Le culte a lieu au temple tous les dimanches à 10h30

Le temple :
9B av. de la Gare
78280 Montigny le Bretonneux

Pasteur : M. Guilhem RIFFAUT
01 30 69 09 02
pasteur@epusqy.org

Présidente du conseil presbytéral :
Mme Hanta RAJAONA
01 30 54 94 58
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Hugues Fouchier

Bonjour à toutes et à tous,

Voici quelques lignes sur l’évangile de dimanche dernier. En attendant de vous retrouver, dimanche prochain à 10h30. Pensez à vous inscrire par retour de mail ou au 06 46 33 65 29 😉

Lecture

Alors les Pharisiens se réunissent. Ils cherchent comment prendre Jésus au piège en le faisant parler.

Ils envoient vers Jésus quelques-uns de leurs disciples avec des gens du parti d’Hérode. Ces gens-là disent à Jésus : « Maître, nous le savons, tu dis la vérité. Tu enseignes en toute vérité ce que Dieu nous demande de faire. Tu n’as peur de personne, parce que tu ne regardes pas l’importance des gens.

Dis-nous donc ce que tu penses : est-il permis ou non de payer l’impôt à l’empereur romain ? »

Mais Jésus connaît leur méchanceté et il leur dit : « Hommes faux ! Pourquoi est-ce que vous me tendez un piège ?

Montrez-moi l’argent qui sert à payer l’impôt ! » Ils lui apportent une pièce d’argent.

Jésus leur dit : « Sur cette pièce, il y a l’image et le nom de quelqu’un. De qui donc ? »

Ils lui répondent : « De l’empereur. » Alors Jésus leur dit : « Eh bien, rendez à l’empereur ce qui est à l’empereur. Et rendez à Dieu ce qui est à Dieu. »

Quand ils entendent cela, ils sont très étonnés. Ils laissent Jésus et s’en vont. (Matthieu 22,15-22)

Le recensement de Bethléem, préalable au paiement de l’impôt en question, le cens, par Brueghel l’Ancien.

Méditation

Les pharisiens veulent tendre un piège à Jésus. Les pharisiens sont les membres d’un mouvement de renouveau de la piété juive par l’observation de 613 commandements tirés de la Bible, qui est aussi un mouvement de résistance à l’occupation romaine et aux influences grecques dans la société.

Dans la littérature chrétienne, les pharisiens sont présentés comme des adversaires de Jésus. C’est le cas dans l’Évangile selon Mathieu, où ils représentent ceux qui s’attachent à la lettre de la loi religieuse plutôt qu’à son esprit. Les pharisiens sont ceux qui privilégient la forme sur le fond. Ceux qui ne voient que des commandements particuliers, et pas la règle d’or de l’amour qui préside à tous.

D’adversaires, il arrive qu’ils deviennent amis de Jésus. Dans l’Évangile selon Jean, on trouve un pharisien, Nicodème, parmi les premiers disciples de Jésus. Un autre pharisien célèbre, devenu chrétien, c’est Paul.

La littérature chrétienne n’est pas tendre avec les pharisiens, mais de tous les courants du judaïsme de l’époque, c’est bien du pharisaïsme que Jésus est le plus proche. C’est bien avec eux qu’il échange le plus. La question est de savoir comment interpréter la loi religieuse, la loi de Moïse. Les pharisiens proposent  donc d’établir une liste de 613 commandements à partir de la Bible, tandis que pour Jésus, un seul d’entre eux résume tous les autres : « Tu dois aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ton intelligence. » Un commandement qui pour Jésus est synonyme de « Tu dois aimer ton prochain comme toi-même. »

Au passage, on considère de nos jours les pharisiens comme les ancêtres du judaïsme rabbinique actuel. Bien sûr, les confrontations, les persécutions du passé entre juifs et chrétiens ont laissées place au dialogue et à la rencontre, à un chemin de réconciliation, sur lequel il reste évidemment beaucoup à parcourir. Les protestants français peuvent s’inspirer de l’exemple de Calvin, qui avait un grand respect pour judaïsme, une grande compassion pour les juifs, à une époque où la haine des juifs était courante de la part des chrétiens.

Ici, quoiqu’il en soit, les pharisiens ont le rôle des méchants. Pour piéger Jésus, ils vont à sa rencontre accompagnés de représentants d’un autre groupe, les partisans d’Hérode  – le même roi Hérode II Antipas qui a assassiné Jean-Baptiste quelques chapitres plus tôt. Surtout Hérode ne doit son pouvoir qu’au bon vouloir des Romains.

Nous voyons donc les pharisiens, qui espèrent voir les romains partir, s’allier aux partisans d’Hérode, qui espèrent, eux, voir les romains  rester. Ensemble, font équipe pour essayer de disqualifier Jésus.

Pour ce faire, ils  demandent à Jésus s’il faut payer l’impôt à l’empereur de Rome. Si Jésus répond oui, comme les partisans d’Hérode, il passera pour un traître aux yeux du peuple qui souhaite être débarrassé des romains et qui subit l’impôt. Mais si Jésus répond non, comme les pharisiens, il passera pour un agitateur qui pousse le peuple à la révolte. Dans les deux cas, Jésus risque sa vie.

La réponse de Jésus, bien sûr, n’est ni oui ni non, mais : « Rendez à l’empereur ce qui est à l’empereur et rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». Cela veut surtout dire : payez l’impôt comme les partisans d’Hérode, mais priez Dieu qu’il chasse les romains (c’est-à-dire, que le sauveur, le Messie, le Christ arrive et vous en libère).

Qu’on pense, au 20ème siècle, à tous les mouvements de résistance qui ont requis de leurs membres qu’ils se glissent dans la foule. Qu’on pense à la résistance à l’occupation allemande en France, ou aux luttes pour la fin de la colonisation française en Afrique et en Asie…

Lorsque Jésus dit « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu », il annonce aussi sa mort et son retour à la vie. Seulement, s’il s’agit bien d’espérer la venue prochaine du Messie, celui-ci ne sera pas tout à fait comme les pharisiens l’espéraient. Car c’est bien lui, Jésus, le libérateur tant attendu. Contrairement à l’attente des pharisiens, il ne s’en prendra pas directement aux Romains (qui vont pourtant l’assassiner).

Mais par sa victoire sur la mort, Dieu dénonce à travers lui ce qu’il y a de pourri dans l’empire romain et dans tous les pouvoirs fondés sur la violence. Le pouvoir de l’empereur repose sur du sable, tandis que la puissance de Dieu, autrement dit l’amour, quand bien même il a pour nous toutes les apparences de la faiblesse, est source de vie pour l’humanité.

« Rendez à l’empereur ce qui est à l’empereur, rendez à Dieu ce qui est à Dieu », c’est ainsi : laissez la violence à l’état (ou au marché), et cultivez plutôt l’amour entre vous. Car dans l’amour, on peut bâtir des relations justes entre les êtres humains (c’est ce qu’on appelle la communion).

Le peuple de Dieu, c’est ainsi le peuple des hommes et des femmes libérés des Romains, des Égyptiens, de la peur, de la violence et de la mort. C’est le peuple des hommes et des femmes qui, confiants leurs vies à Dieu, choisissent de vivre aujourd’hui sur terre comme demain au ciel.

Dieu nous invite tous à faire partie de son peuple. Certains des disciples de Jésus, nous l’avons dit, étaient pharisiens. D’autres étaient romains. D’autres d’ailleurs encore. Que l’on soit juif où non-juif n’a pas d’importance : Jésus accueille tout le monde.

Bien sûr, quand Jésus nous invite à rendre à l’empereur ce qui est à l’empereur, il ne nous appelle pas bêtement à collaborer avec l’injustice – car l’impôt en question était un impôt injuste, pesant plus lourdement sur les pauvres (kēnson dans le texte, en français le cens, une taxe qui est la même pour tous). Souvenons-nous plutôt des paroles de Jésus sur la montagne : « Si quelqu’un vous fait du mal, ne vous vengez pas. Au contraire, si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre joue. Si quelqu’un veut te conduire au tribunal pour prendre ta chemise, laisse-lui aussi ton vêtement. Si quelqu’un te force à faire un kilomètre à pied, fais-en deux avec lui.  » C’est un appel à vaincre la méchanceté par l’amour. C’est  une manière de dire : « J’ai confiance en  Dieu  pour me libérer, je vais faire ce que toi, mon ennemi, tu m’as demandé. Mais toi, as-tu as ce point confiance en celui que tu sers ? Sinon, pourquoi ne pas devenir plutôt mon ami, en Christ ? ».

