, beaucoup de disciples s’en vont et n’accompagnent plus Jésus

Même les frères de Jésus ne croient pas en lui.

Cela n’arrête pas Jésus, qui change l’eau en vin à un mariage, guérit un enfant, un paralysé et un aveugle. Il nourrit une grande foule avec cinq pains d’orge et deux petits poissons. Il marche sur l’eau et il rend la vie à son ami Lazare.

Mais Jésus divise. Parmi les foules, les uns disent : « C’est quelqu’un de bien ». D’autres disent : « Non, il trompe les gens ». Les chefs religieux envoient des gens pour l’arrêter, mais les gardes croient en lui. Quelques-uns disent : « C’est vraiment lui le Prophète ! ». D’autres disent « C’est lui le Messie ! ». Mais d’autres encore lui tendent des pièges (juger la femme adultère). On cherche toujours à l’arrêter, mais personne ne peut le prendre.

On lit : « Ainsi, à cause de Jésus, les gens ne sont pas d’accord entre eux. »

Jésus divise, provoque la haine, au point que certains veulent le faire mourir. Il y a cette dispute, au cours de laquelle Jésus dit : « Avant qu’Abraham existe, je suis. » Quand ils entendent ces mots, ses adversaires ramassent des pierres pour les lancer sur Jésus. Les ennemis de Jésus lui en voulaient déjà beaucoup, mais lorsqu’il dit simplement « Je suis », ils sont prêts à le faire mourir sur place. Les choses tournent au vinaigre…

Je suis, dans la Bible, c’est le nom de Dieu. Ou plutôt, c’est le nom que Dieu, apparu dans une flamme au milieu d’un buisson, donne à Moïse : « Je suis qui je suis [heyeh asher heyeh]. Voici ce que tu diras aux Israélites : « Je suis m’a envoyé vers vous ».

Lorsque Jésus a cette parole, « Je suis », on l’accuse donc d’insulter Dieu. De se prendre pour Dieu.

Alors Jésus part se réfugier loin de Jérusalem, en Galilée. Mais quand il apprend que son ami Lazare est mort, Jésus retourne dans la région de Jérusalem, là où sa vie est en danger. Jésus s’en va risquer sa propre vie pour rendre la vie à son ami.

Et c’est parce que beaucoup de monde a vu ce que Jésus a fait et se met à croire en lui que les chefs religieux décident à leur tour de le faire mourir.

Jésus provoque la haine (« Ils m’ont détesté sans raison » Ps 35,19 ; 69,5). « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé ». Lorsqu’il dit cela, Jésus sait que Judas va le livrer et Pierre l’abandonner. Jésus est de plus en plus seul, il sait qu’il va être arrêté, qu’il vit sa dernière heure. Et il nous parle d’amour.

Alors, qu’est-ce que c’est, l’amour ? L’amour, nous dit Jésus, c’est le lien qui unit le Père au Fils à ses ami·e·s (de amare, aimer) et qui unit les amis de Jésus entre eux. L’amour, c’est un trait d’union.

L’amour, c’est d’abord une manière de vivre. Vivre en compagnie de Dieu et les un·e·s avec les autres. Lorsque Jésus dit qu’il est le pain, la lumière, la porte, le bon berger, la résurrection, la vie, le chemin, la vérité, la vigne, il nous parle d’un Dieu de partage, de relation et d’union. Ton pain, mon pain, c’est le même pain (pensez à la Cène). Ta lumière, ma lumière, c’est la même lumière, le même Dieu. Ton chemin c’est mon chemin, un seul et même chemin qu’on appelle Jésus. Le Père est le vigneron, Jésus la vigne, nous sommes les branches et c’est ainsi, attachés à lui, que nous portons ce fruit qu’est l’amour, son amour, comme sa sève.

Aimer, c’est mettre en commun, c’est donner. Jésus aime en donnant sa vie pour son ami Lazare. Il nous aime en donnant sa vie pour chacun·e d’entre nous. Dans son amour, Jésus est comme un sauveteur qui laisse sa vie en nous tirant hors de danger, et par reconnaissance envers lequel on choisit de vivre différemment, pour ne plus que ça se reproduise.

Aimer c’est donner son pardon à celui ou celle qui ne le mérite pas, tout comme Dieu nous pardonne et nous offre une nouvelle chance, alors que nous ne le méritons pas.

Aimer, c’est transmettre. C’est partager avec d’autres ce que nous tenons de Dieu, ce qu’il nous a lui-même donné. C’est un geste d’ouverture. C’est desserrer le poing pour ouvrir la main. C’est faire confiance à Dieu plutôt qu’à soi-même, lui faire confiance pour faire de nous ce qu’il veut. Et ce qu’il veut, c’est que nous nous aimions les un·e·s les autres comme il nous aime.

Aimer, c’est faire place, dans nos vies, à Dieu et à l’autre. C’est demander à Dieu l’amour qui nous manque afin que cet amour nous remplisse et déborde. C’est demander à Dieu la lumière qui nous manque, afin d’y voir clair et de rayonner à notre tour les uns pour les autres.

« Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. » Jésus ne dit pas qu’il faut que nous nous aimions mutuellement parce qu’il nous le commande. Ça, c’est ce que font le serviteur ou la servante, qui font ce qu’on leur demande en attendant un salaire, une récompense finale. Mais ça, ça n’est pas les ami·e·s. Jésus dit, au contraire, que, lorsque nous retrouverons à aimer, alors,  nous saurons que nous sommes ses ami·e·s. Quand vous aimez gratuitement, sans rien attendre en retour, vous êtes mes ami·e·s.

Aimer, c’est au-dessus de nos forces. Notamment lorsqu’il s’agit d’aimer ses ennemis, car nous voulons quelque chose en retour, nous voulons que justice nous soit rendue. C’est pourquoi il nous faut demander à Dieu son aide. Son aide pour nous laisser faire, pour laisser son amour nous changer, nous traverser, nous motiver. Jésus dit ainsi : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis. Je vous ai envoyés produire des fruits, et des fruits qui durent. Ainsi, mon Père vous donnera tout ce que vous lui demanderez en mon nom. » Dieu aime, alors, demandons-lui son aide. Faisons-lui confiance pour nous aimer, nous aider, car c’est la seule chose que nous puissions faire : lui faire confiance.

C’est la seule chose que nous puissions faire, nous laisser faire par Jésus en lui demandant son aide jour après jour pour aimer à notre tour. Mais cela, c’est déjà beaucoup, car cela fera de nous des ami·e·s. Ses ami·e·s. Et ça, c’est une promesse de justice. La justice de Dieu. Amen.

Guilhem Riffaut, pasteur

Événements à venir

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