Cette confiance en Dieu, nous ne pouvons rien faire pour l’obtenir. Si ce n’est, nous laisser faire par Dieu. Laisser son Esprit nous conduire, dirait Paul. Laisser Dieu entrer dans nos vies et nous transformer. C’est lorsque nous résistons à son amour que nous devenons méchant. Or, ce n’est pas à son amour qu’il faut résister, nous dit Jésus, mais à l’empereur. Et le meilleur moyen de résister à l’empereur, c’est de nous laisser faire par Dieu, c’est de l’aimer, lui qui nous donne tout l’amour dont nous avons besoin chaque jour. Or justement, le meilleur moyen d’aimer Dieu, c’est souvent d’aimer son prochain, fusse-t-il notre ennemi.

Dieu nous appelle à l’amour entre nous. Et pour ce faire un seul moyen : nous laisser faire. Laisser son Esprit saint nous transformer, ne plus lui résister. Accepter enfin de rendre à Dieu ce qui est à Dieu. C’est-à-dire, nos vies.

Amen.

Guilhem Riffaut, pasteur

Le groupe « Veillez et priez » nous invite à une réunion de prière au temple le mercredi 7 octobre à 19h15 (avec respect des règles sanitaires)

(Jacques 5, v.7-11)

Soyez donc patients, frères jusqu’à l’avènement du Seigneur. Voici, le laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard, jusqu’à ce qu’il ait reçu les pluies de la première et de l’arrière-saison. Vous aussi, soyez patients, affermissez vos coeurs, car l’avènement du Seigneur est proche. Ne vous plaignez pas les uns des autres, frères, afin que vous ne soyez pas jugés: voici, le juge est à la porte. Prenez, mes frères, pour modèles de souffrance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Voici, nous disons bienheureux ceux qui ont souffert patiemment. Vous avez entendu parler de la patience de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur lui accorda, car le Seigneur est plein de miséricorde et de compassion.

            Qui était Jacques et à qui s’adressait-il ? Deux questions auxquelles il est fort délicat de répondre.

            A la première, quatre possibilités se présentent à nous : l’apôtre Jacques le Majeur, fils de Zébédée et frère de Jean, l’apôtre Jacques le Mineur, fils d’Alphée, Jacques, frère de Jésus, ou encore Jacques, père de l’apôtre Jude. Si la première et la troisième conjecture semblent recevables, cette dernière, donc la thèse du frère de Jésus, paraît la plus vraisemblable et ce, pour plusieurs raisons : 1/ il y est question d’un personnage important ; or, ce frère de Jésus a présidé l’Eglise de Jérusalem où son autorité ne faisait aucun doute (cf. Ac 12, v.17, Ac 15, v.13ss et Ac. 21, v.18) ; 2/ les enseignements de Jacques et de Jésus se recoupent à plusieurs égards tant il est vrai que, comme les écrits des évangélistes synoptiques le rapportent, beaucoup d’images se référant à la nature prennent place dans cette épître ; 3/ des tournures stylistiques y proviennent du judaïsme hellénistique : références multiples aux préceptes du Premier Testament, usage fréquent de la forme répétitive, reprise en début de verset de mots consignés à la fin du précédent…

            La réponse à la seconde question est tout aussi malaisée. Datée tantôt de l’an 60, tantôt de vingt ans plus tôt, cette épître est une des sept appelées « générales » car ne s’adressant pas à une communauté donnée. Plus que d’une missive, elle forme un sermon dédié aux Chrétiens juifs où, un peu sur le mode des Proverbes, il est consigné que l’appartenance à la religion implique le respect de valeurs essentielles : la foi, la mise en conformité des actes avec elle, l’humilité, la sagesse, le respect de la langue maternelle…

            Si c’est le thème de la patience qui a été retenu ce jour, c’est, d’une part, parce que lui ou son antonyme, i.e. l’impatience, nous hante tous les jours, et, de l’autre, parce qu’il dévoile une perspective tout à fait inouïe.

            Plongeons-nous donc dans le texte avant que d’en esquisser une extrapolation.

Une narration interprétée à la lumière du passé

            Cette péricope, on le concédera, est aussi courte que riche.

            Elle s’ouvre par une exhortation, celle de prendre patience jusqu’à l’avènement du Seigneur (v.7), à l’image du cultivateur qui attend les produits précoces et tardifs de son travail. Que ce soit la pluie dans l’immédiateté ou la récolte à horizon plus lointain car les deux traductions sont envisageables, à la limite peu importe. Ce qui compte, c’est l’aptitude à attendre, puisqu’il est affirmé que le moment de la parousie s’est rapproché (v.8). Il ne s’agit pas d’une attente passive, mais active. Permettez à l’économiste que je suis d’effectuer une incise. Dès 1758 se constitua en France une école dite physiocratique ou encore, de manière plus éloquente, agrarienne, sous l’égide de son chef de file, le docteur François Quesnay. Elle prétendait que la terre était l’unique source de la richesse au motif que son rapport était de loin supérieur à son ensemencement, et ajoutait que – et cela n’étonnera guère dans la France de Louis XV ! – le surplus ainsi dégagé entre la moisson et les semis était l’œuvre de la divine providence. De l’utilité pour ces nourriciers des peuples et ces gardiens des paysages que sont les agriculteurs d’attendre que la transformation de la graine opère ! Dans notre texte, la parénèse, ou si vous préférez l’exhortation, est en tout point identique : elle vise l’attitude de l’agriculteur qui, non sans sagesse, s’arme de patience afin que la nature lui octroie le fruit de son labeur. Bref, il lui faut savoir endurer ; en réalité, dispose-t-il d’un choix autre ? Traduisez cette métaphore de l’agriculteur en attente comme un encouragement délivré aux Chrétiens à tenir bon dans la perspective de l’avènement de notre Seigneur, ni plus ni moins. Nous nous situons aux confins des oracles proférés par Amos, Malachie ou encore Esaïe et des visions néotestamentaires tirées des Evangiles, des lettres de Paul, ou des épîtres de Pierre et de Jean : de même que, dans le Premier Testament, Dieu veillait à pourvoir aux besoins de son peuple, de même, dans le Second, le Christ enseigne que la persévérance dans la foi aura l’élection pour récompense.

            Au verset suivant (v.9), les Chrétiens sont appelés à ne pas se plaindre les uns des autres, et ce d’autant que « le juge se tient aux portes ». En d’autres termes, ne vous épuisez pas en vaines querelles et ne gémissez point : si se chamailler est stérile, gémir ne sert à rien.  Bien au contraire, dépensez votre énergie à consolider la cohérence de la communauté et à surmonter les épreuves qui vous affligent personnellement. Jacques invoque avec pertinence les exemples de Job et de Jésus (v.10). D’ailleurs et curieusement, les écrits de Job n’ont pas d’origine précise eux aussi ; appartenant aux livres de « Poésie et de sagesse », ils relatent une histoire ancestrale du temps des patriarches. De sorte que suite aux monologues de Job et aux dialogues avec ses trois amis Eliphaz, Bildad et Tsophar puis à l’intervention accusatrice du jeune Elihou, tout le livre enseigne que, comme Job, il convient de rester ferme dans sa foi, quelles que soient les contrariétés que la vie occasionne, et reconnaissons à cet égard que Job a eu son comptant (assassinat des siens, perte de ses troupeaux, ulcère généralisé de son corps à l’instigation de Satan). Quant au Christ, également signalé par Jacques, on en connaît la destinée terrestre effroyablement douloureuse.

            De la façon la plus claire, le passage de ce jour s’achève sur le fait que se trouvent « bienheureux ceux qui ont enduré » (v.11-a) : la fermeté et la persévérance apparaissent une nouvelle fois comme vertus. Puis, « l’endurance de Job » (v.11-b) est remise à l’honneur dans le sens qu’on voudra bien lui donner : soit le rétablissement de Job dans ses biens (Jb 42, v.10-15), soit le fait que Dieu, sans lui répliquer directement, lui donne raison face à ses contradicteurs, puisqu’Il affirme que sa souveraineté est une réalité que l’homme ne peut discuter (Jb 38 & 39). La présence de Dieu s’impose à toute chose, car elle seule peut atténuer nos souffrances. C’est clair : l’affliction ne doit en aucun cas faire obstacle à la persévérance. Un éclair subit et fantastique, celui du Christ, zèbre notre récit parce qu’au travers de la théophanie de Job la souffrance endurée par notre Seigneur au Golgotha s’illustre. Bien que Fils de Dieu, il y a été torturé pour endosser les errements de l’humanité toute entière, mais, au terme de tous ses horribles tourments, n’a-t-il pas accédé à la droite de son Père ?

Une projection suggérée de l’avenir

            L’impatience comprime le temps, interdisant ainsi de le goûter. Elle est humaine, très humaine, trop humaine, parce qu’il est difficile d’être patient devant tant de fléaux sociétaux : la guerre, le terrorisme, l’injustice, la misère, l’insécurité, la maltraitance, autant de sujets qui révulsent ! La patience, à l’inverse, détend le temps en autorisant d’autres perceptions, en déployant la palette de nos choix, en instillant la saveur de l’instant et le charme de la durée. Cultiver la patience implique une double maîtrise, celle de l’attente et celle de l’endurance.

            Attendre n’est pas évident, voire pénible. Qui d’entre nous n’a pas été impatient ? Le nourrisson bougon réclamant la tétée, l’enfant fébrile déballant son cadeau, le jeune fiévreux parcourant la liste des résultats à ses examens, l’adulte fatigué au volant de sa voiture coincée dans les encombrements, l’homme âgé soucieux de gérer ses douleurs, l’agonisant désireux de franchir la rive vers l’Après…ou encore le paroissien qui pense que le prédicateur tarde, oui, à tous les stades de la vie, heureux ou malheureux, et en tout lieu qu’elle précipite, singulier ou non, tout un chacun est amené à manifester son impatience. Est-ce pour autant répréhensible ? Pas forcément, car l’impatience est motrice ; en revanche, dans l’accablement, l’effroi, le doute, l’incertitude, elle est mauvaise conseillère, parce que c’est la seconde appréhension de la patience, i.e. celle d’endurance, qui doit alors dominer.

            Endurer n’est guère plus simple qu’attendre. La vie de nos ancêtres n’a pas été aisée : conditions de travail, rémunérations, qualité des logements, hygiène, distractions…ont brillé ici par leurs carences là par leurs insuffisances. Tandis que, de nos jours, tout doit être impérativement résolu, pratique, confortable ou plaisant, comme si la possession commandait  désormais notre vie. De sorte que la sensation de l’avoir a anéanti notre capacité à endurer. Récemment, un homme dans la force de l’âge m’a avoué combien la situation suscitée par la COVID-19 lui était désagréable, non seulement par les privations qu’elle induit, mais aussi par l’interrogation authentique qu’elle suscite face à un monde où la liberté est subitement encadrée. J’ai acquiescé, mais, faute de temps, aurais désiré lui rappeler que ses grands-parents étaient de petits enfants pendant la Grande guerre, qu’ils avaient connu dans leurs familles les ravages de la dépression des années 30 avant que d’être contraints de subir cinq ans durant le second conflit mondial en montant au front, en y étant faits prisonniers dans les camps, et en étant plus préoccupés par la faim que par la privation de libertés, pourtant à cette époque broyées. En vérité, quels que soient les désagréments que l’état sanitaire provoque, il convient de ne pas confondre restrictions de libertés sociales et absence de libertés tout court. Quoi qu’il en soit, où est Dieu dans tout cela ?

            Car, et là est mon dernier propos – rassurez-vous ! -, il ne faut jamais oublier que, quelle que soit sa longueur, le temps appartient à Dieu. Lui seul est maître du temps, puisqu’Il l’a créé. Laissez l’économiste que je suis ajouter une fois de plus son grain de sel. Cette maîtrise du temps n’avait échappé ni à Saint Thomas d’Aquin au XIIIème siècle pour prohiber le taux d’intérêt, et ce en droite ligne de la pensée d’Aristote dix-huit siècles avant lui, ni à Jean Calvin au XVIème pour, lui, le justifier ! Comme quoi l’appréciation du temps est bien subjective. Aujourd’hui, on peste – moi le tout premier –  parce que le port du masque est obligatoire, mais se souvient-on qu’hier on risquait sa vie à tout carrefour et à chaque instant ? C’est ce que d’aucuns appellent un changement d’époque ; pour moi, c’est d’une altération profonde de société qu’il s’agit, car le temps a de toute évidence perdu de son épaisseur : à la domination de la durée dans le temps jadis répond la dictature de l’instant dans le temps présent. Oui, c’est indubitable, le temps a changé de…tempo !

            En ce dernier dimanche célébrant la Saison de la Création, attendons dans la joie, avec patience et fermeté, la rencontre avec Celui qui nous a modelés à son image. Sans se lamenter sur l’ancien monde où les paysans laissaient filer le temps avec un zeste de fatalisme, et sans non plus obtempérer aux prêchi-prêcha de prétendus défenseurs de la nature aussi farfelus que dogmatiques, concédons-nous le temps de préserver la merveilleuse création que Dieu nous a confiée dès la Genèse. Bref, sachons mieux communier avec la nature, parce que c’est elle qui rythme ce temps qui scande nos existences.

            Frères et sœurs, il me faut à mon tour vous exhorter : soyez les paysans de l’espérance, les forgerons du temps long, les endurants de l’épreuve, les façonniers du courage, les artisans du cœur, les messagers de la chrétienté et les servants du Dieu tout puissant.

            Nul ne peut précipiter l’aube, mais elle advient toujours.  

            Ainsi soit-il.

                                                                                        Alain REDSLOB

Merci à Alain Redslob pour cette prédication et pour la présidence du culte en présentiel ce matin.

Ézéchiel 18.21-32


21Si le méchant revient de tous les péchés qu’il a commis, s’il observe toutes mes lois et pratique la droiture et la justice, il vivra, il ne mourra pas. 22Toutes les transgressions qu’il a commises seront oubliées; il vivra, à cause de la justice qu’il a pratiquée. 23Ce que je désire, est-ce que le méchant meure? dit le Seigneur, l’Éternel. N’est-ce pas qu’il change de conduite et qu’il vive?

24Si le juste se détourne de sa justice et commet l’iniquité, s’il imite toutes les abominations du méchant, vivra-t-il? Toute sa justice sera oubliée, parce qu’il s’est livré à l’iniquité et au péché; à cause de cela, il mourra. 25Vous dites: La voie du Seigneur n’est pas droite. Ecoutez donc, maison d’Israël! Est-ce ma voie qui n’est pas droite? Ne sont-ce pas plutôt vos voies qui ne sont pas droites? 26Si le juste se détourne de sa justice et commet l’iniquité, et meurt pour cela, il meurt à cause de l’iniquité qu’il a commise. 27Si le méchant revient de sa méchanceté et pratique la droiture et la justice, il fera vivre son âme. 28S’il ouvre les yeux et se détourne de toutes les transgressions qu’il a commises, il vivra, il ne mourra pas. 29La maison d’Israël dit: La voie du Seigneur n’est pas droite. Est-ce ma voie qui n’est pas droite, maison d’Israël? Ne sont-ce pas plutôt vos voies qui ne sont pas droites?

30C’est pourquoi je vous jugerai chacun selon ses voies, maison d’Israël, dit le Seigneur, l’Eternel. Revenez et détournez-vous de toutes vos transgressions, afin que l’iniquité ne cause pas votre ruine. 31Rejetez loin de vous toutes les transgressions par lesquelles vous avez péché; faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Pourquoi mourriez-vous, maison d’Israël? 32Car je ne désire pas la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur, l’Éternel. Convertissez-vous donc, et vivez.

Un être humain qui a commis les pires abominations à l’égard d’autrui, peut-il décemment être sauvé au même titre que nous ?

Voilà bien une question que nous nous posons parfois dans nos cœurs et dans nos vies de croyants. Surtout lorsque nous regardons le monde qui nous entoure. Et nous devons bien admettre que notre monde a parfois, et même souvent, un aspect plutôt désastreux, révoltant et criant d’injustice, et ce presque toujours à cause des êtres humains.

Alors bien sûr la question du salut de l’autre, de celui qui a tué, volé, spolié, soumis, oppressé, torturé, tourmenté, violenté, menti, détourné, pour ne citer que ces horreurs-là, se pose parfois à nous. Et ce d’autant plus que même pour nous, le salut reste finalement assez souvent un point d’interrogation. Savoir ce qu’il est, ce qu’il signifie et ce qu’il représente n’est pas d’emblée évident, au point d’ailleurs que certains théologiens ont, par le passé, proposé une doctrine du salut par les œuvres.

Mais si, en plus, un prophète, Ézéchiel, nous affirme que le méchant peut être sauvé et qu’un juste peut être condamné alors là, la question devient vraiment difficile. Révoltante même.

Imaginer qu’un individu ayant commis un des pires crimes contre l’humanité, ayant volontairement entraîné la mort de dizaines et de dizaines (pour ne pas dire de centaines ou de milliers) d’êtres humains dans des conditions atroces, puisse avoir sa part au salut alors qu’un autre ayant vécu toute sa vie au plus proche de la Parole, au plus proche de l’autre et s’étant égaré une seule fois puisse être condamné, cela nous est tout à fait insupportable et nous semble vraiment injuste. Pour un peu nous aurions presque du mal à croire que nous parlons bien du même Dieu. Car celui que nous confessons est un Dieu d’amour, un Dieu de très grande miséricorde, un Dieu qui accepte l’homme pécheur et donne un prix inestimable à sa vie, puisqu’Il nous a donné son Fils comme Sauveur.

Et pourtant, malgré l’aspect révoltant et inconcevable de cette parole, c’est bien ce que semble nous dire le prophète Ézéchiel : que chacun sera jugé selon ses voies, non pas au regard de ce qu’il a fait ou pu faire par le passé, mais au regard de ce qu’il est au moment où Dieu le saisit ; que le méchant pourra avoir sa part de salut et le juste être condamné s’il dérape. De tout ce que nous aurions pu faire par le passé que ce soit digne d’un « super chrétien » ou d’un mécréant, rien ne serait donc retenu au jour du jugement ? Alors oui, vraiment, cette parole est insupportable, elle nous dérange, et remet en cause certaines de nos certitudes. Et, autant mettre en cause le salut de celui qui a porté atteinte à l’humanité est une chose envisageable, autant mettre en cause notre salut, c’est difficile, voire inacceptable.

Nous pourrions donc tenter de l’occulter en nous disant qu’il faut remettre les choses dans leur contexte, que lorsque Ézéchiel annonce cette réalité, Israël vit une période difficile de son histoire. Israël, chassé de Jérusalem, est exilé en terre païenne, entouré d’idoles et d’idolâtres tous plus séduisant les uns que les autres et se laisse détourner de Dieu devant l’attrait de l’argent, de la richesse, du pouvoir ou de la reconnaissance. Nous pourrions nous dire qu’après tout cette parole ne s’adresse pas à nous, d’autant plus que nous, nous sommes chrétiens, certains depuis des générations et des générations, certains parce qu’ils ont reçu le baptême, d’autres parce qu’ils l’ont confirmé ! Nous pourrions nous rassurer d’une multitude de façons, mais alors c’est là que nous nous tromperions…

Car si Ézéchiel s’adresse bien au peuple d’Israël, ses propos ont sans aucun doute un écho puissant pour nous aujourd’hui. Rappelons-nous, Israël est le peuple avec lequel Dieu a conclu une alliance et ce bien avant la naissance d’Ézéchiel. Ce peuple a donc la certitude que quoiqu’il advienne Dieu sera là pour lui comme Il était là pour la sortie d’Égypte. Ce peuple était convaincu que par son statut, par ses offrandes et ses cultes réguliers, il était naturellement dans la grâce de Dieu. Or si les paroles du prophète s’adressent à ce peuple, s’il lui annonce que chacun sera jugé selon ses voies, s’il lui demande dans une prière de revenir à Dieu, c’est bien parce qu’appartenir à un peuple depuis des générations et des générations ne suffit pas. Être circoncis, être baptisé, avoir été confirmé tout cela ne suffit pas. Ce qu’il faut pour

Dieu c’est que l’homme se convertisse encore et toujours, c’est que l’homme reconnaisse que vivre sans Dieu c’est mourir. Car vivre devant Dieu, ce n’est pas se convertir une fois pour toute, et se laisser tranquillement porter par la vie, persuadé que tout le travail a déjà été fait, mais au contraire vivre devant Dieu c’est accepter l’exigence d’une conversion perpétuelle, c’est-à-dire la reconnaissance toujours à faire que le cœur de nos existences n’est pas en nous, mais que notre fondement est en Dieu.

Se convertir, c’est accepter de ne plus vouloir se justifier par ses propres moyens, mais savoir saisir un impératif éthique lorsqu’il se présente à nous, même si cela atteint notre image sociale. Or nous nous rendons bien compte qu’il est bien plus facile de se cacher derrière une généalogie ou un baptême. Il est très facile de se laisser bercer par le doux ronron de l’habitude et de ne plus se questionner, de ne plus se laisser bousculer par la parole, de ne plus se remettre en cause et de se laisser aller à la tentation de se justifier par ses propres moyens, et ce même en s’affirmant chrétien !

Il est très facile de tomber dans le travers que le prophète dénonce et de se détourner involontairement de Dieu. Très facile d’oublier ce qui nous fait vivre. Le tourbillon du temps, les agendas qui se remplissent malgré les circonstances difficiles de la rentrée en cette époque de pandémie, les activités à droite et à gauche, le sport, la musique, les réunions … qui auront peut-être lieu … ou pas … tout cela occupe tant d’espace que le « vivre avec Dieu », devient un réflexe plutôt qu’une réflexion. Alors il en faut peu pour glisser vers la tentation de s’assurer soi-même de nos vies, même si cette tentation n’est qu’éphémère. Il en faut peu pour que nous nous laissions porter par les habitudes et oublions ce qui doit être notre fondement. Il en faut peu pour déraper et se détacher de cette confiance que nous avons mise un jour en Dieu. Et nous risquons facilement de passer du statut de « juste » au statut de « juste qui se laisse séduire », qui s’éloigne de son Dieu. Alors, de « juste » nous passons au statut de méchant. Mais nous avons maintenant une certitude, c’est que pour peu que nous nous convertissions de nouveau, Dieu nous accueille tel que nous sommes et sans retenir quoique ce soit de nos dérapages. Il nous accueille dans sa grâce et n’attend que retour que notre foi.

Finalement il faut bien l’admettre, savoir que rien n’est retenu pour ou contre nous, savoir que le méchant qui se repend peut avoir sa part de salut et le juste qui dérape et reste dans cette nouvelle voie peut être condamné n’est plus aussi douloureux à entendre. Au contraire même cela devient une bonne nouvelle car Dieu juge certes, mais celui qui se convertit, celui qui met sa confiance en lui, Il l’accueille tel un père qui attendait le retour de son enfant. Il l’accueille dans la joie, l’amour et la réconciliation.

Amen

Merci à Martine Durin pour la prédication de ce dimanche.

La même prédication est lue au culte en présentiel de ce matin au temple, présidé par Mathieu Lepetit avec une liturgie préparée par lui.

Bon dimanche et bonne semaine

Bien fraternellement,

La catéchèse n’a pu reprendre normalement le dimanche 20 septembre 2020. Les conditions sanitaires en vigueur rendent l’organisation plus difficile : il nous a fallu intégrer toutes ces mesures, réfléchir et trouver des solutions, pour pouvoir continuer à enseigner la Parole à vos enfants. Ainsi, nous ne pourrons pas accueillir tous les groupes en même temps au temple le dimanche matin.

L’Éveil biblique a choisi de diffuser son enseignement via la plateforme internet Padlet, qui permet des échanges de documents. Les séances seront mises en ligne au cours de la semaine .

L’École biblique, le KT1-2 et le KT3-4 fonctionneront en alternance : lorsqu’un groupe se retrouvera en présentiel au temple, les autres seront invités à se connecter en visio. Les responsables de chaque groupe vous donneront tous les détails nécessaires par email.

Le calendrier de la catéchèse a été modifié en conséquence, jusqu’à fin janvier :

Dimanche 27 septembre : KT 3-4 en présentiel. École Biblique et K T1-2 en visio

Dimanche 4 octobre : KT 1-2 en présentiel (Remise des Bibles), École Biblique et K T3-4 en visio

Dimanche 11 octobre : École Biblique en présentiel, KT 1-2 et KT 3-4 en visio

Dimanche 8 novembre : KT 3-4 en présentiel, École Biblique et KT 1-2 en visio

Dimanche 22 novembre : KT 1-2 en présentiel, École Biblique et KT 3-4 en visio

Dimanche 29 novembre : École Biblique en présentiel, KT 1-2 et KT 3-4 en visio

Dimanche 6 décembre : KT 3-4 en présentiel, École Biblique et KT 1-2 en visio

17 janvier : KT 1-2 en présentiel, École Biblique et KT 3-4 en visio

31 janvier : École Biblique en présentiel, KT 1-2 et KT 3-4 en visio

Passée cette date, nous aviserons de l’organisation à suivre en fonction des instructions sanitaires que nous recevrons.

Notre traditionnelle Fête de Noël, malheureusement, ne pourra pas avoir lieu cette année. Nous le regrettons profondément, ce moment étant chaque fois l’occasion d’un échange particulièrement fort entre les générations… Mais ce n’est que partie remise, bien sûr !

Nous vous invitons à prendre contact le plus rapidement possible par e-mail avec les catéchètes pour inscrire vos enfants dans les groupes :

La lettre de Paul aux Romains, chapitre 13, les versets 8 à 10 : 

N’ayez de dette envers personne, si ce n’est de vous aimer les uns aux autres. Celui qui aime les autres a obéi complètement à la Loi.  

En effet, les commandements « Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas », ainsi que tous les autres, se résument dans cette seule parole : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »  

Celui qui aime ne fait aucun mal à son prochain. En aimant, on obéit donc complètement à la Loi. 

Seigneur, ta Parole est une lampe à nos pieds, une lumière sur notre chemin. Amen. 

Prédication 

C’est la « saison de la création » (https://www.egliseverte.org/actualites/saison-de-la-creation-2020-2/) Lorsqu’on parle de création, de quoi parle-t-on ? La création, c’est tout simplement l’ensemble de ce que Dieu a fait : c’est tout ce qui nous entoure et c’est chacun de nous. Souvent, lorsqu’on pense à la création, on pense à la nature, aux arbres, à la verdure, aux paysages. À des choses extérieures à nous-même. En réalité, la notion de création, dans le christianisme, est plus large que ce qu’on entend souvent par nature

On appelle création tout ce que Dieu a fait : « Au commencement, Dieu crée le ciel et la terre ». C’est le premier verset de la Bible. Créer, dans la Bible hébraïque c’est faire, mettre en forme, comme le potier qui modèle l’argile ou le scribe qui taille le roseau qui lui permettra de mettre par écrit les merveilles de Dieu.  

La création, Dieu demande aux êtres humains de la dominer. Toujours au début de la Bible : « Remplissez la terre et dominez-la ». La terre, erets, au livre de la Genèse, c’est, comme en français, le sol mais aussi le monde entier, avec ses habitants. C’est un verset qui fait couler beaucoup d’entre, aujourd’hui encore. On veut parfois y voir la source de l’attitude destructrice de l’occident vis-à-vis de la nature. De fait, kabash en hébreu, c’est bien dominer, maîtriser, mater, assujettir, soumettre. C’est le même verbe qui est utilisé pour décrire la conquête du pays de Canaan par les Israélites. 

« Dominez la terre ». Mais est-ce réellement un encouragement de la part de Dieu à abîmer la création ? Ce serait oublier deux choses : la première, encore une fois, c’est que la création n’est pas la nature séparée de l’être humain. La création, c’est tout ce qui existe grâce à la bonté de Dieu. Chacun de nous est donc membre à part entière de la création. Dès lors, c’est également (et peut-être d’abord) nous-même qu’il nous faut maîtriser. Après tout, la maîtrise de soi, le self-control, est un des fruits de l’Esprit saint, dans la Bible (Galates 5).  

Dès lors, habiter la création, cela s’apprend, en demandant à Dieu de remplacer nos pensées superficielles par son Esprit saint, nos paroles sans intérêts par sa Parole qui donne la vie. C’est bien sûr un apprentissage au quotidien, en compagnie de Jésus. 

La seconde chose qu’il serait dommage d’oublier c’est que Jésus nous a appris que la conquête de la terre promise consiste moins à faire la guerre à des peuples qu’à aimer notre prochain. La terre promise, pour nous autres, ce n’est pas le pays de Canaan de l’antiquité, c’est le Royaume de Dieu, qui est là, au milieu de nous. Dès lors, de même que Jésus par sa mort sur la croix et son retour à la vie nous a montré que la toute-puissance de Dieu a souvent, dans un monde méchant, les apparences de la faiblesse, de même, lui, le maître de tout ce qui existe, nous a montré qu’avoir la maîtrise de quelque chose, être maître de soi et du monde qui nous entoure, et bien, cela se fait à son image, en aimant, rien qu’en aimant. 

Or ce n’est pas l’amour qui guide notre monde. Ce sont des logiques de compétitions entre les états, les entreprises et les personnes. Par bonheur, la graine de l’amour a tout de même était plantée, ce qui aboutis à ce qu’aujourd’hui on valorise un peu plus qu’avant la coopération entre les institutions ou entre les personnes, à ce qu’on réalise que la nature est moins faite de compétition pour la survie que de recherche perpétuelle de l’équilibre. Il faut bien reconnaître qu’on est encore loin du but, mais nous savons quel chemin prendre pour aller dans la bonne direction : ce chemin, c’est le Christ. 

Ce matin, Paul (le premier écrivain chrétien) nous appelle à ne pas avoir de dettes. Vous avez peut-être déjà entendu parler de cette notion qu’on appelle la « dette écologique ». Il s’agit-là plutôt d’une dette « morale ». L’humanité consomme chaque année l’équivalent d’une fois et demie les ressources de la planète terre. Cela signifie que nous consommons plus de ressources que la terre est capable d’en produire. Et nous en consommons de plus en plus, de plus en plus vite, allant jusqu’à mettre en péril la possibilité de la vie humaine sur terre. 

Pour Paul, la seule dette qu’il est bon d’avoir est celle de l’amour. Plutôt que de creuser notre dette vis-à-vis de la terre, il nous invite à changer notre mode de vie et à rembourser cette que nous avons déjà, depuis plus longtemps encore, vis-à-vis de chaque être humain. Une dette d’amour, que nous ne parviendrons jamais à la rembourser. C’est justement pour cela que tout rentrera dans l’ordre : parce que nous ne cesserons pas d’aimer. Nous continuerons de vivre en sachant que nous devons de l’amour à tous ceux qui nous entourent. Aucun de nous n’a suffisamment d’amour en lui mais il peut demander à Dieu l’amour qui lui manque. C’est cela prier. 

C’est une belle image que celle de la dette d’amour. Elle dit bien que l’amour dont il est question dans la spiritualité chrétienne n’est pas d’abord un sentiment. On peut aimer son prochain sans avoir d’affection pour lui. Mais même sans affection, on peut faire pour lui ce que nous voudrions qu’il fasse pour nous. L’amour, la bonté, la douceur… sont des qualités morales plus que des sentiments. Ainsi, il ne faut pas hésiter à demander à Jésus de nous donner ces fruits de l’Esprit

Paul cite Jésus en disant : « Aime-ton prochain comme toi-même ». Chez Matthieu, Jésus dit aussi : « Faites pour les autres tout ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous. » C’est cela l’amour. 

Aimons donc la création. Aimons l’humanité, d’autant plus que c’est Dieu qui nous donne l’amour dont nous avons besoin pour payer notre dette envers notre prochain. Ainsi, nous ne manquerons jamais de quoi aimer. Ainsi nous pourrons habiter la création, dans la simplicité de l’amour et la joie de la communion avec Dieu et notre prochain, comme Jésus nous l’a montré par sa vie, sa mort et son retour à la vie. Amen.

Guilhem Riffaut, pasteur

Lecture (Matthieu 16, 21-26)

À partir de ce moment, Jésus-Christ commence à annoncer clairement à ses disciples : « Il faut que j’aille à Jérusalem. Je vais beaucoup souffrir à cause des anciens, des chefs des prêtres et des maîtres de la loi. Ils vont me faire mourir. Et le troisième jour, je me réveillerai de la mort. »

Alors Pierre prend Jésus à part et il se met à lui faire des reproches. Il lui dit : « Seigneur, que Dieu te protège ! Non, cela ne t’arrivera pas ! »

Mais Jésus se retourne et il dit à Pierre : « Va-t’en ! Passe derrière moi, Satan ! Tu es en train de me tendre un piège. En effet, tu ne penses pas comme Dieu, mais comme les hommes ! »

Ensuite Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut venir avec moi, il ne doit plus penser à lui-même. Il doit porter sa croix et me suivre.

En effet, celui qui veut sauver sa vie la perdra. Mais celui qui perdra sa vie à cause de moi, la retrouvera.

Si une personne gagne toutes les richesses du monde, mais si elle perd sa vie, à quoi cela lui sert-il ? Qu’est-ce qu’on peut payer en échange de la vie

Méditation

Jésus repousse Pierre : « Va t’en ! Passe derrière-moi, Satan ! » Quelle parole a bien pu échapper Pierre pour que Jésus se fâche ainsi ? Il a nié que Jésus puisse souffrir et être assassiné : « Cela n’arrivera pas ! ». En soi, il n’y a là rien de scandaleux. Lorsque nos amis broient du noir, nous essayons de leur remonter le moral. Seulement, l’ami de Pierre est également « le Messie, le Fils du Dieu vivant », un libérateur venu du ciel, l’espoir de tout le peuple juif.

Mais pourquoi Jésus hausse-t-il le ton ? Parce qu’imaginer que le Messie ne puisse succomber à la violence va à l’encontre de tout ce que Jésus est venu nous apprendre sur Dieu. Jésus appelle Pierre « Satan », qui est la façon dont les juifs du temps de Jésus désignaient le mal, en le personnifiant. Satan est constamment en train d’essayer d’égarer les humains. Pierre était sur le bon chemin, juste avant cet épisode, Jésus se réjouissais qu’il voit en lui le Messie : « Simon, fils de Jean, tu es heureux. En effet, ce n’est pas une personne humaine qui t’a fait connaître cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux. »

Quelque temps après, Pierre n’est plus si inspiré. Ses pensées ne viennent plus de Dieu, mais de Satan. Par bonheur, Dieu est toujours à la recherche de ceux qui se perdent : Pierre sera finalement le témoin de bien des choses merveilleuses. Mais pour le moment, il se méprend sur Jésus.

C’est une bonne chose de reconnaître en Jésus le Messie, mais cela n’est rien si l’on se trompe quant à sa mission, qui est de faire éclater au grand jour la méchanceté du monde en même temps que le chemin de vie qui passe à travers elle. Si Jésus appelle Pierre « Satan », c’est parce que l’alternative est celle d’un Messie violent qui fait advenir le Royaume de Dieu par la force et non par l’amour.

Au passage, nous pouvons être reconnaissants aux premiers chrétiens de nous avoir transmis le récit de leur cheminement avec Jésus avec tout ce qu’il a comporté d’incompréhensions, de doutes ou d’égarements. Nous pouvons ainsi nous reconnaître en Pierre en ce qu’il exprime là un blocage que beaucoup de personnes ont avec Dieu, qui survient lorsque nous nous figurons sa puissance sur un mode despotique, à l’image des rois des temps anciens, sans percevoir que sa puissance est amour. L’amour a dans notre monde toutes les apparences de la faiblesse, il y est tenu pour telle. « Heureux les doux ! » : on n’imagine pas un chef d’état s’exprimer de la sorte. « Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre joue. » : on voit mal un ministre de l’intérieur conseiller une telle chose.

Dieu pour sa part aime le monde d’un amour passionné, c’est-à-dire, au point d’en souffrir et même, au point d’en mourir. Jésus nous aime à en perdre la vie. Il nous fait découvrir que, dans sa faiblesse apparente, l’amour est plus fort que la mort (« Je me réveillerai de la mort ! ») tandis que tout ce qui nous semble solide (comme l’étaient les pierres du temple de Jérusalem) ne durera pas

Pour la deuxième fois chez Matthieu, Jésus annonce alors ce retournement : « Celui qui veut sauver sa vie la perdra. Mais celui qui perdra sa vie à cause de moi, la retrouvera.» Le sens de ce verset est plus clair si l’on se penche sur le vocabulaire employé. Lorsque Jésus parle de la vie, il utilise le mot psuché, qui a donné « psychique » ou « psychologie », en français…

La psuché c’est le souffle, on dira plus tard l’esprit ou l’âme. Autrement dit, c’est, au-delà de de notre corps, la manière dont nous vivons, guidés par des pensées qui ne sont pas celles de Dieu. C’est la vie dans un esprit vain, plutôt que dans l’Esprit saint. « Passe derrière-moi ! » lance-t-il donc à Pierre. Jésus nous invite à laisser cette vie-là et à vivre dans le bon Esprit (on l’appelle alors zóé, en grec).

Ce n’est pas la première fois que Jésus tire Pierre des eaux dans lesquels il s’enfonçait. L’appel à la vie de Jésus, c’est un appel à la liberté. À lever l’ancre de notre égo, de nos désirs manipulés par d’autres (les publicitaires, les démagogues, les faux prophètes…) et à laisser le souffle de Dieu gonfler nos voiles. C’est dans cet esprit renouvelé que nous apprenons à connaître Dieu, à nous connaître nous-même et à connaître les autres, à habiter la terre. La vie est alors communion avec Dieu et notre prochain, au cœur de la création. Elle est vie non plus derrière, mais devant lui. Amen.

Guilhem Riffaut, pasteur

Lecture (Matthieu 15, 29-30)

Ensuite, Jésus quitte cet endroit et il s’en va au bord du lac de Galilée. Il monte sur la montagne et là, il s’assoit.

Des foules nombreuses viennent vers lui. Elles amènent avec elles des boiteux, des aveugles, des infirmes, des muets et beaucoup d’autres malades. Elles les déposent aux pieds de Jésus, et il les guérit.

Méditation

Dieu guérit-il vraiment ? Ce n’est pas du ciel que le monde attend un vaccin qui nous libèrera de l’épidémie actuelle de coronavirus. Et dans les sociétés dépourvues des moyens modernes de traiter les maladies en tout genre, c’est peut-être moins la foi qui caractérise l’attitude face à la maladie que le fatalisme.

Encore ne faut-il pas donner l’impression d’opposer simplement la science et la croyance. La science elle-même repose sur un certain nombre de croyances et de partis pris, tandis que l’acte de croire en Dieu est en soi parfaitement raisonnable. C’est d’ailleurs la raison de la considération grandissante par le monde médical occidental des besoins spirituels des malades. Traitements médicaux et prières de guérisons sont faits pour aller de pair.

Et c’est ainsi que nous pouvons comprendre l’action de Dieu dans le monde. C’est moins un évènement spectaculaire à espérer que le spectacle de la recherche, du soin et de la solidarité devant lequel nous pouvons dores et déjà nous émerveiller, tant il est vrai que par son Esprit, Dieu agit avec l’humanité et non pas indépendamment d’elle. Le monde est plein de ses signes et de ses paroles, pour peu qu’on accepte que ces signes soient déjà présents dans notre quotidien et que ses paroles sortent de la bouche de notre prochain.

Toutefois, c’est bien de guérison dont nous voulons parler ce matin, plus que de campagne de vaccination ou de soin. Parce que la guérison est véritablement un évènement pour la personne qui en bénéficie et son entourage, avec un avant et un après, lequel représente un mieux-être. Elle est une espérance universelle, présente tout au long de la Bible.

On en fait généralement très tôt l’expérience, pourtant, lorsqu’il s’agit de la relier à Dieu, la guérison n’a plus rien d’évident. Pour certains chrétiens, des guérisons ont lieu tous les dimanches dans leurs communautés. Pour d’autre, c’est un mythe voire un tabou. Entre les deux, c’est tout l’éventail de la croyance à l’incrédulité qui se déploie.

Dans l’évangile selon Matthieu, que nous parcourons depuis plusieurs semaines, les miracles de Jésus sont avant tout des guérisons. Jésus guérit les gens « de toutes leurs maladies et de toutes leurs douleurs » (4,23) : « On lui amène tous ceux qui souffrent : ceux qui ont des maladies et des douleurs de toutes sortes, ceux qui ont des esprits mauvais, ceux qui ont des crises nerveuses. On lui amène aussi les paralysés. Jésus les guérit » (24).

Au fil des pages, Jésus guérit des lépreux, des paralysés, des aveugles, des muets, des boiteux. Une femme qui perd du sang, le serviteur d’un officier romain, la belle-mère de Pierre, la fille d’une femme non-juive, un enfant qu’un esprit secoue et bien d’autres malades. Il rend la vie à une petite fille.

Mais qu’appelle-t-on au juste guérison ? Toujours chez Matthieu, c’est d’abord une demande qui est faite à Dieu de la part du malade ou de ses proches. Ceux-ci demandent à être purifié, ou un mot de la part de Jésus ou qu’il les touche. À être pris en pitié. À être aidé. Il suffit aussi que Jésus voit la foi de ceux qui viennent à lui.

La demande elle-même est le fruit de la confiance mise en Jésus. On lui explique qu’on est impur, que le serviteur et paralysé et souffre, que la fille a un esprit et va très mal. Chacun exprime directement à Dieu sa souffrance, le retentissement qu’elle a sur sa vie. Ainsi les deux aveugles demandent-ils à Jésus : « ouvre nos yeux ». C’est une demande plus profonde qu’il n’y paraît : elle traduit une demande aussi bien pour le corps que pour l’esprit et partant, pour la vie toute entière.  

Dans la Bible, guérir (en hébreu chayah) signifie ainsi vivre ou faire vivre. Derrière toutes les demandes faites à Jésus, c’est un cri pour la vie qui est poussé. D’autant plus que la Bible ne distingue pas le mal physique du mal spirituel. C’est la personne toute entière qui est considérée par Dieu.

Nous pouvons demander à Jésus de nous guérir, mais guérir n’est pas le retour à un état précédent. Dans la spiritualité juive, maladie et péché s’enchevêtrent. Dès lors, la guérison ne peut pas être un retour en arrière. C’est un pas en avant en compagnie de Jésus, vers davantage de vie encore. Une vie différente, toute nouvelle. Celle-ci peut-être paisible ou heurtée, brève ou longue. Mais parce qu’elle est vie dans le Christ, cela n’a plus tant d’importance, car elle a trouvé son sens.Nous voilà désormais dans l’amour.

Vivre, cela n’est pas possible seul. Guérir, c’est donc une relation nouvelle avec Dieu, avec soi-même et les autres. Guérir est donc une histoire de pardon. C’est se reconnaître d’abord soi-même malade, en manque d’amour et réaliser que cet amour nous tend les bras. C’est aimer avec Dieu cette humanité qui ne cherche qu’à vivre, parfois dans la sainteté, souvent de manière baroque. C’est alors notre mission d’aimer à notre tour, de faire vivre. La vie, voilà ce qu’on peut attendre du ciel. Amen.

Guilhem Riffaut, pasteur

Lecture

Ensuite, Jésus quitte cet endroit et il va dans la région de Tyr et de Sidon.

Une femme de cette région, une Cananéenne, arrive. Elle se met à crier : « Seigneur, Fils de David, aie pitié de moi ! Ma fille a un esprit mauvais en elle, elle va très mal. »

Mais Jésus ne lui répond pas un mot. Ses disciples s’approchent de lui et lui disent : « Fais partir cette femme ! Elle n’arrête pas de crier derrière nous ! »

Jésus répond : « Dieu m’a envoyé seulement pour les gens d’Israël, qui sont comme des moutons perdus. »

Mais la femme vient se mettre à genoux devant lui en disant : « Seigneur, aide-moi ! »

Jésus lui répond : « Ce n’est pas bien de prendre la nourriture des enfants et de la jeter aux petits chiens. »

La femme lui dit : « Seigneur, tu as raison. Pourtant, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »

Alors Jésus répond à la femme : « Ta foi est grande ! Que les choses se passent pour toi comme tu le veux ! » Et au même moment, sa fille est guérie.

Méditation

Si nous avions à réécrire aujourd’hui cette histoire, nous la présenterions ainsi :

Une femme de cette région, arrive. Elle se met à genoux devant Jésus en criant : « Seigneur, Fils de David, aie pitié de moi ! Ma fille a un esprit mauvais en elle, elle va très mal. »

Alors Jésus répond à la femme : « Ta foi est grande ! Que les choses se passent pour toi comme tu le veux ! » Et au même moment, sa fille est guérie.

Seulement, dans le récit biblique, notre amie affronte d’abord le silence du Seigneur, avant d’essuyer son refus.

Le grec de la Bible appelle la femme « canaanite », qui est souvent traduit par « phénicienne » ou « syro-phénicienne », c’est-à-dire issue d’un peuple adorant d’autres dieux que le Dieu d’Israël. En fait, c’est même un peuple maudit du point de vue des juifs (Genèse 9,23). A priori, elle est très loin de Dieu, à tel point que, lorsqu’elle crie vers Jésus, celui-ci ne lui répond pas. Ses disciples lui demandent même de la chasser : elle vient pourtant demander la guérison de sa sœur.

Jésus ne lui adresse la parole que pour la faire s’en aller : Il n’est pas là pour elle, mais pour « les moutons perdus d’Israël ». Elle insiste (« Aide-moi ! »), mais : « Ce n’est pas bien de jeter la nourriture des enfants aux chiens » La lumière jaillie sur cette scène lorsque la femme répond à Jésus qu’elle demande à avoir les miettes dont les autres ne veulent pas. Jésus s’illumine alors : « Que les choses se passent comme tu veux ! » Et sa fille est guérie.

Prier, c’est d’abord insister. Il s’agit de nouer un dialogue avec Dieu. Confronté à son silence, on peut être tenté de vite tourner les talons, mais Dieu nous entends, toujours. Dans cette histoire, Jésus reste muet, mais la femme ne s’en va pas pour autant. Elle reste en sa présence suffisamment longtemps pour entendre sa réponse, aussi décevante soit-elle (« Dieu m’a envoyé seulement pour les gens d’Israël »).

Avant de répliquer, la Canaanite s’agenouille. Prier, c’est insister et, dans cette insistance, trouver sa place dans l’univers vis-à-vis de Dieu. Pas besoin de long discours : « Aide-moi ! » suffit lorsqu’on prie avec respect. Car prier c’est un acte d’humilité par lequel nous rencontrons Dieu sur la glaise même dont il nous a tiré.

Après quoi, Jésus ne donne toujours pas la réponse attendue (« Ce n’est pas bien de jeter la nourriture aux petits chiens… »). Mais ce à quoi nous assistons là est tout aussi précieux : c’est le nouement véritable du dialogue entre Jésus est la femme. Jésus lui-même fait preuve d’humilité : il cite un proverbe dont le sens est clair pour elle. Cette dernière n’a plus alors qu’à faire sienne cette parole de Jésus, à la reformuler avec confiance pour sa propre vie, pour que le miracle advienne.

Prier, c’est aussi prier pour les autres et en être changé. Lorsque nous disons le Notre Père, la prière que Jésus nous a apprise, nous prions d’abord pour Dieu lui-même (« Que ton nom soit sanctifié ! ») et pour le monde entier. Donne-nous, pardonne-nous, délivre-nous… Le « nous » en question est pour tous nos frères et sœurs en humanité !

Dans ce chemin d’humilité, la personne de chacun est respectée. Lorsque je dis le Notre Père, c’est en me tournant vers Dieu et les autres que j’entre personnellement en relation avec Dieu. Dans le récit de ce matin, la femme est bénie dans son amour pour sa sœur, mais aussi pour les autres, ces enfants d’Israël dont elle ne revendique pas la part. À Dieu, elle ne demande pas la nourriture des juifs, mais les miettes. Ce faisant, elle fait confiance à Dieu pour donner à chacun ce dont il a besoin. Parce qu’elle a demandé les miettes, elle est admise au festin de Dieu. Avec Dieu, les miettes, c’est déjà beaucoup !

Cette leçon nous est donnée au travers d’une histoire poignante et heurtée car prier, c’est enfin une urgence. Lorsque nous sortirons de la crise sanitaire qui touche le monde entier, souvenons-nous des miettes que Dieu nous appelle à partager entre nous, en Église, dans la prière collective. Le bout de pain que nous mangerons à cette occasion aura alors du sens, car nous ne le ferons pas pour nous, mais pour le monde. Un geste d’amour gratuit, non pour notre salut, mais pour celui du monde. Et c’est par cet acte gratuit, emprunt de générosité, que chacun de nous trouve sa place dans l’univers que Dieu a créé.

En attendant, chacun peut faire comme la femme de cette histoire : faire confiance à Dieu pour lui donner ce qu’il veut ! Ce qu’il veut vraiment.

Que voulons-nous, au plus profond de nous-même ?

Amen.

Lecture (Matthieu 14, 22-33)

Tout de suite après, Jésus oblige ses disciples à monter dans la barque. Il veut qu’ils passent avant lui de l’autre côté du lac. Pendant ce temps, il veut faire partir les foules.

Jésus les renvoie donc, puis il monte dans la montagne pour prier. Quand la nuit arrive, Jésus est là, seul.

La barque est déjà assez loin de la terre. Le vent souffle contre la barque, et les vagues viennent la frapper.

Vers la fin de la nuit, Jésus vient vers ses disciples en marchant sur l’eau.

Quand les disciples le voient marcher sur l’eau, ils sont effrayés, ils disent : « C’est un fantôme ! » Et ils se mettent à crier, parce qu’ils ont peur.

Mais Jésus leur parle tout de suite en disant : « Rassurez-vous, c’est moi ! N’ayez pas peur ! »

Alors Pierre lui dit : « Seigneur, si c’est bien toi, donne-moi l’ordre de venir vers toi sur l’eau. »

Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre sort de la barque et il se met à marcher sur l’eau pour aller vers Jésus.

Mais, en voyant qu’il y a du vent, il a peur, il commence à s’enfoncer dans l’eau. Alors il crie : « Seigneur, sauve-moi ! »

Aussitôt, Jésus tend la main à Pierre, il le saisit et lui dit : « Tu n’as pas beaucoup de foi ! Tu n’as pas eu confiance. Pourquoi ? »

Ils montent tous les deux dans la barque, et le vent s’arrête de souffler.

Alors les disciples qui sont dans la barque se mettent à genoux devant Jésus en lui disant : « Vraiment, tu es Fils de Dieu ! »

Méditation

Ceci n’est pas un miracle. Habituellement, on parle de miracle pour évoquer un phénomène surnaturel, ne respectant pas les lois de la physique ou dépassant nos connaissances médicales. Par exemple, les guérisons lors des pèlerinages à Lourdes sont examinées selon ce critère. Dès lors, bien sûr, il suffit que la science progresse pour que ce qui était hier un miracle encore n’en soit plus un. On appelle également miracle un évènement improbable dont on souhaite toutefois qu’il se produise. C’est le cas lorsque l’entraîneur actuel du Paris-Saint-Germain confie à la presse, à propos du retour de blessure de son attaquant Kylian Mbappé : « Chaque jour compte pour faire, peut-être, un miracle ».

Les premiers chrétiens, qui nous ont transmis les récits de la marche de Jésus sur l’eau, ne connaissaient rien de tel. Qu’est-ce qu’un évènement inexplicable, quand tout trouve déjà son explication dans l’amour de Dieu ? Comment concevoir quelque chose de surnaturel, quand la nature est déjà merveilleuse, qu’on ne lui connaît pas de règles fixes ?

Dans nos Bibles en français, on trouve en général les mots « merveille », « prodige » et signe » pour décrire les actions étonnantes de Dieu. Surtout, le miracle y est avant tout rencontre avec Dieu : Ouverture de la mer Rouge, soleil arrêté en pleine course, morts ramenés à la vie : le miracle, la merveille, le signe, est ce par quoi Dieu se fait connaître.

Lorsque Jésus marche sur l’eau, Dieu se manifeste comme celui qui a la maîtrise de la création. C’est le tohu-bohu du commencement qui est là sous ses pieds. Pensons au potier, qui peut bien faire ce qu’il veut de la glaise entre ses mains.

Dans le même temps, Dieu tient à nous faire savoir qu’il est proche de nous. Ainsi, Jésus quitte la solitude de la montagne pour rejoindre ses disciples sur le lac. Il quitte littéralement le ciel pour venir en contrebas sauver l’humanité en difficulté, en contrebas. Dieu vient sauver l’humanité en général et chaque être humain en particulier : après que Pierre se soit engagé sur l’eau à son tour, dans un élan de confiance, Jésus est encore là pour le secourir lorsqu’il doute.

Pour bien voir ce qu’est un miracle, nous pouvons rapprocher ce récit d’une autre histoire, celle du buisson en feu :

Moïse garde les moutons et les chèvres de Jéthro, son beau-père, le prêtre de Madian. Un jour, Moïse conduit le troupeau au-delà du désert et il arrive à l’Horeb, la montagne de Dieu.

Là, l’ange du Seigneur lui apparaît dans une flamme, au milieu d’un buisson. Moïse regarde : le buisson est en feu, mais le feu ne détruit pas le buisson.

Moïse se dit : « Je vais faire un détour pour voir cette chose étonnante. Le buisson n’est pas brûlé. Pourquoi donc ? »

Le Seigneur voit que Moïse fait un détour pour regarder. Alors Dieu l’appelle du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Moïse répond : « Je suis là ! » Le Seigneur dit : « N’approche pas du buisson ! Enlève tes sandales parce que cet endroit est saint.

Je suis le Dieu de tes ancêtres, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. » Moïse se cache le visage parce qu’il a peur de regarder Dieu.

Le Seigneur continue : « J’ai vu la misère de mon peuple en Égypte. Je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs égyptiens. Oui, je connais ses souffrances.

Je suis donc descendu pour le délivrer du pouvoir des Égyptiens. Je veux l’emmener d’Égypte dans un pays beau et grand qui déborde de lait et de miel. C’est le pays des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Perizites, des Hivites et des Jébusites.

En effet, les cris des Israélites sont montés jusqu’à moi, et j’ai vu aussi comment les Égyptiens les écrasent.

Alors maintenant, je t’envoie vers le roi d’Égypte. Va et fais sortir de son pays les Israélites, mon peuple. (Exode 3)

Moïse et les compagnons de Jésus sont les témoins de choses étonnantes. Le premier, qui est berger dans le désert, découvre un feu dans un buisson qui ne brûle pas. Les autres, des pêcheurs, voient Jésus marcher sur l’eau. Mais là où la curiosité de Moïse le pousse vers le prodige, les disciples, eux, prennent peur. Et tandis que Yahvé dit à Moïse de rester à bonne distance, Jésus monte carrément dans la barque de ses amis – en compagnie de Pierre, qui avait voulu le rejoindre.

Dans le désert comme sur la mer, Dieu fait ces choses, encore une fois, pour que nous le connaissions. À Moïse surpris, il dit : « Je suis là ! ». Aux disciples apeurés : « C’est moi ! ». Il apprend à Moïse qu’il est son Dieu, « le Dieu de tes ancêtres, le Dieu d’Abraham, de Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob » et qu’il va libérer son peuple écrasé par les Égyptien. Jésus pour sa part laisse aux disciples le soin de dire eux-mêmes qu’il est « le Fils de Dieu », celui qui sauve l’humanité tout comme il vient de sauver Pierre de la noyade.

Dieu fait des choses étonnantes. Il ne les fait pas tellement pour nous épater, mais plutôt pour attirer notre attention. Le buisson en feu suscite tout au plus en Moïse la curiosité et l’interrogation : « pourquoi donc ? », et les disciples croient voir un fantôme. Le miracle n’est perçu comme tel qu’après que Dieu ait parlé (« Je suis là ! », « C’est moi ! ») et que cette parole ait été reçue dans la confiance. Le vrai miracle, ce n’est pas le feu dans le buisson ou l’eau sous les pieds de Jésus, c’est que Dieu est là et qu’il nous parle. C’est cela qui bouleverse Moïse et les pêcheurs. Nous voyons donc que Dieu ne fait pas de miracles pour que nous croyions en lui, mais c’est parce que nous croyons en lui, parce que nous lui faisons confiance, que nous sommes témoins de ses merveilles.

Dans ces récits, la rencontre avec Dieu se fait dans des lieux qui, dans l’univers biblique, sont parmi les plus inquiétants : le désert et la mer. Dans ces deux endroits, la vie n’est pas possible, ou du moins est-elle soumise à toutes sortes de périls. Le désert est le lieu de la faim, de la soif, du feu et des fauves. C’est là que vivent les démons. Un lieu où toute sorte de mal peut vous arriver. Au temps de Jésus, c’est là qu’habite Satan (le mal « en personne »). C’est dans le désert que Jésus ira le confronter (et le vaincre grâce à la Bible !). La mer est également un lieu hostile, qui rappelle, à nouveau, le tohu-bohu sans vie du commencement, cette eau que Dieu a séparé en deux pour faire émerger la terre ferme sur laquelle il fait s’épanouir les plantes, les animaux, l’être humain…

Jésus est avec nous sur cette terre en surchauffe. Il a tout mis sous ses pieds, le ciel et la terre et nous invite à prendre exemple sur lui pour habiter notre planète. Il nous invite à nous laisser guider par son Esprit d’amour, de fraîcheur et de sainteté. À nous réjouir de toutes ces merveilles qui nous entourent : le soleil, la pluie, les bestioles en tout genre, un visage amical ou tous les amis de Dieu qui, partout dans le monde, cultivent l’amour et qui sont autant de sœurs et de frères pour nous. Réjouissons-nous ! car Dieu vient près de nous. Réjouissons-nous de ses merveilles. Après tout, comme je l’ai entendu la semaine passée à l’occasion du baptême d’un ami : la foi, c’est la voie de la joie ! Amen.

Guilhem Riffaut, pasteur

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